Entretien réalisé par Baudouin de Saxel.

Perdre 23 - 18 contre les ritals, ce n’est déjà pas très glorieux. Mais alors enchainer sur une piteuse défaite face aux Gallois, ça pique carrément les yeux. Qui mieux que Denis Tillinac, écrivain et adorateur de l’ovalie, pour dresser un constat de la situation ?

Deux défaites en autant de matchs, on est bon pour la cuillère de bois ?

Ce n’est pas la première fois qu’on a l’impression d’être à la dérive. Avant d’être vice champion du monde en 2011, nous avions grotesquement perdu contre les Samoa et avions volé la victoire aux Gallois en demi-finale. Pourtant, la finale contre les All Blacks avait été brillante, malgré la défaite au bout du compte. Notre équipe oscille entre le très bon et le très mauvais. Aujourd’hui, alors que la génération Dusautoir semble enterrée, le XV de France ne fait pas rêver, ne sachant pas mener des offensives et construisant tout autour de la puissance de Mathieu Bastareaud. Malgré tout, ce ne sont pas les résultats qui m’inquiètent le plus. On a surtout perdu cette audace, ce french flair, ce romantisme à la française qui a toujours fait notre force...

À la place de Philippe Saint André, que feriez-vous pour redorer le blason du XV de France ?

Je bâtirais une équipe de manière arbitraire et la ferais jouer pendant deux ans. On ne peut pas changer cinq joueurs entre deux rencontres. Une telle concurrence à chaque poste est totalement contre productive ! Leur jeu est marqué par cette peur. Ils sont tétanisés par la pression médiatique inhérente à une société du spectacle. Regardez Frédéric Michalak ; il est l’exemple même du joueur talentueux qui a été troublé par la mythologie injustifiée bâtie autour de lui. Il faut qu’on leur foute la paix pour qu’ils retrouvent un jeu instinctif, du panache et de la folie. Sinon, ils jouent dans une logique moderne de fonctionnaires et en font le moins possible pour ne pas prendre de risques.

Vous avez comparé le rugby à la politique. Dans les deux cas, peut-on évoquer une perte d’identité nationale ?

Au même titre que la politique, le rugby est un miroir de la société. Et manifestement, les joueurs n’expriment plus l’identité française dans leur sport. Au rugby artisanal des bourgades du Sud Ouest s’est substitué une discipline lyophilisée, sans âme ni inspiration. Je pense que la France n’est pas faite pour le rugby professionnel avec ses règles, ses consignes, ses tactiques... In fine, pour pallier cette disparition de l’exception française, on convoque même des joueurs d’origine étrangère, tel Antonie Claassen. C’est humiliant...

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17 février 2013

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