La Bibliothèque nationale de France demande l’aumône aux Français

L'appel aux dons pour acquérir un manuscrit du XVe siècle révèle l’incapacité de l’État à assumer ses missions.
By Alex Proimos from Sydney, Australia - The Hand, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25651498
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La Bibliothèque nationale de France (BnF) vient de lancer une nouvelle souscription pour permettre à un trésor de notre Histoire d’entrer dans les collections nationales. Il s’agit d’un manuscrit exceptionnel d’Anne de France, fille de l’« universelle aragne » Louis XI et régente du royaume, rédigé au début du XVIe siècle pour sa fille Suzanne de Beaujeu, épouse de Charles de Bourbon, comte de Montpensier et connétable de France. Classé Trésor national, cet ouvrage unique, détenu par un propriétaire privé, est estimé à près de 500.000 euros. Pour réunir cette somme, l’institution appelle donc les Français à ouvrir leur porte-monnaie. Une démarche qui peut sembler relever de la solidarité, mais qui révèle en vérité la faillite de l’État à assumer pleinement ses missions patrimoniales.

Un manuscrit précieux

Le manuscrit convoité n’est pas un ouvrage ancien parmi tant d’autres. Il rassemble les Enseignements d’Anne de Beaujeu, composés vers 1504 pour sa fille Suzanne, alors âgée de treize ans, ainsi qu’une Histoire du siège de Brest. Anne, fille de Louis XI, a exercé la régence du royaume durant la minorité de son frère Charles VIII. Femme de pouvoir, elle livre dans ce texte une réflexion sur « la formation, la responsabilité et la légitimité d’une femme appelée à gouverner ». L’intérêt du document est d’autant plus grand qu’il s’agit du seul manuscrit connu réunissant ces œuvres. Une quarantaine de manuscrits provenant d’Anne de Beaujeu sont déjà conservés au sein des collections de la BNF, tandis que quatre, seulement, ont appartenu à sa fille Suzanne.

Découvert récemment et rapidement classé Trésor national, le manuscrit présente par définition un intérêt majeur pour le patrimoine français au regard de l’Histoire, de l’art ou de la connaissance de la langue française. La BnF veut ainsi préserver un morceau de cette Histoire et le rendre accessible aux chercheurs et au public, notamment grâce à sa restauration et à sa numérisation.

Une mission pourtant inscrite dans la loi

L’appel aux dons lancé par la BnF est un véritable paradoxe, lorsqu’on se penche sur les missions mêmes de l’établissement. En effet, le Code du patrimoine prévoit que la BnF doit « collecter, cataloguer, conserver et enrichir » le patrimoine national dont elle a la garde. Elle rassemble au nom et pour le compte de l’État des manuscrits, imprimés, monnaies, estampes, photographies et de nombreux autres documents. Plus encore, l’article R341-4 précise que l’établissement procède « sur ses ressources » aux acquisitions destinées à enrichir ses collections.

Voilà qui rend l’appel au don particulièrement révélateur de la situation pitoyable dans laquelle nous sommes. Il ne s’agit évidemment pas de reprocher à la BnF de recourir au mécénat, car depuis longtemps, les dons ont rendu possibles de grandes acquisitions. En 2024, plus de 3;000 personnes avaient ainsi participé à l’achat du Bréviaire à l’usage de la Sainte-Chapelle, réalisé vers 1370 pour Charles V. Les particuliers avaient réuni 513.111 euros sur les 1,6 million d’euros nécessaires, avec le concours de grands mécènes et du Fonds du patrimoine du ministère de la Culture.

Cependant, la répétition de ces appels aux dons et le montant des sommes demandées finissent par poser un problème institutionnel. Lorsque les Français doivent être appelés à la rescousse pour que les collections nationales puissent accueillir des œuvres majeures de l’Histoire de France, alors qu’ils acquittent déjà des impôts destinés, notamment, à financer cette même action, le mécénat n’apparaît plus seulement comme un complément heureux. Il devient le révélateur d’un système en perdition dans lequel l’État peine à assurer jusqu’au bout ses missions.

248 millions d’euros de crédits, mais encore des appels aux dons

L’argument est d’autant plus frappant que la BnF ne constitue évidemment pas une petite association abandonnée par les pouvoirs publics. Pour 2026, son enveloppe budgétaire atteint 248,2 millions d’euros en crédits de paiement. Elle demeure ainsi le premier opérateur du ministère de la Culture. Dans ce contexte, voir l’établissement solliciter directement la générosité des Français pour réunir les 500.000 euros nécessaires à l’acquisition d’un Trésor national peut légitimement interroger. Il faut, certes, se garder d’une conclusion trop simpliste. Le budget global de la BnF ne constitue pas une cagnotte disponible pour acheter des manuscrits. Il finance notamment ses milliers de salariés, la conservation des collections, le fonctionnement de ses sites et de nombreux investissements. Cependant, plutôt que de demander encore de l’argent aux Français, comme ne cesse de le faire l’État alors que les caisses sont vides, pourquoi ne pas chercher d’abord à faire des économies, comme le ferait toute entreprise privée ?

Cette situation traduit une forme de faillite collective. Faillite financière, d’abord, puisque l’État semble désormais avoir besoin de la générosité privée pour compléter les moyens consacrés à la préservation d’un élément majeur du patrimoine national. Faillite politique, ensuite, lorsqu’il revient aux particuliers de prendre le relais d’une institution publique. Le geste des donateurs est évidemment respectable et même admirable. Cependant, dans une nation qui dispose d’un ministère de la Culture, d’un budget public conséquent et d’une institution spécialement chargée de conserver son patrimoine, il est permis de s’interroger même s’il est décent de demander aux Français de payer une seconde fois pour préserver leur propre Histoire.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

34 commentaires

  1. La France est à la macronie ce que les hommes sont à Sandrine Rousseau : il faut la déconstruire, effacer son histoire, faire table rase de son passé nier sa culture afin de mener, contre son gré, le peuple ignorant vers une Europe fantasméz, débarrassée des derniers oripeaux de la démocratie. Ains la caste au pouvoir pourra gouverner, bien à l’abri d’institutions totalitaires, sans se soucier des volontés des peuples. Dans cette perspective que vaut un livre, fût-il si précieux rappelant que la France a été grande et a éclairé le monde ? Cela va l’encontre de l’opinion présidentielle : il n’y a pas de culture française.

    • Et bien qu’on fasse un égouttage et qu’on garde les meilleurs
      Nous avons trop de gens , fonctionnaires notamment qui ne sont pas utiles et je suis gentille
      Trop de comités aussi de hauts fonctionnaires dont je me demande l’utilité….

  2. Qu’ils aillent mendier dans les rues d’Abidjan et Yaoundé où notre Mozart de la finance à déversé des centaines de millions au titre de l’aide publique au développement. Dans BNF il y a le N de nationale, c’est donc à l’état de le faire sauf que quand on craque le fric à l’étranger il n’y en a plus pour la France !

  3. Je ne fais plus de don, c’est fini! J’estime qu’avec les impôts et taxes que l’on paie dans ce pays, l’état devrait avoir largement les moyens de tout payer. Pécout et Lonné ont été nommés comme directeurs par la macronie, qu’ils demandent donc à macron d’arrêter de gaspiller l’argent à travers le monde et pense à notre pays. Les privilégiés et les rois du copinage n’ont aucune légitimité à demander de l’aide…

  4. Si la Bibliothèque Nationale de France, c’est comme le Mobilier National, où des meubles partent pour des ministères pour ne jamais revenir, ou comme nos musées où les plus belles pièces du patrimoine du pays ne sont même plus à l’abri, pas la peine de nous faire les poches ! Commençons déja par empêcher l’existant de se faire la malle, on verra aprês pour de futures acquisitions.

  5. Où est passé le budget du Ministère de la culture 3,54 milliards d’€ + 4 milliards de l’audiovisuel, peut être dans des subventions de troupes de « théâtre » ou de films avant-gardistes que n’aime que les « acteurs » et le metteur en scène (madame d’Artagnan et autre niaiserie)

  6. On ne peut pas financer la corruption ukrainienne et nos trésors historiques. Visiblement, les choix sont faits, il est plus valorisant pour un médiocre de parader à l’international en soutenant un conflit qui nous est totalement étranger. Rappelons également que pour ce financement, le citoyen payeur n’a pas été consulté.

  7. Nos gouvernants responsable de la situation dramatique de la France n’ont honte de rien, ils sont même très fiers de leur bilan, macron à refilé 18 milliards à son pote zelensky, alors la BNF peut faire la manche, macron n’est pas concerné de toutes manières, pour lui la culture française n’existe pas, comme ça le problème est réglé.

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