Editoriaux - Politique - 29 juin 2019

Larrivé sur la ligne de départ : merci Alexandre Benalla

Après tout, pourquoi pas lui ? Ce n’est pas la première fois que ce parti LR en déshérence connaît un interrègne. Et un interrègne, surtout quand il n’y a nul héritier – qui sait ? – peut devenir un tremplin. Il y eut Jean-François Copé après la défaite de Sarkozy en 2012. Laurent Wauquiez aussi avait sauté sur l’occasion et le no man’s land laissé par la défaite de Fillon et le sauve-qui-peut vers la Macronie pour se faire élire faute de concurrents d’envergure, les Pécresse et Bertrand ne voulant pas se compromettre dans le cambouis d’un appareil, et d’un appareil démonétisé. Donc, ce coup-ci, alors que seul Christian Jacob s’est déclaré, alors que l’impayable duo Peltier-Didier est passé en une soiré de la droite forte au centre mou, alors que Julien Aubert réfléchirait aussi à une candidature, , député de l’Yonne, est sorti du bois.

Il a annoncé sa candidature dans une interview au Figaro, partant du constat qu’il faut desserrer l’étau Macron-Le Pen, mortifère pour son parti : “On voudrait nous faire croire que l’histoire est finie et qu’il n’y a plus rien entre LREM et le RN. Mais 80 % des Français ne veulent pas être prisonniers de ce faux duel, qui est un vrai duo.

Il force un peu sur le 80, mais il y a du vrai. Par rapport à Christian Jacob, Guillaume Larrivé a l’art de la politesse assassine : « Ce n’est pas une question de personne, mais de profil. »

Le président des députés LR appréciera, lui qui faisait au parti le don de son absence d’ambition et de sa loyauté à toute épreuve. Mais c’est vrai que le profil de Guillaume Larrivé n’est pas inintéressant. Pas franchement un physique d’acteur, ni de gendre idéal, mais plutôt celui d’un techno précis et froid. Là où Christian Jacob, exploitant agricole, peut se prévaloir d’une fibre populaire, Guillaume Larrivé a effectué un parcours classique de haut fonctionnaire : diplômé de Sciences Po Paris et de l’Essec, énarque et conseiller d’État, il fut conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, puis à l’Élysée, et directeur adjoint du cabinet de Brice Hortefeux dans différents ministères. Oui, deux profils, correspondant à deux électorats s’étant échappé, l’un vers le RN, l’autre vers LREM.

Guillaume Larrivé a le mérite de présenter des compétences et une hauteur de vues. A peine sur la ligne de départ, il a élevé le niveau. « Traçons ensemble une ligne claire, face aux cinq grands défis mondiaux : l’explosion démographique et la pression migratoire, la mondialisation du djihadisme, mais aussi le basculement du capitalisme vers l’-Pacifique, l’irruption de l’intelligence artificielle et ses imbrications avec le vivant, l’urgence écologique et climatique. […] Pour relever la nation, le projet LR doit permettre l’arrêt de l’immigration de masse, la lutte contre l’islamisation, le rétablissement de l’autorité de l’État, la défense de la laïcité, l’affirmation de l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Face à un RN à qui manque cruellement ce type de profils, et un macronisme arrogant, ce sont de réels atouts pour séduire à nouveau la droite sérieuse.

Mais nous ne pourrions écrire cela si Guillaume Larrivé ne s’était pas révélé, il y a un an, aux yeux du grand public, comme le co-rapporteur précis et intraitable de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’affaire Benalla. Cette commission que la Macronie s’empressa de torpiller car elle devenait vraiment gênante. Souvenez-vous – c’était il y a un siècle – de ce « Qu’ils viennent me chercher ! ». Dans le « ils », il y avait ce jeune député de l’Yonne quasiment inconnu avant : Guillaume Larrivé.

Et si c’était lui qui, un jour, allait y arriver. Non seulement à la présidence LR, mais, aussi, à aller le chercher ? Décidément, ce Benalla aura révélé bien des hommes.

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