[ENTRETIEN] Nouvelle-Calédonie : « Veut-on renoncer à être une grande puissance ? »

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Jean-Claude Martinez, président fondateur de l’Union pour la Nouvelle-Calédonie, est professeur de droit public et sciences politiques à l’université Paris II Panthéon-Assas. Député européen FN pendant vingt ans, député français durant deux ans et auteur de plus de quarante ouvrages, il a publié en 2021 Nouvelle Calédonie. Quoi qu’il en coûte, la France doit rester ! (Éditions Godefroy de Bouillon).

Gabriel Decroix : L’État aurait-il dû renoncer à cette révision constitutionnelle ?

Jean-Claude Martinez. La question centrale est celle-ci : veut-on renoncer à être une grande puissance ? Oui ou non, veut-on renoncer à être dans le Pacifique Sud, à côté de la Chine ? Oui ou non, veut-on rester sur le théâtre stratégique du XXIIe siècle, c'est-à-dire le Pacifique Sud à côté de la Chine, mais aussi les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ? La réalité est que tout cela se passe sous les yeux de la Chine, qui s’est déjà emparée de tout l’arc mélanésien, les Fidji, le Vanuatu, la Micronésie. Il ne reste plus qu’à faire tomber la Nouvelle-Calédonie. La Chine qui, je le rappelle, a été reçue via le président Xi Jinping par le Président Macron en présence de la présidente de l’Union européenne. On se demande ce qu'elle venait faire là alors que la puissance de la France se joue à Nouméa. Il faut que le Président Macron envoie Sonia Backes, présidente de la province Sud de Nouméa, à Taïwan pour adresser un message à la Chine.

G. D : Comment l’État peut-il éteindre l’incendie, maintenant que la révision constitutionnelle a eu lieu ?

J.-C. M. Quand on déclenche une réforme constitutionnelle à l’Assemblée et au Sénat, on n’entend pas le président de la République dire : « Je n’irai pas au Congrès ». Pour l’IVG, il est allé au Congrès immédiatement. L’IVG a été faite en 24 heures, car le statut planétaire de la France se jouait là-dessus, sans doute ! Mais pour les élections en Nouvelle-Calédonie, on n’est pas pressé. S’il n’y va pas, quel message envoie-t-il aux Blancs de Nouméa ? « On ne vous protège pas. » Il ne leur restera plus qu’à partir et il restera 80.000 Kanaks sous contrôle chinois, tout comme le nickel...

G. D : Le peuple autochtone kanak, qui a déjà le sentiment d’être colonisé, craint d’être minorisé par ce projet de loi qui élargit le corps électoral aux natifs et aux résidents français présents depuis plus de dix ans. Qu’en pensez-vous ?

J.-C. M. La réforme consiste à mettre fin à une histoire de fous. À partir de 1988, date du premier accord, une domiciliation de vingt ans des Blancs résidents a été requise pour voter. Ceux présents depuis dix ans en ont été privés. Ce sont les articles 76 et 77 de la Constitution qui ont adopté ce collège électoral hallucinant où, en fait, un Blanc ne vaut pas un Noir. Ils stipulent la préférence raciale ou ethnique pour l’emploi, tout cela sous le nom d’accord de Nouméa.

Je vous rappelle que via les accords de Nouméa qui sont dans la Constitution, on parle des vallées, des collines, des embouchures et des rivières où règne l’esprit des ancêtres. Était-ce intelligent d’inscrire dans la Constitution l’attachement des Kanaks à ce patrimoine naturel ? On doit à Lionel Jospin d'avoir enfreint les règles du droit public français, des nations civilisées, les règles électorales de toutes les nations du monde où un homme est égal à une voix. Ce boomerang de 1988 nous revient aujourd'hui en pleine figure.

Gabriel Decroix
Gabriel Decroix
Étudiant journaliste

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23 commentaires

  1. Oui , la France n’est pas une Grande Puissance. Il faut craindre que les dirigeants Occidentaux ne comprennent pas avant une catastrophe, qu’ils ne sont plus les « Maîtres du Monde » comme ils l’ont été depuis le milieu du 19è siècle pour des motifs techniques et scientifiques qui n’existent plus.
    En 1900s la Russie était faible et la Chine totalement exsangue. Le reste du monde scientifiquement, techniquement, politiquement et économiquement inexistant.
    En 2000s c’est fini.
    En un siècle le paysage mondial a totalement changé : La Science et la Technique se sont mondialisées. Même l’Inde, un pays qui n’a jamais eu d’ambition politique extérieure, qui a été le plus souvent politiquement dominé par des étrangers (musulmans, turcos-mongols, européens), est scientifiquement et techniquement devenue une grande puissance. L’Inde, prend ses distances avec l’Occident avec subtilité et sans provocation, paisiblement, lentement, sans faire le moindre bruit. Elle est devenue une puissance nucléaire.
    Elle n’est pas la seule : Toute l’Asie du Sud Est agit, discrètement, de même. Ce n’est pas parce que les Occidentaux déguiseront leurs ambitions colonialistes sous le nom de « démocratie » et de « mondialisme » qu’il tromperont les autres civilisations.
    Le Mondialisme c’est fini, ou alors il faudra mettre en pratique un « mondialisme » totalement différent, qui ne soit pas pensé et gouverné par les seuls Occidentaux. On en est très loin.
    Avec 41% de population d’origine indigène (les Kanakes) la Nouvelle Calédonie doit être dirigée par les Canaques. Point. Tout le reste est discours colonialiste. On l’a entendu ad nauseam à propos de l’Algérie… et finalement il a bien fallu se résoudre non ?

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