[SANTÉ] Où situer l’intelligence artificielle, en médecine ?

Des malades viennent consulter pour faire valider par le médecin le diagnostic qu'ils ont eux-mêmes établi en s'appuyant sur l'IA.
IA et médecine
@Unsplash

Aujourd’hui, l'intelligence artificielle (IA) est largement utilisée dans de nombreux domaines, souvent même à notre insu. En médecine, elle occupe une place de plus en plus importante, tout particulièrement en radiologie et en dermatologie, où elle permet l'analyse d'images de manière très précise en faisant appel à une infinité de références, ce qui permet parfois une détection précoce de maladies comme certains cancers - ce qui est indiscutablement une avancée thérapeutique. L'utilisation de l'intelligence artificielle peut aussi permettre des interventions chirurgicales plus précises que si elles étaient pratiquées par la main humaine, nous affirment ceux qui prônent son développement.

Déshumanisation ?

Mais la relation médecin-malade ne repose pas uniquement sur la lecture des symptômes que décrit ce dernier, car ils sont forcément subjectifs, et le patient peut avoir tendance à en valoriser certains au détriment d'autres, qui peuvent être importants pour le médecin mais qu'il omet de préciser. De même, le médecin devra connaître l'environnement du patient sur le plan familial, professionnel ou social afin de mieux cerner sa pathologie et pouvoir en tirer une proposition thérapeutique acceptable par le malade. La machine saura-t-elle en tenir compte ?

Pour l'instant, la machine ne pratique pas l'examen physique du patient, qui est un acte essentiel dans la relation médecin-malade en vue de l'établissement d'un diagnostic et d'une thérapeutique, car il ne suffit pas de savoir lire des chiffres ou une imagerie pour affirmer un diagnostic. En médecine, 2 + 2 font rarement 4 mais plutôt 3,99 ou 4,01 ; 4 n'est qu'une valeur statistique moyenne, car tous les organismes ne réagissent pas de la même manière en fonction de leur génétique et de leur environnement. Certes, l'intelligence artificielle peut sans doute assez facilement remplacer les téléconsultations qui ont été mises en place après le Covid-19 afin de pouvoir faire face à une demande que les médecins ne pouvaient assumer en consultation traditionnelle, mais on connaît maintenant les limites de cet acte médical qui ne peut se borner qu’à des conseils ou à des renouvellements d'ordonnance. L'intelligence artificielle ne peut pas faire mieux, car il lui manque cet élément essentiel qui est l'examen physique du malade. Sans cet examen, l'acte médical est incomplet.

On peut donc se poser la question de savoir s'il faut orienter les recherches faites sur l'intelligence artificielle vers ce type de prestation ou, au contraire, limiter l’IA à son rôle de fournisseur de données et conserver à l'être humain la relation physique entre un soignant et un soigné.

Des patients qui établissent eux-mêmes leur diagnostic

Il faut aussi noter les effets pervers de l'usage de l'intelligence artificielle en médecine. On commence à rencontrer des malades qui viennent consulter non pas pour des symptômes ou une pathologie mais pour faire valider par le médecin le diagnostic qu'ils ont eux-mêmes établi en s'appuyant sur les réponses d'un serveur d'intelligence artificielle, et se faire prescrire l’ordonnance suggérée.

Les médecins sauront-ils définir des domaines de compétences précis afin de cantonner l'intelligence artificielle dans son rôle d'outil et non de décideur ? Même si, pour certains d'entre eux, la tentation est forte de se reposer sur ce fabuleux outil pour ne pas avoir à endosser la responsabilité d'un diagnostic et d'un traitement. Mais en se reposant sur des arbres décisionnels préétablis, dans lesquels l'intelligence artificielle est supérieure à eux, ils perdront le contrôle de leur art et de leur pratique, alors qu’un des grands défis qui se pose aujourd'hui à l'intelligence humaine est celui de savoir comment faire pour qu'un outil, aussi formidable soit-il, ne reste qu’un outil et ne devienne pas un maître.

Picture of Dr. Jacques Michel Lacroix
Dr. Jacques Michel Lacroix
Médecin - Médecin urgentiste et généraliste

Vos commentaires

44 commentaires

  1. MedicalGPT, une IA dédié de OpenAI s’est avérée être le meilleur médecin du monde, très très loin devant le premier humain et avec un taux d’erreur absolument négligeable.
    Ce formidable outil qui pourrait sauver de très nombreuses vies surtout dans les déserts médicaux, n’est pourtant par utilisable par le grand public.
    Seuls les médecins peuvent s’en servir, rendant la légitimité de leurs honoraires assez discutable ainsi que la déontologie de l’ordre tout entier.
    Car voyez-vous, ce n’est pas la machine qui fait peur, mais le fait qu’elle soit gratuite et utilisable par tous.
    Les IA sont déjà bien meilleures que le meilleur avocat. Gratuite et sans les effets de manches aussi grotesque que fatigants.
    Tant que la technologie mettait des « sans dents » au chômage, tout le monde s’en foutait, mais aujourd’hui les mêmes sans dents devenus chômeurs ne veulent plus entretenir des castes qui peuvent être avantageusement remplacées par un logiciel gratuit.
    Regardez tous ces métiers du XXeme siècle qui n’ont plus la moindre raison d’être : enseignant, juriste, employé administratif… l’Estonie vient de supprimer le poste de notaire, une corporation d’un autre âge selon elle.
    La transition sera rude, mais la technologie est la seule chose qui peut réellement amener l’égalité et le progrès.
    Avec l’avènement imminent de la robotique, la valeur travail va irrémédiablement tomber à zéro.
    Vous pouvez vous révolter et chercher a ralentir misérablement l’inévitable, pour continuer quelques temps encore de vivre sur le dos des autres, ou vous pouvez vous adapter.
    Mais la chine et les USA ont fait le choix du progrès, alors vous ne pourrez pas l’empêcher.

  2. S’il fallait un avocat pour défendre les médecins il a été très mal choisi… Cymes est un des protagonistes suffisant sachant qui a prôné les injections d’un produit frelaté qu’il disait « vaccin ». Pour ce qui est de l’I.A. en médecine ce sera une panacée car plus vont les docteurs, moins ils assurent dans leurs diagnostics. Ils préforment dans les prescriptions qui leur rapportent mais ne guérissent pas. Quant à son reproche envers le Professeur RAOULT, il devrait s’informer et reconnaître que la vérité s’impose sur la supercherie et que le talent du Professeur même tu est avéré. Alors pourquoi remettre en avant ce bonimenteur.? Pourquoi lui donner encore la parole alors qu’il ment encore et dénigre pour masquer son erreur son incompétence.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Notre envoyé spécial à Belfast | Jean Bexon invité de CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois