Sur France Inter, une victoire du RN en 2027 comparée à celle des nazis en 1933

Pour commenter l'actualité politique, France Inter a invité Johann Chapoutot, un historien tout sauf neutre.
Capture d'écran France Inter
Capture d'écran France Inter

Il est l’un des historiens préférés des médias de service public. Ce vendredi 11 septembre, Johann Chapoutot était invité sur France Inter pour commenter la spectaculaire victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt. Le parti d’Ulrich Siegmund a recueilli près de 44 % des suffrages, le 6 septembre, un résultat historique qui en fait la première force politique du Land. Pour l’historien, « très clairement, le lien avec le Troisième Reich est avéré ». Chapoutot avance, notamment, que l’AfD voudrait « abolir la société pour la remplacer par une communauté ethno-nationaliste et ethno-raciale » et présente la remigration comme « l’autre nom de la déportation ». Une comparaison pour le moins hasardeux : l’AfD ne propose nullement d’emmener de force les illégaux et criminels étrangers dans des camps de concentration, mais simplement de les renvoyer chez eux. Une nuance qui a visiblement échappé au grand « spécialiste »...

La sempiternelle nazification du RN

Mais ce dernier ne s’est pas arrêté là. Sur France Inter, il a eu droit à un temps d’antenne conséquent pour développer sans contradiction un parallèle pourtant explosif : celui entre une éventuelle victoire du RN à la présidentielle de 2027 et l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne en 1933. À la question de savoir si, au regard des sondages, le RN avait déjà gagné, Chapoutot répond en expliquant que son travail sur 1933 vise justement à combattre l’idée d’une victoire nazie qui aurait été inéluctable. « Ce fatalisme-là, en tant qu’historien, je le combats », affirme-t-il, avant de conclure : « Rien n’est jamais écrit. »

Le RN serait-il comparable à un parti nazi ? Les Français de confession juive semblent être d’un autre avis. En juin 2024, Libération consacrait ainsi un article au « vote Bardella », largement répandu dans une partie de la communauté israélite, en soulignant à l’inverse la forte réprobation suscitée par LFI, accusé de vouloir « tuer les Juifs ». Même Radio France a consacré un éditorial au « RN ami des Juifs ». Célèbre chasseur de nazis, Serge Klarsfeld semble lui aussi opposé aux thèses de Johann Chapoutot : à l’occasion des législatives de 2024, il avait appelé à voter pour le RN en cas de duel avec LFI, estimant que le parti de Marine Le Pen avait « abandonné l’antisémitisme, qui est l’ADN de l’extrême droite ».

L’étonnant Johann Chapoutot

Ce n’est pas la première fois que Johann Chapoutot dresse des parallèles douteux entre l’Allemagne nazie et la France contemporaine. Dans son ouvrage Le Monde nazi, 1919-1945 (Tallandier), publié en 2024 avec Nicolas Patin et Christian Ingrao, il tentait déjà d’imposer une lecture dans laquelle le présent serait perpétuellement ramené aux années 1930. À l’écouter, Bruno Retailleau ne serait pas sans rappeler Joseph Goebbels, tandis qu’Emmanuel Macron ferait écho à Franz von Papen, l’officier allemand qui, en 1933, contribua à porter Hitler au pouvoir… Le Figaro avait alors dénoncé un « amalgame navrant » et avait par la suite rebaptisé Chapoutot « l’homme qui voit des nazis partout ».

Il faut dire que notre homme n’est pas seulement un universitaire dont les travaux seraient récupérés par la gauche radicale. Il entretient aussi des liens très publics avec cet univers politique. En 2024, il avait participé aux universités d’été de LFI. Plus récemment, l’historien s’est affiché, tout sourire, aux côtés de nombreux cadres mélenchonistes lors de la panthéonisation de Marc Bloch.

Reste la question du traitement médiatique. Sur France Inter, M. Chapoutot a été présenté comme « professeur » à la Sorbonne, « spécialiste du nazisme » et « auteur ». En revanche, sa proximité avec un parti d’extrême gauche lui-même fréquemment accusé d’antisémitisme n’a pas été mentionnée. Il se trouve que l’interview était menée par Eva Roque, journaliste de Libération. Un hasard, sans doute… Néanmoins, cette malheureuse omission a suscité de nombreuses réactions, notamment de Matthias Renault, député RN de la Somme, qui a interpellé le collectif Alerte Médias sur les réseaux sociaux. L’Arcom a été saisie.

Le mensonge par omission

Le procédé n’est pas nouveau. Dans les médias publics, l’engagement à gauche de certains « sociologues », « économistes » ou autres « experts » est régulièrement passé sous silence. Plusieurs cas ont déjà été épinglés par BV : Nicolas Lebourg, Erwan Lecœur, Isabelle Sommier, Ugo Palheta, Julia Cagé… Johann Chapoutot vient donc rejoindre cette trop longue liste. Le problème n’est pas que l’historien ait des convictions politiques. Il est qu’on nous cache son engagement militant alors qu’il intervient précisément pour livrer une lecture idéologique du présent.

Picture of Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

69 commentaires

  1. Comment peut-on sortir de telles stupidités ? En fait , de deux choses l’une , soit il s’agit d’imbécilité , soit il s’agit de malhonnêteté et dans le cas d’un historien c’est grave .

  2. Il est surtout un militant gauchiste . Et cet individu se dit « historien » !!!!!…  » Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne sans devoir l’accepter  » ( Aristote ) Il devrait méditer là dessus !!!!!

  3. Mais comment peut-on ecrire de telles idiotyies??? faut pas être d’une grande finesse intellectuelle pour tomber si bas ,mais ça ose ,c’est a ça qu’on les reconnait disait di bien Audiard;;;; quand on vous dit que diplome ne veut pas dire évolution !
    cérébrake

  4. La République est bonne fille comme on disait. N’empêche que ce Mr Chaputot a de la chance de vivre chez nous et aujourd’hui. Chez Mao la rizière attendait les « chercheurs » de son acabit, chez Staline un séjour au Goulag aurait récompensé ses « études » quant aux Khmers rouges, ils auraient été plus expéditifs. Cela dit Fce machin n’est plus écoutée que par les convaincus. Ces gens scient la branche sur laquelle ils sont perchés. Pour ce qui est de « l’historien », il est clair qu’il souffre d’un strabisme divergent = C’est une victoire des LFI qui s’apparenterait à celle des Nazis en 33..

  5. Il faut se méfier de ces « historiens » qui sont surtout des militants de mauvaise foi et dont la malhonnêteté intellectuelle est flagrante, ce qui est aussi le cas avec Benjamin Stora ! France Inter à le chic pour inviter ce type de personnages en évitant bien évidemment ceux qui apporteraient un autre « son de cloche » ! PNG

  6. J’ai une panoplie de livres sur la seconde guerre mondiale et j’ai néanmoins encore acheté « le monde nazi ». Je l’ai lu et je l’ai trouvé très bien documenté, à charge évidemment mais comment ne pas l’être,mais je ne connaissait pas les auteurs dont Chapoutot, présenté en arrière couverture comme un éminent historien des écoles incontournables avec ses deux co-auteurs. Bon ouvrage tout de même. Si vous lisez Bullock ou Shirer, vous aurez des auteurs bien plus engagés que celui de Chapoutot qui est dans l’analyse et moins dans le jet de pierres, il est plis parlant, déjà au départ, montrer une campagne de dons pour la police qui semble sur le front de l’est alors qu’elle tue et incendie dans les avancées des armées, il fallait le faire l’époque. Ca fait réfléchir quand hier encore j’entends Franceinfo nous expliquer qu’à Ceuta il y a un  » sentiment d’invasion » (texto) expliqué par une intervenante et ça passe tranquille !

Les commentaires sont fermés.

Les fautes sur les pancartes résument tout l’échec de l’Éducation nationale