[STRICTEMENT PERSONNEL] L’inaction française
Souvenez-vous… Mais comment le pourriez-vous? La plupart d’entre vous n’étaient pas encore de ce monde ou, s’ils y avaient fait leur entrée, s’intéressaient probablement à d’autres jeux que ceux de la politique et de l’économie. Valéry Giscard d’Estaing, qui ne prétendait pas publiquement être un « Mozart de la finance » mais, en toute modestie, le Kennedy hexagonal, entamait la première année de ce qu’il pensait devoir être son premier septennat. Les institutions de la Ve République, encore neuves, avaient paradoxalement, à l’épreuve de Mai 1968, prouvé leur souplesse et leur solidité, la monnaie nationale - le franc – était respectée, l’économie apparemment en bonne santé, la majorité de droite sûre d’elle-même… Et tout naturellement, Jean-Pierre Fourcade, ministre de l’Économie, et des Finances, pouvait présenter un budget à l’équilibre.
À l’équilibre ? Sérieusement ?
Mais oui ! Les dépenses, annoncées et effectives, y étaient compensées et couvertes par des recettes équivalentes et assurées. Qui aurait pu imaginer que ce miracle, renouvelé d’année en année, sous de Gaulle puis sous Pompidou, comme à Naples la liquéfaction du sang de saint Janvier, serait le dernier de la série ? C’était en 1974. Il y a cinquante-deux ans. Qu’on l’ait vécu ou non, il n’est pas interdit d’en avoir la nostalgie.
Alors même que l’Union européenne, notre autorité de tutelle, vient de fixer à 3 % la limite du déficit budgétaire permis à ses membres, l’infortuné Lecornu, kamikaze préposé au rôle suicidaire d’exécuteur testamentaire de l’héritage macronien, se bat comme un chien pour maintenir à 5 % celui de la France, tout en sachant que cette borne, comme bien d’autres, sera dépassée, tant il y a de trous dans la passoire gouvernementale. L’ultime Premier ministre du quinquennat a déjà intégré l’idée que l’Assemblée actuelle, agglomérat informe de partis et d’ambitions plus attachés à leurs devenirs personnels, à leurs électorats antagonistes et à leur ligne politique qu’à l’intérêt général pourrait bien repousser, quelle qu’elle soit, sa loi de finances. Dans ces conditions, c’est au prochain chef de l’État, élu en mai 2O27, puis à la nouvelle Assemblée consécutive à cette élection, si elle lui donne une majorité, qu’il reviendra de reprendre et de redresser la barre. Donc, entre autres, et au passage, de doter la France, à l’image de ce qui se fait ailleurs, d’un budget. En attendant, gouverner, c’est ne pas choisir, c’est ne pas agir, c’est ne pas prévoir.
Les moines contemplatifs de notre dégringolade
Exagération, caricature outrancière d’une réalité moins noire ? Hélas, non. Aussi dépassés, aussi décriés que les derniers gouvernements de la IVe République, les hommes et les équipes qui se sont succédé dans les lieux habituels du pouvoir depuis que le président en titre, désavoué à deux reprises par le suffrage universel, a décidé de continuer à faire comme si, sont devenus les spectateurs de notre déclin, pour ne pas dire les moines contemplatifs de notre dégringolade. En témoignent quelques exemples, choisis parmi tous ceux que nous avons sous les yeux, et sur le cœur, dont la liste complète excéderait de loin les limites de cette chronique et celles de votre patience, chers lecteurs.
Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur : le déficit, déjà insupportable. La dette, dont la lourde charge sera d’ici peu insoutenable. Pour réduire le déficit, pour alléger la dette, l’État devrait augmenter ses recettes et diminuer ses dépenses. Or, le poids écrasant de ses prélèvements, la crise économique que nous traversons et son affaiblissement même lui interdisent d’alourdir les impôts aussi bien que de limiter ses engagements et son périmètre ; bref, de revoir de fond en comble ses pratiques et sa gestion. Peut-on faire confiance aux candidats bonimenteurs qui ne parlent que de renverser la table autour de laquelle ils se sont assis depuis des années ? Autant placer ses économies chez un récidiviste de la carambouille !
À ce sujet — Jean-Marie Le Pen : « Avec Giscard d’Estaing, nous avons participé à la vie publique depuis cinquante ans ! »
Un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose
Des millions de Français sont logés dans des conditions indignes, quand ils ne sont pas littéralement à la rue. À en croire les spécialistes, la rareté de l’offre, qui explique le renchérissement des loyers, ne pourrait se résorber, lentement et progressivement, que si l’on construisait 400.000 nouveaux logements par an, pendant au moins dix ans. Les chiffres actuels et les prévisions sont inférieurs de moitié. C’est dire qu’à ce rythme, nous n’allons pas vers la fin mais vers l’aggravation d’une situation indigne d’un pays civilisé. Le recul amorcé et annoncé de la natalité serait-t-il la seule solution d’une crise qui, depuis une décennie, est vécue comme une fatalité ?
Les Français ne sont, en tout cas n’étaient, ni xénophobes ni racistes. Ne nous voilons pas la face (la France n’est pas, ou pas encore, terre d’islam), ils le deviennent, et comment ne le deviendraient-ils pas quand une immigration de masse, subie et non choisie, altère les équilibres culturels, religieux, démographiques, sociaux et sécuritaires d’un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose ? Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’intrusion illégale et clandestine d’étrangers sur notre sol n’est ni entravée ni réprimée, lorsqu'une OQTF, alias obligation de quitter le territoire français, décidée par l’autorité légale se mue de fait, habilement contestée, en titre de séjour, ou lorsqu'un casier judiciaire chargé conduit le pays d’origine à refuser le retour des délinquants sur leur terre natale ? Comme la fausse monnaie chasse la bonne, l’immigration indésirable est la première ennemie de l’accueil, de l’assimilation, de l’intégration qui ne sont compatibles avec la diversité que si celle-ci ne met pas en péril l’unité.
Au point où nous en sommes...
« France mère des arts, des armes et des lois… » Le dernier classement PISA vient de nous mettre face à notre déclin. Notre pays ne cesse de reculer là où, longtemps, il brilla par sa vitalité, sa créativité, sa prééminence. Là encore, comment pourrait-il en être autrement lorsque l’enseignement, sous le prétexte d’être égalitaire, abaisse le niveau général, que le mérite n’est pas plus sanctionné par des félicitations que la nullité par des blâmes, quand les différents métiers de l’enseignement, autrefois considérés comme synonymes de promotion et source de respect, sont tenus aujourd’hui pour un pis-aller et que, dans l’échelle sociale, le professeur, le chercheur, le savant ne pèsent rien au regard du rappeur, du trader et du footballeur ?
Grand Remplacement, grand déclassement, deux réalités qui sont d’autant plus ignorées, contestées, voire niées par certains qu’elles sont, littéralement, plus aveuglantes. Mais aussi montée générale du mécontentement, de la colère, de l’appel au changement. Au vrai changement. Le mouvement royaliste fondé à la fin du XIXe siècle par Charles Maurras avait pour nom l’Action française. Le groupe, aujourd’hui résiduel, qui aspire, après l’avoir exercé pendant dix ans, à être reconduit à ce que par habitude on appelle le pouvoir prétend se perpétuer sous l’appellation de « socle commun ». Inaction française me semblerait plus approprié. J’y reviendrai prochainement
Comment la France a-t-elle pu, en une décennie, devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la risée du monde, et la honte des Français ? Les optimistes (il y en a toujours) diront qu’au point où nous en sommes, nous ne pouvons pas tomber plus bas. On voudrait les croire.
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