[PEOPLE] Que cache (selon certains) le portrait de Charles III ? La CIA, Epstein et Belzébuth !

Capture d'écran © ITV News
Capture d'écran © ITV News

Il y a quelques jours, Charles III a dévoilé son portrait plus grand que nature. Charles Ier avait été portraituré par Anton van Dyck, Charles II par Philippe de Champaigne. Charles III a choisi un artiste britannique, Jonathan Yeo, peintre mondain, portraitiste d’innombrables célébrités. Et, comme en 2001 lorsque la reine Élisabeth avait été peinte par le talentueux Lucian Freud, tout le monde n’apprécie par le résultat. The Guardian a trouvé le portrait « trop chauve, trop fou, trop rouge » mais le Daily Mail l’assure : voilà « le portrait royal le plus progressiste depuis très longtemps ». La vérité est sans doute plus mesurée que les deux appréciations.

Sur ce portrait officiel, le roi porte l’uniforme des gardes gallois dont il est le colonel - le portrait avait été commencé avant que Charles ne devînt roi. Ce « red coat », la tunique rouge qui devint le surnom des soldats anglais, se confond avec le fond rouge et rose, s’y dilue. Dans son genre, ce fond est intéressant - mais va comme des bretelles à un chat avec le visage et les mains qui sont peintes de façon réaliste (il n’y manque pas une ridule). C’est une façon répandue, dans le monde de l’art, de faire cohabiter académisme et « modernité ». L’artiste peint la tête de façon convenue - voyez comme je sais peindre avec habileté - et le reste de façon déstructurée - voyez comme je suis moderne.

 

His Majesty King Charles III by Jonathan Yeo, 2024. Copyright Jonathan Yeo studio, 2024. Courtesy of the Artist

 

Baal et le papillon

 

Plus qu’à cette conception picturale bâtarde, c’est au visage royal semblant émerger du sang ou des flammes que les gens ont été négativement sensibles. Les lecteurs de Bram Stocker y ont vu Dracula. Les lecteurs d’Edgar Allan Poe, la mort rouge. Les lecteurs de Dante, Charles III cuisant dans le Phlégéthon, fleuve de sang en ébullition à destination des damnés. Beaucoup s’accordent pour dire que le tableau le représente aux portes de l’Enfer. Dans le fond brouillé, ne distingue-t-on pas là un œil inquiétant, là une tête démoniaque ? Et, a prouvé quelqu’un, en accolant le tableau à sa photo inversée, c’est Baal ou Belzébuth qui apparaît.

Même le papillon qui volète près de l’épaule royale a été scruté de près. Charles III l’a choisi parce que ce papillon est un « monarque » - dénommé ainsi en référence à Guillaume d’Orange - et qu’il est en voie de disparition : lignée et écologie sont les deux mamelles de Charles III. Selon le peintre, il symbolise aussi sa métamorphose en roi (après 70 ans d’état larvaire ?). Mais un monarque sur un portrait royal… Bon sang, mais c’est bien sûr ! Claire allusion au « Project Monarch », mené par la CIA dans les années 50 pour contrôler et manipuler les esprits…

 

L’ombre d’Epstein rôde dans Buckingham

 

À ce stade, certains commentateurs enchaînent sur un autre complot, qui n’est peut-être qu’une ramification du précédent : le frère du roi, le prince Andrew, était lié à Jeffrey Epstein ; l’on ressort une photo (admise pour authentique, malgré quelques doutes), où l’on voit Kevin Spacey et Ghislaine Maxwell assis sur les trônes de Buckingham Palace lors d’une visite organisée par le prince Andrew en 2002 ; et l’on rappelle que Jonathan Yeo a peint, justement, un portrait de Kevin Spacey… Le portrait de Charles III devient une pièce d’un vaste puzzle.

 

 

Les réseaux sociaux sont aussi le terrain de jeu des humoristes. Certains ont modifié la vidéo du dévoilement du tableau pour y faire apparaître tout autre chose : la reine mère, Donald Trump, le roi en squelette ou caricaturé… Les internautes ont de l’imagination drolatique à revendre, toujours plus que Jonathan Yeo dont toute la créativité s’est épuisée en 2007, lorsqu’il portraitura George Bush avec des collages de magazines pornographiques pour dénoncer le puritanisme et l’hypocrisie de la droite américaine… Charles III peut s’estimer heureux ! D’autant que le jour où la toile sera aspergée de soupe de tomates par des militants écologistes, on ne verra pas la différence.

 

Jonathan Yeo travaillant au portrait royal. Copyright Jonathan Yeo studio, 2024. Courtesy of the Artist

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Pour moi c’est laid , rien de plus . S’il y a un sens caché c’est en effet bien caché dans ce rouge agressif mais chaque tableau est un reflet de son époque et dans ce sens il est parfaitement réussi. On le mettra au musée à côté du célèbre «  cri » et tout est dit.

  2. Je ne suis pas monarchiste, n’ai aucun tropisme pour l’Angleterre ni pour les Anglais, la famille royale m’indiffère, et pourtant je trouve ce tableau réussi, à la fois réaliste dans la représentation du visage et des mains, l’attitude, la force et la profondeur qui s’en dégagent, et moderne pour la patte et le reste, d’autant que j’adore le ton rouge… Alors, franchement, si je peignais cent fois moins bien que cet artiste je m’estimerais remarquablement doué.

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