[ÉDITO] Hiver démographique de la France : les chiffres qui font froid dans le dos

L'horloge biologique de la France tourne vite, très vite. 2070, c'est demain, c'est-à-dire aujourd'hui.
© Sikunov
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On le sait, la démographie de la France n’est pas brillante : BV fait d’ailleurs régulièrement écho de cette situation préoccupante pour l’avenir et même la survie de notre nation. En dix ans, à peine, la France a connu une dégringolade démographique qu’elle n’avait pas connue depuis des décennies. L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) vient de publier une étude qui va même jusqu’à envisager une diminution de la population française. « Projections de population à l’horizon 2070 : une population plus âgée qu’en 2026, et probablement moins nombreuse » : tel est le titre de cette étude.

L’hiver démographique de la France fait froid dans le dos. D’abord, une proportion de « vieux » plus importante : « D’ici 2070, le nombre d’habitants de moins de 45 ans baisserait de 8,9 millions, tandis que celui des personnes âgées de 45 à 64 ans serait quasi stable et que celui de 65 ans ou plus augmenterait de 5,8 millions », prédit l’INSEE. Pire : l’INSEE estime qu’« en 2070, si les tendances démographiques récentes se prolongeaient, la France compterait 65,9 millions d’habitants, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026 ».

Une France à moins de 55 millions d'habitants ?

2070, c’est dans 44 ans, c’est donc dans longtemps, direz-vous. Pas vraiment, au regard de l’histoire millénaire de notre pays. Les enfants qui ne seront pas nés en 2026 ne seront pas ces hommes et femmes dans la force de l’âge dont la France aura besoin, en 2070, pour faire tourner le pays et, accessoirement, payer les retraites des personnes (si tant est qu’en 2070, le système de retraite par répartition existe encore, 125 ans après sa création en France) qui, aujourd’hui, terminent leurs études ou viennent juste d’entrer dans la vie active.

On peut mesurer cette dégringolade en lisant l’étude que l’INSEE avait réalisée sur le même thème en 2016, c’est-à-dire la projection à 2070. L’institut de statistique estimait, à l’époque, que « si les tendances démographiques récentes se poursuivaient, la France compterait 76,5 millions d’habitants au 1er janvier 2070 ». C’était ce que l’INSEE appelait le « scénario central » parmi plusieurs scénarii prenant en compte les hypothèses concernant la fécondité, l’espérance de vie et le solde migratoire, qui sont les trois composantes des variations du nombre d’habitants d’une année à l’autre. En dix ans, le « scénario central » de l’INSEE est donc passé de 76,5 à 65,9 millions d’habitants, soit une différence négative de 10,6 millions d’habitants : l’équivalent de la population suédoise ! C’est vertigineux.

L’INSEE ne s’est pas trompé et n’a rien inventé : il part des chiffres du moment et fait ses projections. Ainsi, en 2015, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), qu’on appelle communément le taux de fécondité, était en France de 1,96 enfant par femme. En 2025, il est tombé à 1,53. Le « scénario central » envisagé par l’INSEE part de l’hypothèse que le taux de fécondité se stabiliserait à 1,45 à partir de 2028. Or, le seuil de remplacement des générations est de 2,05 enfants par femme. Même le solde migratoire, que l’INSEE évalue à 150.000 personnes (?), ne suffirait pas à enrayer la dégringolade. Et l’on vous épargne le scénario décrit par l'INSEE où tous les facteurs défavorables à la croissance de la population se conjugueraient pour que la population française tombe à 54,6 millions d’habitants, soit son niveau de 1981…

Tout est fichu ?

Que déduire de ces chiffres alarmants ? Que les boosters vont probablement être mis dans les mois (élections…) et années à venir pour promouvoir toujours plus d’immigration. Voir les discours de Gabriel Attal, Édouard Philippe sur « l’immigration choisie », sans parler de celui sur la « nouvelle France » de Mélenchon. Sans, bien entendu, évaluer les conséquences sociétales, sociales et sécuritaires avec les coûts induits par une immigration de masse...

Que déduire, encore ? Qu'alors la France est fichue, condamnée à se recroqueviller, se ratatiner, à devenir un pays de vieux ou bien (les deux n'étant pas exclusifs) à se laisser « grand-remplacer » car, vous comprenez, il faut bien faire tourner l'économie ? Peut-être pas. Comme le faisait remarquer un sénateur LR, dans une question adressée en février dernier au ministre de la Santé et des Familles, « le désir d'enfant des Français reste élevé, s'établissant à 2,27 enfants en moyenne, selon l'enquête de l'Union nationale des associations familiales ».

Tout a sans doute été dit, écrit sur le sujet, ces derniers mois, notamment avec un rapport parlementaire et ses propositions pour relancer la natalité. À l'évidence, ce sujet mériterait d’être un des grands thèmes de la prochaine élection présidentielle, car il en va de la survie de notre nation, de son identité aussi. Le sera-t-il ? Rien, en tout cas, n’est irrémédiable : preuve en sont les rapports de l’INSEE à dix ans de distance sur le même thème. Mais l'horloge biologique de la France tourne vite, très vite. 2070, c'est demain, c'est-à-dire aujourd'hui.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

55 commentaires

  1. À l’exception des nouveaux arrivants qui y voient une source de profit à court terme, si les naissances étaient prospères en France, nous devrions nous poser des interrogations. Comment peut-on envisager que les choses se passent différemment dans ce pays où tout est mis en œuvre pour dissuader les futurs parents de procréer ? Ce serait inhabituel si c’était autrement. Bravo donc à nos hommes politiques de ces trente dernières décennies qui ont accompli leurs buts, un exploit suffisamment rare pour ne pas être souligné !

    • Vous dites : « ce pays où tout est mis en œuvre pour dissuader les futurs parents de procréer »
      je ne vois pas ça du tout, vous pouvez préciser ? Par contre, il y a hélas beaucoup de raisons
      dans le monde (et pas seulement en France) qui dissuadent de procréer ! du moins ceux qui
      réfléchissent un peu sur l’avenir qui nous est proposé, avec tous les fous qui sont aux commandes.

    • Les gens qui ont encore un peu de plomb dans la tête, n’ont aucune envie de procréer pour mettre leur progéniture dans le monde tel que nous le connaissons. Effectivement, beaucoup d’hommes se font vasectomier ce qui évite à la compagne de prendre la pilule et de risquer à plus ou moins brève echeance un cancer du sein.

    • Je ne sais pas quelles sont les règles actuelles sur la vasectomie (et même s’il y a des règles)
      mais à mon époque (dans les années 80), il fallait avoir un âge minimum et déjà des enfants
      et trouver un chirurgien volontaire … (les cathos, ne voyaient pas ça d’un très bon oeil … )
      On peut donc dire que j’ai été parmi les pionniers à me faire opérer.

  2. il y a de nombreux facteurs quant à la dénatalité. Naguère, il y avait besoin de beaucoup de monde pour le travail agricole ; puis pas de contraception etc Aujourd’hui, à contrario, il y a comme une mode de ne pas vouloir d’enfant. Individualisme encouragé, idéologie , entrave aux  » bien-être  » etc. De plus, il y a eu « éducation » quant à la sexualité ( plus de découverte etc ). Résultat ? Plus matérielement , il y a les coûts aussi, même si l’argent n’est pas le but. Il faut être en situation pour comprendre, et ce, à bien des niveaux. D’autres causes encore…

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