« Rôle d’utilité publique » de France TV dans la perspective de victoire RN : c’est-à-dire ?

Un journaliste de France 5 estime avoir dans cette campagne un « rôle d'utilité publique ».
Capture d'écran C Ce Soir - France Télévisions
Capture d'écran C Ce Soir - France Télévisions

L’audiovisuel public et sa légendaire impartialité. À l’aube d’une année de campagne présidentielle décisive pour l’avenir de la France, France Télévisions aurait-elle déjà choisi son camp ? Si nous ne savons pas encore précisément sur quelle personnalité politique le service public jettera son dévolu, il ne fait d’ores et déjà aucun doute sur celles qu’il honnit.

Il suffit de lire les propos de Karim Rissouli, l’animateur de l’émission C ce soir, diffusée tous les soirs sur France 5 en seconde partie de soirée, pour s’en faire une petite idée.

« L’enjeu de la présidentielle est énorme et son résultat peut changer le visage de notre pays si le RN l’emporte », analyse-t-il, dans un entretien accordé à Télérama, publié ce mardi 7 septembre, avant de poursuivre : « C’est sans doute immodeste, mais je crois que dans ce contexte, C ce soir a un rôle d’utilité publique à tenir. » C'est-à-dire ? Serait-ce cela, la vocation d’une des émissions politico-culturelles phares du service public ? Un programme qui pourtant affiche l’ambition de proposer aux Français un contenu où ils trouveront « de l'échange, du débat, de la nuance mais surtout des idées qui éclairent l’actualité et la complexité du monde ». Des propos qui ne sont pas passés inaperçus auprès des intéressés. « C’est inacceptable, s’est ému, par exemple, Frédéric Falcon, député RN de l’Aude. Le service public n’a pas à faire barrage à un parti politique avec l’argent des contribuables. »

Jordan Bardella saisit l'Arcom

Dans le même temps, c’est une autre indignation qui soulève des questions. Jordan Bardella annonce, ce 8 septembre, saisir l’Arcom face à un « manquement à la déontologie la plus élémentaire » du service public. L’origine de son courroux ? Le dernier journal télévisé de 20 Heures de France 2 qui, lundi 7 septembre, évoquait l’accord sur l’immigration illégale que le président du RN signait avec Nigel Farage, le week-end dernier, au Royaume-Uni. « Un reportage à charge, sans aucun contradictoire », dénonce l’eurodéputé.

Dans L’Œil du 20 heures », les journalistes du service public reviennent sur les termes de l’accord signé et soulignent notamment une phrase qui n’apparaîtrait pas dans la version française : « La France acceptera ces personnes [immigrées, NDLR]. » « En anglais, Jordan Bardella s’engage donc à accepter le retour des migrants sur le territoire français. » S’ensuivent les images de deux sympathisants RN, perplexes devant l'énoncé d'un tel principe, et un focus sur Marine Le Pen, présentée comme étant en désaccord avec le protocole signé par son potentiel futur Premier ministre. Le reportage se termine par une sentence aux sous-entendus lourds comme les sabots d’un cheval de labour : « Du côté du Rassemblement national, on écarte toute polémique et on rappelle que ce texte n’est qu’une déclaration d’intention, à affiner par la suite. »

Notons que dans ce dossier, il est fascinant de considérer tout un système encourageant depuis des décennies une société toute grande ouverte à l’immigration, fustiger subitement un accord qui serait défavorable à la France parce que les migrants resteraient ainsi sur le sol français.

« Notre objectif est sans ambiguïté »

Le président du RN regrette très vivement que la réponse de Fabrice Leggeri, député européen du parti à la flamme et ancien directeur de Frontex, n’ait pas été diffusée. « Il y a un brouillage de notre message par nos adversaires », s’indigne, auprès de BV, l’eurodéputé RN Gilles Pennelle. « Notre objectif et notre volonté commune avec nos partenaires anglais de fermeté en matière de politique migratoire pour reprendre le contrôle est claire et sans ambiguïté. » Contacté par BV, Fabrice Leggeri revient sur les grands principes de cet accord. « Tout d’abord, nous empêcherons systématiquement les bateaux de migrants de quitter le territoire français vers le Royaume-Uni. Ensuite, le Royaume-Uni s’engage à renvoyer les clandestins se trouvant sur leur territoire non pas vers la France mais vers leurs pays d’origine. Enfin, les migrants interceptés sur les côtes britanniques seront renvoyés en France, où ils seront en rétention administrative afin que nous les expulsions nous aussi vers leurs pays d’origine. »

Une politique dissuasive qui veut aussi envoyer un message : le nord de la France n’est plus attractif. Asphyxier le trafic des passeurs, donc. Une politique de fermeté qu’il faut remettre dans le contexte d’une « politique migratoire globale », rappelle le député européen. Avec le RN au pouvoir, fin du « laxisme » en matière d’immigration illégale, fin du « pouvoir des ONG pro-immigration », « application systématique des expulsions ». Des détails que nos confrères du service public n’ont visiblement pas estimé opportun de préciser.

« Dans cette campagne présidentielle, le rôle des médias, particulièrement du service public, n’est pas de militer matin, midi et soir contre le Rassemblement national : c’est d’informer les Français en toute impartialité », conclut Jordan Bardella. Un défi de taille.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

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