Me Pierre-Vincent Lambert, avocat de Thaïs Descufon, revient sur le procès de l’étudiante, ancienne porte-parole de Génération identitaire, et de Jérémie Piano, poursuivis pour « provocation à la haine » lors d’une opération anti-migrants, en janvier dernier, dans les Pyrénées.

 

Les réquisitions sont à l’image de la motivation du procureur de la République dans ces poursuites. Il les avait déjà exposées au départ de cette enquête par des déclarations assez incroyables. Finalement, l’audience a été à l’image de ces premières déclarations, assez surréalistes. Il nous a quand même expliqué à l’audience que nous n’avions pas le droit de stigmatiser un migrant qui franchirait la frontière parce que ce migrant a autant le droit qu’un randonneur français ou espagnol. Il a fallu que je reprenne cette affirmation incroyable pour expliquer que pour un migrant clandestin, traverser la frontière dans l’espace européen était une infraction pénale, par conséquent une violation de la loi. C’est un procureur de la République qui nous explique qu’il n’y a aucun sujet politique si un migrant clandestin traverse la frontière de cette façon et qu’on ne peut pas le placer dans une situation différente qu’un citoyen français ou espagnol. C’était absolument incroyable. Chaque procès est toujours plus surréaliste que le précédent. La démonstration était incroyable. Ce n’est pas l’action en elle-même qui a été poursuivie, mais ils sont allés simplement chercher ce qu’ils pouvaient dans les déclarations des uns et des autres, à l’occasion de cette opération, pour trouver une infraction à reprocher. Généralement, on se rabat sur la provocation à la haine parce que c’est le débat le plus large et le plus subjectif. Tout le long de ces réquisitions, on nous expliquait qu’il n’y avait aucune démonstration factuelle et intellectuelle de la part de ce qui était affirmé par Jérémie Piano et Thaïs Descufon dans leur vidéo. Finalement, ils ne nous disaient pas que c’était faux. C’est tout de même compliqué de nous expliquer qu’il n’y a pas de lien entre le terrorisme islamique et l’immigration clandestine.

Cette opération est faite à la base par Génération identitaire, alors que le gouvernement lui-même à la suite d’Emmanuel Macron décide de prendre des mesures de fermeté et de fermeture d’un certain nombre de points de passage. Par conséquent, le préfet de la Haute-Garonne ferme le col du Portillon précisément en raison du risque terroriste. Le gouvernement et ses représentants locaux que sont les préfets font l’amalgame.

 

Si Thaïs Descufon est poursuivie pour injure publique, Jérémie Piano lui est poursuivi pour provocation à la haine raciale. Dans la vidéo qu’il a postée, il est incriminé pour avoir évoqué des milliers de clandestins en France.

Thaïs Descufon est poursuivie pour injure publique certes, mais à caractère racial. C’est les trois infractions : provocation à la haine à discrimination raciale, injure raciale ou discriminatoire et diffamation raciale au choix ! Dans le cas d’Anne-Thaïs, le procureur a considéré que les propos qu’elle a tenus dans cette vidéo étaient une injure à l’égard des migrants. Dans le cas de Jérémie Piano, le procureur a considéré qu’il s’agissait d’une provocation à la haine à l’égard des migrants.

En réalité, c’est tout le texte des deux vidéos qui était reproché à l’un et à l’autre. Jérémie Piano ne dit pas que tous les migrants ou tous les immigrés sont des terroristes ou des voleurs, mais précisément que parmi eux se trouvent probablement des voleurs. Il y a une grande prudence dans les propos.

D’une part, la décapitation de Samuel Paty par un réfugié tchétchène et d’autre part, l’égorgement des catholiques à Nice par un migrant tunisien avait déclenché précisément la fermeture du col du Portillon. Le procureur fait semblant d’y voir un amalgame qui n’est pas contenu dans les propos qui sont à mon sens prudents et mesurés et qui correspondent à une réalité. La réalité est violente. Par conséquent, il y a des réactions légitimes de la population.

 

Peut-on parler d’acharnement judiciaire ?

 

Oui. Je pense que là c’est très clair. On est sur une série de cinq ou six procédures consécutives. Nous en avons deux à Lyon, une à Pontoise, une à Aix-en-Provence et celle-ci à Saint-Gaudens.

Je pense que des consignes ont été passées. Il y avait eu en effet quelques procédures, mais là les procédures s’accélèrent toujours sur le même fondement et pour des motifs de plus en plus dérisoires. Eux, n’ont pas changé de discours et tout un coup, au moment où on décide de dissoudre, les procédures se multiplient. A mon sens, c’est de la persécution. Au-delà de la dissolution administrative, on veut surtout les dissuader de ne plus jamais militer dans ce type d’activisme et sur ces thématiques-là. Effectivement, en multipliant les poursuites et les condamnations, cela peut en dissuader certains.

 

17 juin 2021

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