Je ne connais pas Patrick Buisson. Le lynchage médiatique auquel il vient d’être soumis me le rend sympathique. Il mériterait d’être triplement récompensé. Les citoyens sont dignes d’être informés sur ce que font et sur ce que sont les politiciens en qui ils placent leur confiance et à qui ils confèrent le pouvoir de les diriger. M. Buisson est un révélateur. Il dit que la plupart sont nuls, que celui qui les a nommés le sait et ne ressent pas de respect à leur égard. Il nous apprend aussi quel est le niveau de réflexion et de préoccupation au plus haut degré de l’État : une cuisine politicienne assaisonnée de mépris pour les personnes et de manipulation de l’opinion. L’effet est saisissant : les masques tombent.

M. Buisson est un cynique qui ne fait aucune illusion sur les capacités et les motivations des politiciens. Si Sarkozy l’a choisi, c’est qu’il pense de même et ne se fait pas pour lui-même une autre opinion de la politique. Les résultats ont été au rendez-vous. La stratégie buissonnière consistait à abandonner l’idée qu’il fallait se faire élire au centre pour, au contraire, siphonner l’électorat montant du Front national. Il a poussé le Président vers cet électorat populaire qui rassemble tous ceux qui, à droite comme à gauche, ne sont pas insensibles à la préférence nationale et souhaitent qu’on les protège davantage de l’immigration et de l’insécurité. Mission accomplie en 2007, et en voie de l’être en 2012.

L’échec de 2012, ce n’est pas Buisson, mais les effets d’un mandat chaotique commencé par une stupide ouverture à gauche après la victoire à droite, bousculé par la crise et plombé durant la campagne par les réticences des belles âmes, un Premier ministre inconsistant, une candidate nombriliste à la mairie de Paris, et les plus nuls des ministres, au premier rang desquels figure Mme Bachelot.

M. Buisson doit donc être félicité pour avoir été le seul à bien conseiller Sarkozy, pour avoir été l’un des seuls à défendre ces idées de droite que la France n’a jamais eu le courage de mettre en œuvre, en raison du poids paralysant des groupes de pression, des coteries et du microcosme médiatique parisien.

La question n’est pas de savoir si Patrick Buisson a trahi Sarkozy, mais de savoir si Sarkozy et lui ont l’idée d’une humanité où de tels comportements sont impossibles. Évidemment non ! Il a enregistré au cas où… et l’ancien président tempête contre les risques qu’il court et non contre la déloyauté du confident. La loyauté n’est plus une qualité politique. Toute réussite à « droite » semble même reposer sur la trahison : celle de Chirac en 1974, puis en 1981, celle de Sarkozy en 1994 à l’encontre de Chirac, mais il avait commencé en « doublant » Pasqua » à Neuilly.

La vie politique française est atteinte d’une maladie : la médiocrité, celle des compétences et celle des valeurs morales. Non seulement les résultats économiques nous placent aujourd’hui sous la surveillance renforcée de Bruxelles, mais encore il n’y a pas de jour sans qu’une affaire sordide ne vienne entacher l’image des deux grands partis et des responsables politiques. Alors, c’est notre grand La Fontaine qui peut éclairer l’affaire Buisson : « À ces mots on cria haro sur le baudet ! » Que Raffarin et consorts se consolent de leur manière lamentable de diriger le pays en accusant de tous les maux celui qui n’a pas leurs idées – comme si, eux, en avaient – devrait réjouir Buisson, l’âne de la fable qui mérite cette avoinée d’honneur.

8 mars 2014

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