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Audio - Editoriaux - Entretiens - International - Politique - Table - 27 octobre 2017

“Le pire scénario est en train de se produire”

Après le vote de la motion d’indépendance de la Catalogne, le Sénat espagnol vient de voter l’application, pour la première fois, de l’article 155 de la Constitution.

José Maria Ballester s’interroge sur les conséquences non seulement politiques, mais aussi sociales de cette mise sous tutelle de la région indépendantiste.

José Maria Ballester, vous êtes journaliste espagnol. Le processus de déclaration d’indépendance de la Catalogne est-il encore réversible ?

Il est déjà trop tard. Le Parlement régional catalan a voté une déclaration d’indépendance. Le vote a obtenu une courte majorité, mais il l’a votée.
Le Sénat espagnol a immédiatement déclenché l’article 155, qui sera mis en application en Catalogne à l’issue du conseil des ministres extraordinaire. Dès ce soir, monsieur Puigdemont et son exécutif ne seront plus officiellement à la tête de la Catalogne.

Quel est le but de l’article 155 ?

Le but de l’article 155 est de sauver la Catalogne de l’autonomie, car ses dirigeants n’ont pas respecté leurs obligations.

Les troubles de l’ordre public vont-ils se multiplier ?

Le pire des scénarios est en train de se produire.
Un appel à la grève générale en Catalogne a été lancé si l’article 155 est appliqué de façon trop sévère. Il est encore trop tôt pour en juger. C’est la première fois que cet article est mis en application. Le gouvernement socialiste de González avait menacé les Canaries d’appliquer cet article il y a une trentaine d’années. C’était pour des questions financières, c’est-à-dire dans une situation beaucoup moins grave que celle-là.
C’est la première fois que l’article 155 s’applique dans une région d’. C’est une situation juridique nouvelle. Nous ne savons pas encore quelles seront les conséquences sociales de cette décision juridique.

Monsieur Puigdemont sait-il exactement ce qu’il fait et maîtrise-t-il vraiment la situation ?

M. Puigdemont est indépendantiste depuis toujours. Il est aujourd’hui président de la Catalogne parce que le parti d’extrême gauche qui soutient l’exécutif catalan avait fait un préalable du départ du précédent président, monsieur Artur Mas, pour continuer à soutenir le processus d’indépendance. Mas a renoncé à être président en janvier 2016. C’est alors Puidgemont qui a été choisi pour le succéder. Lorsqu’on voit sa trajectoire, il n’a pas trahi ses idéaux, mais il a trahi la Constitution et le respect de la loi devant laquelle il avait prêté serment.

Les Catalans favorables à l’indépendance sont-ils majoritaires en Catalogne ?

Il y a un bloc indépendantiste qui, de façon stable, représente 40 % des Catalans. Pour l’instant, il n’y a pas eu de majorité claire et nette pour l’indépendance.

Comment voyez-vous l’avenir pour la Catalogne ?

Je pense que la Catalogne restera en Espagne, mais la cicatrisation sociale va être très douloureuse. Je ne le dis pas seulement au niveau politique, mais au niveau des populations et des opinions publiques. Il faudra beaucoup de temps pour rétablir une situation normale et la confiance mutuelle.

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