[STRICTEMENT PERSONNEL] À armes inégales

Dominique Jamet

Infatigable avocat de la défense, Robert Badinter avait fait de la dénonciation de la peine capitale le combat de sa vie, sans que l’on puisse déterminer ce qui lui faisait le plus horreur, du procédé en vigueur dans notre pays depuis la Révolution française – la lame tranchante qui coupe un homme en deux parties inégales – ou du principe même suivant lequel un État serait en droit de disposer de la vie et de la mort d’un être humain.

Disparu il y a quatre mois, l’ancien garde des Sceaux voulait croire que la victoire remportée à l’automne 1981 sur « le châtiment suprême » était irréversible et, plus généralement, que l’Union européenne, à l’image de la France, avait définitivement rompu avec ce qu’il disait être l’héritage des temps barbares. Il sous-estimait ce que son succès devait à l’appui d’un président de la République qui bénéficiait encore de l’état de grâce, une expression parfaitement appropriée en l’occurrence, et au ralliement opportuniste de la droite menée par Jacques Chirac. Il se trouvait, aussi, que le moment n’était pas marqué par une poussée de la violence, une montée de l’insécurité, le recours croissant aux armes blanches et une vague de faits divers sanglants qui tendent à devenir des faits de société.

La « neutralisation » des terroristes

Quoi qu’il en soit, brutalement confrontée à la menace et aux manifestations du terrorisme islamiste, il apparut dès la fin du XXe siècle que la Justice française ne pouvait rester indéfiniment privée du glaive qui est, avec la balance, l’un de ses attributs traditionnels. D’où l’étrange « jurisprudence », si l’on peut ainsi qualifier l’adoption d’une pratique qui n’a jamais été officiellement revendiquée ni explicitement soumise à l’arbitrage du Conseil d’État, moins encore du Conseil constitutionnel, mais qui a eu l’indiscutable mérite de l’efficacité en permettant à la loi de s’appuyer sur la force.

C’est ainsi que la peine capitale, chassée à grand fracas du droit commun par la grande porte du palais Bourbon, s’est officieusement réintroduite dans la réalité sans avoir jamais été relégitimée par la loi en passant, si j’ose dire, par la fenêtre des mosquées salafistes, en répondant aux attentats commis au nom d’Allah ou plus spécifiquement aux consignes de Daech. C’est ainsi qu’il a été implicitement décidé que les assassins islamistes étaient passibles de la mort dès lors qu’ils étaient interpellés en flagrant délit et pour autant que se poursuivait leur activité criminelle, sans que l’on s’embarrassât d’un procès régulier, avec publicité, avocats, témoins, tribunal et tout le tralala ordinaire, et qu’ils ne redevenaient justiciables des tribunaux que si, ayant échappé aux balles de la police, du RAID ou de l’armée, ils avaient la chance d’être incarcérés vivants. C’est ainsi que Khaled Kelkal, Mohammed Merah, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, les tueurs de Charlie, du Bataclan ou de Nice ont été abattus sans que nul (y compris Robert Badinter) y trouve à redire dès l’instant qu’il est admis que face au terrorisme islamiste, nous sommes en guerre. C’est ainsi que pour s’être dissocié au dernier moment de ses complices, pour avoir flanché, pour avoir tenu à sa propre vie plus qu’à celle de leurs victimes, pour avoir été l’objet d’une arrestation aussitôt révélée, le nommé Salah Abdeslam, seul survivant de l’équipe du Bataclan, encombre sans pudeur les tribunaux et les audiences de ses plaintes sur les rigueurs de sa détention. Il est vivant, Cabu, Wolinski, Bernard Maris et les autres sont morts.

La pègre, une contre-société 

Ne nous laissons pas abuser, encore moins séduire par les opérations « Place nette » et la poudre que M. Darmanin nous jette aux yeux. Il est clair que les gouvernants, et plus particulièrement les ministres de l’Intérieur qui se sont succédé depuis cinquante ans, ont totalement échoué et, avec eux, la politique de prohibition et de répression prétendument menée contre le trafic et la consommation de stupéfiants. Les signaux se multipliaient depuis quelque temps sur l’infiltration de notre société par la Mafia du crime organisé : constitution d’une contre-société employant des centaines de milliers de salariés, mainmise des dealers sur les « quartiers populaires », règlements de comptes entre dealers, petits et gros, entre gangs, entre boss, diffusion de la drogue dans les milieux de la politique, de la mode, du spectacle, intimidation, corruption, complicités dans la police, la magistrature, chez les élus.

La tuerie du péage d’Incarville, en ce début de semaine, marque l’irruption spectaculaire d’une narco-criminalité à la mexicaine dans notre pays. De sa cellule, Mohamed Amra, décidément fine mouche, a pu préparer, conduire et réussir son évasion en disposant de moyens matériels, financiers et militaires bien supérieurs à ceux de la malheureuse escorte qui est tombée dans un guet-apens. Voitures volées et incendiées, fusils d’assaut contre des armes de poing, jeunes sicarios prêts à tuer et tuant, effectivement, pour quelques milliers d’euros, itinéraires de fuite, filières secrètes, planques étanches. Conclusion : la pègre est désormais mieux armée, plus efficace, plus puissante que l’administration pénitentiaire. Un nouveau front s’ouvre, une nouvelle guerre commence. Que risquent ceux qui ont abattu cinq représentants de l’ordre et de la paix civile ? Mineurs, l’État se bornera à leur assurer le gîte et le couvert une dizaine d’années. Majeurs ? Ils peuvent compter sur la protection de la mouche. Double assassinat avec préméditation, crime commis en bande organisée. Que méritent-ils ? J’en demande bien pardon à feu Me Badinter. La mort.

Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Je suis émerveillé chaque fois qu’un intellectuel ou politicien voire les d’eux découvre l’eau tiède.
    Les textes anciens nous avertissent : oeil pour oeil, dent pour dent.
    Simple mesure d’équité.

  2. La peine capitale existe toujours seulement pour les victimes innocentes que les malfaisants tuent gratuitement en toutes impunités laissant derrière eux d’autres victimes collatérales qui durant le restant de leurs vies ne pourront jamais se reconstruire.

  3. Rappel à la Loi, rappel à la Loi, vous dis-je! Non, mais, ils vont voir, ces vilains, de quel bois notre justice se chauffe. Quand on parle de grande fermeté, ce n’est pas pour rire, enfin!

  4. Pour commencer, et je l’ai déjà évoqué pour les visites aux prisonniers : Pas de contacts physiques possibles. Une vitre de séparation et un micro entre le détenu et le visiteur. Fouille complète des visiteurs à l’entrée et sortie. Ce serait déjà bien. Portables interdits et règlementation pour téléphoner de la prison sur des postes fixes sur écoute. La prison ne doit pas être une colonie de vacances ou un hôtel trois étoiles mais redevenir un lieu où l’on purge une condamnation, sans exclure le minimum vital, qui manque d’ailleurs à beaucoup de Français silencieux qui travaillent, eux!

  5. « Conclusion : la pègre est désormais mieux armée, plus efficace, plus puissante que l’administration pénitentiaire. » La pègre est désormais mieux armée, plus efficace, plus puissante que l’Etat français.

  6. La République , bonne fille , pétrie de « valeurs » , de « principes » , d' »humanisme » , a supprimé la peine de mort.
    Mais une communauté nombreuse et en expansion , appliquant une autre loi, une loi religieuse (la charia) , l’applique sur notre sol . Il ne reste que la police et la gendarmerie qui dans le cadre de leurs fonctions peuvent tirer et éliminer un assassin qui veut les assassiner .

  7. « Le clan des Siciliens » ou « le Grand Pardon » avait déjà évoqué ce type d’attaque au fourgon pénitentiaire. Il faut à tout prix obligé les juges à se déplacer eux-même en prison au lieu de multiplier à tout bout de champ ces transferts risqués.

  8. Et oui, Monsieur, beaucoup, dont moi, la réclament à nouveau. J’irais même plus loin, à savoir : Installer « la machine à raccourcir » dans la cour de promenade des prisons et obliger « les locataires » à assister à la décapitation d’un des leurs. Faisant cela, je pense que cela en ferait réfléchir plus d’un … détenu.

    • D’accord avec vous . C’est déja mieux que les pendus à Montfaucon ( devenu parc des buttes- Chaumont, non ? )

  9. Il n’y a pas à demander pardon à Badinter qui a aboli la peine de mort sans demander l’avis des français. Un jour ou l’autre il faudra la remettre en application, en changeant la méthode, pour les criminels et assassins socialement dangereux et irrécupérables

  10. Supposons que ce Mohamed Amra soit pris. Ca va commencer par 4 oun5bans de prison préventive, le temps d’instruire son procès. Puis il sera condamné à la peine maximale : le perpétuité… Dont on précisera qu’elle sera assortie d’une peine « incompressible de 22 ans », ce qui veux dire qu’en réalité, qu’avec la préventive, il fera 17 ou 18 ans de prison au delà de son procès. Âgé aujourd’hui de 30 ans, il sortira à 53 ou 54 ans… Durant tout ce temps, il’aura été logé, nourri, habillé, chauffé, par nos impôts. Il a commencé à remplir son casier judiciaire à 11 ans… quecfera t-

  11. La peine de mort pour ces criminels et non pas des prisons 5 étoiles pour un prix exorbitant aux frais de ceux dont ils ont assassinés des proches . Comment peut on seulement écouter les lamentations de ce criminel Abdeslam, le choyer et le protéger , il faut le traiter comme il le serait dans son pays .

    • Tout à fait d’accord avec vous et il n’y a pas mieux contre la récidive. Les voyous d’avant guerre disaient que lorsqu’ils allaient faire un « casse », ils partaient non armés, pour surtout ne pas s’en servir, car à l’époque la machine à raccourcir fonctionnait. On comprend que ceux qui font les lois soient laxistes, ils sont très rarement victimes des voyous.

  12. Apparemment le retour de la peine capitale fait son chemin.! Pas assez vite dommage. Mais si elle revient, il faudra pour certains cas supprimer en même temps la justice laxiste.

  13. … « le moment n’était pas marqué par une poussée de la violence, une montée de l’insécurité, le recours croissant aux armes blanches et une vague de faits-divers sanglants qui tendent à devenir des faits de société. »
    Ça a bien changé, et l’on connaît les coupables.
    Badinter et Mitterrand son mentor ont préparé le terrain de ce que la France est devenue aujourd’hui, ce pays où l’on tue des membres des forces de l’ordre, comme on abat des animaux, sans états d’âme.
    Leur laxisme politico-électorale fait que tout deux sont « et » responsables « et » coupables ; pour citer quelque peu Fabius, l’autre responsable qui sévit encore de nos jours ; des drames qui endeuillent la France.
    Aujourd’hui, avec l’aide des socialistes : Faure (Maurice), Crépeau, Arpaillange, Nallet, Vauzelle, Guigou, Lebranchu, Taubira, Urvoas… Belloubet, Dupond-Moretti, [quelques uns de droite en cohabitation], la justice française n’est plus que l’ombre d’elle-même.
    Ces gens-là, les socialistes sus-cités, qui portent la révolution en bandoulière, comme on porte la rose rouge, oublient qu’à cette époque on coupé les têtes pour beaucoup moins que ça.

  14. Le laxisme des gouvernants vis à vis des délinquants permet de museler et de contraindre le peuple. Le dernier exemple en date est donné lors de la crise Covid, où l’on ne devait pas sortir sans son « sésame » mais où les zones de non-droit n’étaient pas inquiétées. En démocratie le pouvoir appartient au peuple, à l’unique condition que ce dernier refuse qu’on le lui vole.

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