Quoi de plus tragique que la courte vie de Napoléon II ? Cet enfant, presque né du miracle, était promis à l’un des plus beaux destins de son siècle. Seul héritier de l’Empire napoléonien, il était appelé à succéder à son père afin de perpétuer son œuvre. La trame de l’Histoire a contrarié cette destinée. L’Aiglon, qui devait régner dans la lumière, vécut et mourut dans l’ombre le 22 juillet 1832.

Incarnation de l’avenir du régime impérial, Napoléon II est l’objet de toute les attentions et de tous les soins, de sa naissance en 1811 jusqu’à la défaite définitive de l’Empire en 1815. Il est l’héritier et le successeur de son père, l’Empereur, pour les partisans de la cause bonapartiste. Mais ses opposants ne voient en lui qu’une menace pour la paix en Europe.

Un prince en exil

Prince en exil après la chute de l'Empire, il suit sa mère Marie-Louise à la cour d’Autriche, au cœur du pays ennemi historique de Napoléon. Là-bas, son grand-père François Ier se donne pour mission de faire disparaître en lui toute trace et tout souvenir de l’Empereur. Tant pis si son défunt père souhaitait, dans son testament, que son fils n’oublie jamais « qu'il est né prince français ». Fort heureusement pour l’impérial souverain d’Autriche, son petit-fils tenait physiquement plus de sa mère que de son père. Celui que l’on appelle désormais « Franz » ou le duc de Reichstadt est un jeune homme blond aux traits fins et aux yeux bleus. Mais en grandissant, le prince réussit à se réapproprier la langue française qu’on lui avait fait oublier. Il lit ainsi en français l’ultime œuvre de l’Empereur exilé : Le Mémorial de Sainte-Hélène. À travers cet ouvrage, le jeune prince redécouvre l'épopée de son père. Dès lors naît en l’Aiglon une vocation militaire. Secrètement, il nourrit le rêve d'être digne de son ascendance paternelle et espère un jour devenir l'Aigle qui volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame.

Il est nommé capitaine de régiment en 1828, suivant ainsi les traces de son père. Malheureusement, le jeune homme n'a pas hérité de toutes les qualités de l'Empereur. Il ne jouit en particulier pas de la bonne santé paternelle. Ainsi, au début de l’année 1832, l’état du duc de Reichstadt décline. Frappé de plusieurs congestions pulmonaires, il est contraint de garder le lit. Déclaré perdu en avril 1832, le prince déchu entame une longue agonie. Sa mère, devenue duchesse de Parme, ne le rejoint qu’au mois de juin. Sur son lit de mort, Napoléon II fait le triste bilan de son existence : « Ma naissance et ma mort, voilà toute mon histoire. Entre mon berceau et ma tombe, il y a un grand zéro. » Le 22 juillet, l’Aiglon rend l’âme à Vienne dans la même chambre qu’avait occupée son père au retour des victoires de Wagram et d’Austerlitz. Mort sans postérité, l’Aiglon emporte dans son dernier souffle le propre sang de l’Empereur, un sang qui faisait encore trembler de peur les cours d’Europe. L’existence même du prince restait, pour les nostalgiques de l’Empire, un appel au soulèvement contre les anciennes monarchies qui craignaient de voir surgir un nouveau Napoléon. Pour cette raison, certains historiens allèrent jusqu’à croire à un assassinat politique du fils de l’Empereur.

Sa dépouille mortelle est déposée dans la crypte des Capucins, à Vienne. C’est en ce lieu que reposent, selon la tradition, tous les défunts de la maison de Habsbourg. Mais l’Histoire de la France et de l’Aiglon ne s’arrête pas là. Durant la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler, souhaitant attirer à lui l’admiration des Français, fait revenir les cendres du prince impérial dans sa patrie natale. Un retour organisé cent ans après le rapatriement des cendres de Napoléon Ier aux Invalides en 1840. Les Français, pas dupes de la manœuvre, plaisanteront : « Ils nous prennent le charbon et ils nous rendent les cendres ! »

Si le fils et le père furent séparés de leur vivant par les aléas de l’Histoire, ils sont désormais réunis pour l’éternité.

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21 juillet 2023 à 12:15

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4 commentaires

  1. Voila ce qu’il faudrait raconter à nos petites têtes blondes à l’école. L’histoire est passionnante quand elle est bien racontée. Merci Monsieur de Mascureau.

  2. Selon certaines sources sérieuses, la restitution des cendres de l’Aiglon par Hitler en 1940 procède d’un geste de gratitude envers Napoléon dont l’art de la guerre qu’il avait fait sien venait de lui permettre de terrasser l’armée française en quelques semaines.

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