Sea-Watch force le blocus : faut-il céder au chantage humanitaire ?

Traitée d’« emmerdeuse » et de « hors-la-loi » par Matteo Salvini, considérée comme une héroïne par les pro-migrants, Carola Rackete, la jeune capitaine allemande du Sea-Watch, a été arrêtée par la police italienne. Elle avait forcé le blocus des eaux territoriales pour entrer dans le port de Lampedusa, avec une quarantaine de migrants. « Nous sommes fiers de notre capitaine », a aussitôt déclaré l’ONG allemande, propriétaire du navire, tandis que la plupart des médias soulignent les peines qu’encourt son commandant pour aide à l’immigration clandestine et non-respect de l’ordre qui lui avait été signifié.

Il est évident que la militante humanitaire savait que, compte tenu de ses engagements sur l’immigration, le ministre de l’Intérieur italien ne permettrait pas au Sea-Watch d’accoster. Pour parer à l’accusation d’inhumanité, il avait d’ailleurs autorisé l’évacuation de deux jeunes migrants, manifestement souffrants. C’est donc en toute connaissance de cause qu’elle a choisi le port de Lampedusa, première destination des migrants en Italie et lieu symbolique pour les médias. Qui ne voit qu’il s’agit, une fois encore, d’une provocation pour susciter la compassion envers les clandestins et vouer aux gémonies Salvini et ses complices (des médias rappellent, incidemment, qu’il entretient de bonnes relations avec Marine Le Pen) ?

Sur place, les pro-migrants ne sont pas nombreux : la Ligue a obtenu 45 % des voix aux élections européennes. Mais ils bénéficient du soutien d’un curé de paroisse, fidèle en cela à l’enseignement du pape François, qui ne cesse de répéter qu’il est nécessaire d’« accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés ». Notons que les partisans de l’immigration font volontiers référence au pape, quand il parle d’immigration, mais le traitent d’obscurantiste quand il évoque le droit à la vie ou dénonce la culture du déchet. Le curé de Lampedusa campait donc depuis une semaine sur le parvis de son église, en compagnie de quelques compatriotes et touristes : « Ce n’est pas un acte de protestation », a-t-il confié à un hebdomadaire catholique. « C’est un moment pour exprimer la proximité avec les migrants et les pauvres. »

Chacun mesurera ce qui, dans ces positions, tient du message évangélique, de l’angélisme ou des arrière-pensées politiques. Mais peut-on entrer dans le jeu de ceux qui pratiquent, volontairement ou non, une sorte de chantage humanitaire ? On ne peut reprocher à Matteo Salvini de faire passer la sécurité nationale avant la sécurité des migrants. Peut-on ôter aux Italiens, aux Français, à tous les peuples européens le droit de défendre leur identité nationale ? Ce n’est pas par un accueil systématique des migrants qu’on peut résoudre la question migratoire et œuvrer pour le bien commun. Une autre stratégie s’impose, qui passe par une politique volontariste d’aide au développement, en direction de l’Afrique notamment.

Certes, dira-t-on, les migrants du Sea-Watch ne sont que 42. La France, l’Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et la Finlande seraient disposés à les accueillir. Mais ce geste apparent de solidarité est aussi un geste de lâcheté. On repousse l’examen du problème, on ne le résout pas. D’autres Aquarius, d’autres Sea-Watch continueront de « secourir » des dizaines de milliers de migrants en Méditerranée sans que les puissances internationales, à commencer par les puissances européennes, ne prennent à bras-le-corps la question de l’immigration. Ont-elles peur de la tâche ? Souhaitent-elles un monde sans frontières où les nations disparaissent ?

Quoi qu’il en soit, il est irresponsable de céder au chantage humanitaire. Le chantage est un délit. Y céder, c’est l’encourager à prospérer.

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