Décès : redoutable, madré et attachant, Jean-Claude Gaudin n’est plus

Jean-Claud Gaudin

Au terme d'une carrière d'une longévité exceptionnelle, Jean-Claude Gaudin, né le 8 octobre 1939 à Mazargues (Bouches-du-Rhône) et décédé, ce 20 mai 2024, dans le Var à 84 ans, ne s'est pas attiré que des louanges. On a beaucoup glosé sur la souplesse politique de ce fils d’un artisan maçon fidèle aux chrétiens démocrates du MRP. À Jean-Claude Gaudin, la gauche marseillaise (entre autres) a tissé une solide réputation de corruption.

L'ancien professeur d’histoire-géographie, élu pour la première fois en 1965, sous l'étiquette CNIP, au conseil municipal de Marseille sur la liste de Gaston Defferre à peine passés ses 25 ans, n’a rien d'un martyr de la cause nationale. Il laisse, du reste, sa ville dans une situation peu enviable, aux mains d'une gauche idéologue, agressive et mauvaise, bien représentée par le maire de Marseille Benoît Payan, à la tête d’une coalisation PS-EELV-PCF-LFI-divers gauche depuis 2020. On a connu succession plus flatteuse.

« Politiquement impitoyable »

Pourtant, Jean-Claude Gaudin avait embrassé la politique avec une générosité certaine. Le sénateur Reconquête de Marseille, Stéphane Ravier, très implanté dans la ville et qui fut longtemps son opposant, n'a pas le jugement abrupt de la gauche et de l'extrême gauche envers cet homme façonné par une idée de la politique d’autrefois, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ravier avait rencontré Gaudin, récemment : « Je l'avais trouvé très diminué, il se plaignait de sa santé et ne se trouvait pas en forme », confie-t-il à BV.

Adversaire résolu de sa politique, Ravier reconnaît une certaine élégance à ce personnage de la Ve République, rusé, madré, provençal par toutes ses fibres, quitte à exagérer son accent marseillais pour jouer auprès de ses interlocuteurs venus du nord de la France sur la couleur locale. Ne jamais s'endormir... « Il était politiquement impitoyable, mais c'était masqué par sa bonhommie, explique Stéphane Ravier. Il avait un côté sympathique, avenant et gouailleur qui pouvait vous désarmer et vous faire baisser la garde : vous vous retrouviez politiquement étouffé. »

Mais l’homme était ouvert à une époque où il fallait un courage presque physique pour assumer une alliance, même limitée, avec le Front national de Jean-Marie Le Pen. Le maire de Marseille avait été élu, en 1986, président de la région PACA avec le soutien du FN et l'avait associé à son exécutif en lui confiant des vice-présidences et présidences de commissions. Un accord cuisiné par Gaudin. En 1988, il avait négocié un autre accord, accord de désistement réciproque, entre le FN et le tandem RPR-UDF sur les huit circonscriptions de Marseille. Sans dégâts médiatiques exagérés. Le même type d’alliance entre le FN et Charles Millon tournera à la déconfiture de Millon, en 1998, après une campagne ultra-violente de la gauche.

Jean-Claude Gaudin avait enfin cette forme d’élégance démocratique devenue rare. Lorsque Ravier, alors RN, arrive en deuxième position derrière la liste Gaudin aux municipales de 1994 avec de nombreux conseillers municipaux, les conseillers RN tout juste élus et encore neufs en politique ne sont pas attaqués. Bien au contraire, ils découvrent le potentiel de séduction du maire. « Gaudin les avait pris à part, il leur racontait des anecdotes sur la vie politique marseillaise et la vie au sein du conseil municipal : ils étaient d'emblée sous le charme », raconte Stéphane Ravier, qui les préviendra du danger...

Après lui, le déluge

Le baron local est maître chez lui et, en bon baron local, Gaudin estimait que, dans sa ville, l’étiquette politique n’était pas capitale et que Marseille n'était ni de droite ni de gauche, mais populaire. Mais lorsque Jean-Marie Le Pen débarquera en Provence en 1992, donnant un tour national au scrutin, l'accord avec le FN sera rompu à la région. Auparavant, Gaudin aura démontré, bon an mal an, que l'union des droites était possible. En 2014, lorsque Ravier est élu sénateur RN de Marseille, il est touché par l'accueil de Gaudin, alors premier vice-président du Sénat. « J'ai été accueilli par lui comme un sénateur à part entière, dans le respect des institutions », témoigne Ravier. Toujours ce comportement humain, éloigné de tout sectarisme.

Les meilleures choses ont une fin. Élu et réélu trois fois maire de Marseille, un mandat qu’il a exercé pendant 25 ans, sénateur, premier vice-président du Sénat de 2014 à 2017, ce politique à l'ancienne ne supportait pas l'idée qu'on puisse lui succéder, à l'image de beaucoup de ces barons de la politique locale. Après lui, le déluge.

Il laisse une ville dans un piteux état dont le maire Benoît Payan fait malgré tout regretter un Jean-Claude Gaudin qui, en dépit de ses nombreux défauts ou à cause d’eux, représentait si bien la France.

Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

14 commentaires

  1. «  Le Monde «  écrit : Gaudin homme politique de droite …et bien moi je suis mort de rire

  2. En ce temps de deuil, reconnaissons à monsieur Stéphane Ravier sa fidélité aux valeurs chrétiennes de la France de respect au défunt.

  3. Marseille sous Gaudin ; les syndicats au pouvoir ;ordures dans les rues , transports publics indigents ,urbanisme source de catastrophes .Drogue partout . En somme deux villes :la bourgeoise à l’Est , la délinquante au Nord . La gouaille ne fait pas un élu de qualité .

  4. Ça, c’est la façade ;en fait il faisait partie de ces politicards sans convictions et demagos responsables de la situation actuelle de la France.

  5. Gaudin élu pour Gaudin et non pour Marseille et les marseillais… » après moi les mouches »
    lui correspond parfaitement

  6. Gaudin était un politique comme beaucoup d’autres. Je ferai une seule remarque: quand un immeuble s’effondre à Marseille c’est la faute à Gaudin , ailleurs c’est la faute à « pas de chance »

  7. Il laisse une ville en piteux état ? Ah oui ? Heureusement Payan est arrivé et, on le voit aujourd’hui, Marseille s’est bien relevée… Ayant connu Marseille dans les années 60, elle a, depuis, ete transformée. La réhabilitation des quais et le MUCEM , entre autres, l’ont fait rentrer dans le 21e siècle. Et c’est bien sous les coups de boutoir de dockers Cégétistes que le premier port de France a été déserté par les bateaux du monde entier… Mais c’est toujours pareil, si Gaudin avait marché sur l’eau, les journaux de gauche auraient titré : « et il ne sait même pas nager »…

  8. c’est drôle, cette promotion de Ravier, sénateur désigné par le RN et par les voix du RN, qui reste sénateur quand il quitte le RN pour le combattre. Etonnant, non?

  9. Un politicien à l’ancienne très méridional, mais qui n’a su -ou voulu-endiguer l’arrivée des « nouveaux Français, ne pensant qu’à ses prébendes comme tout politicien actuel…A méditer !

  10. Le politique détestable dans toute sa splendeur, affairisme et clientélisme.
    Tout comme le traitre à la tête de la région.

  11. Marseille st ravagée et en même temps, ce gars aurait « bien travaillé » ! ? … Ca en est ubuesque ! …

  12. « Jean-Claude Gaudin avait enfin cette forme d’élégance démocratique devenue rare » ! … WAHOU ! … Rien que cette phrase est « éclairante » sur la décrépitude qui avait cours depuis des décennies dans la caste « médiaco-politique » … C’est dire à quel point la décadence était enclenchée depuis très longtemps ! …

    Il faut « oser » pour présenter ce genre d’oiseau comme étant « une référence » d’efficacité de ce qu’était un « baron provincial » de cette caste poly-tocarde en action en FRANCE ! …

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