Editoriaux - Education - Polémiques - 29 juin 2019

Alain Duhamel insulte l’école de Marion Maréchal avec l’assurance des sachants

Depuis que Boulevard Voltaire veut bien accepter mes papiers, c’est-à-dire depuis plus de cinq ans, j’ai très rarement écrit sur Marion Maréchal. Je m’y suis refusé. Parce que j’ai eu l’honneur et le bonheur de travailler à ses côtés dans le Vaucluse. Parce qu’elle m’a fait confiance en me demandant d’être l’un de ses colistiers en 2015 aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Parce qu’avec mes amis de Vaucluse, j’ai vécu de très près et douloureusement son retrait de la vie politique en 2017. Parce que je n’aime pas le mélange des genres. Mais là, j’avoue avoir envie de sortir de mes gonds.

En effet, je viens d’écouter les propos, sur RTL, de l’indéboulonnable Alain Duhamel : une charge contre la directrice de l’ISSEP et son école, à l’occasion de la polémique autour de l’invitation avortée du MEDEF. « Qu’est-ce que le MEDEF peut attendre de Marion Maréchal-Le Pen ? » « Qu’est-ce que Marion Maréchal-Le Pen a à leur dire d’intéressant, compte tenu de leurs responsabilités spécifiques ? » […] « Quelle est sa compétence, quelle est sa culture ? » « Quel est son acquis ? Quel est son expérience ? Dans tous ces domaines, c’est zéro. » Parce qu’Alain Duhamel sait. Comme il sait tout depuis plus d’un demi-siècle qu’il assène ses vérités, ses certitudes sur tout et tout le monde.

Marion Maréchal fut la plus jeune députée de la République. Cela vaut bien d’être, peut-être, aujourd’hui le plus vieux chroniqueur de cette même République. Marion Maréchal conduisit, en 2015, la liste du Front national aux élections régionales. Nous fûmes un certain nombre à la côtoyer d’assez près durant cette campagne. Nous fûmes à même de juger de ses capacités à fédérer et diriger – manager, comme on dit aujourd’hui – une équipe de près de 130 personnes, venant d’horizons divers, d’expériences professionnelles ou politiques variées. Pas chose facile ! Et nous la vîmes batailler avec brio face à un Estrosi sûr de lui et un Castaner approximatif. Elle avait 26 ans… Pour ces expériences, il me semble que Marion Maréchal a des choses à dire. De quoi étions-nous capables, à ce même âge ? Et que faisait M. Duhamel, à 26 ans ? Il écrivait des papiers bien torchés dans Le Monde. Il savait sans doute déjà tout.

Je vais vous avouer quelque chose. Lorsque Marion, il y a un peu plus d’un an, confia à quelques-uns, dont votre serviteur, son intention de créer une école, peu lui dirent de foncer, que c’était une idée géniale, qu’il y avait un créneau à prendre. Quelques mois après, l’ISSEP ouvrait ses portes et recevait ses premiers élèves avec un corps professoral et un conseil scientifique dont l’expérience et la culture valent largement, sinon plus, l’expérience et la culture d’Alain Duhamel qui assène ses vérités à longueur d’antenne avec l’assurance des sachants. Des sachants, du reste, qui participent largement au plombage de notre pays depuis quarante ans. L’ISSEP est, me semble-t-il, une entreprise au sens noble du terme. L’esprit d’entreprise ? Une « valeur » que défend sans doute le très libéral Alain Duhamel et dont il est, sans doute, capable de disserter à l’envi. Marion Maréchal, elle, ne fait pas que disserter. Elle fait aussi.

Mais la charge de Duhamel n’en reste pas là. Si l’on veut avoir une idée de ce que peut être le mépris d’une caste, il suffit d’écouter Alain Duhamel : « Une école lamentable avec une vingtaine d’étudiants qui sont de niveau académique à pleurer de rire… » Louise, une de ces étudiantes « à pleurer de rire », a riposté sur Twitter en déroulant son parcours : licence d’études européennes et internationales, un an de master d’histoire à la Sorbonne, publication dans la très sérieuse Revue de Défense nationale, parlant l’anglais, l’espagnol, le japonais, un semestre d’études en Argentine tout en enseignant le français à de jeunes Argentins. Il est vrai qu’il n’y a pas Science Po Paris…

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