[CARTE INTERACTIVE] La France à l’école d’Angela Davis
Parce que nommer une école, c’est donner un repère aux jeunes générations et leur transmettre un fragment de mémoire nationale, notre partenaire Data Realis a profité de la rentrée pour se pencher sur la carte des noms d’établissements scolaires. Saviez-vous qu’il y a plus d’établissements portant le nom de Pierre Perret que celui de Gustave Flaubert ou de Joachim du Bellay ?
Comment lire la carte ?
Chaque marqueur correspond à un établissement scolaire portant le nom d’une personnalité appartenant à l’une des quatre catégories ci-dessous. Le bouton situé en haut à droite de la carte permet d’afficher ou de masquer chaque catégorie. Cliquez sur un marqueur pour découvrir l’établissement et sa commune.
Pédoproblématiques : personnalités ayant pris publiquement position en faveur de relations sexuelles entre adultes et mineurs, ou dont les relations avec des mineurs sont documentées.
Communistes et révolutionnaires : personnalités dont l’engagement communiste, marxiste ou révolutionnaire constitue le principal service rendu à la nation ou à l'humanité.
Icônes de causes étrangères : personnalités étrangères associées à des combats politiques ou militants largement extérieurs au contexte français.
Personnalités vivantes : personnalités honorées de leur vivant, alors que les recommandations officielles préconisent d’attendre que « l’épreuve du temps » ait consacré leurs mérites.
Elle est marxiste. Elle s’appelle Angela Davis. Elle est citoyenne des États-Unis. Depuis la rentrée, les élèves de onze établissements scolaires, dans sept communes de France, franchissent chaque jour les portes d’une école à son nom. En accompagnant vos enfants à l’école, levez les yeux : l’effacement du roman national est bel et bien en cours.
Le seul texte qui encadre la dénomination des établissements d’enseignement public est une circulaire ministérielle du 28 janvier 1988. Elle fixe trois critères clairs aux collectivités de tutelle des différents établissements scolaires (les mairies pour les écoles, les départements pour les collèges et les régions pour les lycées) :
- les témoignages officiels de reconnaissance doivent être réservés aux personnalités qui se sont illustrées par des services exceptionnels rendus à la nation ou à l'humanité,
- les dénominations d'établissements scolaires devraient (…) avoir une valeur éducative,
- la reconnaissance publique ne s'exprime que lorsque l'épreuve du temps a pu pleinement consacrer les mérites qu'il s'agit d'honorer (et ne) concernent en principe que des personnalités décédées depuis au moins cinq ans.
Sur les 50.000 écoles, collèges et lycées publics de France, plus de 30.000 portent le patronyme d’une personne réputée digne de cet hommage public. Or, ces dernières décennies, les critères requis par la circulaire de 1988 ont été de plus en plus bafoués.
De Jules Ferry et La Fontaine…
Bien entendu, pendant près d’un siècle, la gauche, notamment communiste, a privilégié des personnages conformes à ses valeurs historiques : République, Révolution, anticléricalisme et intellectuels amis. De fait, ce sont de grandes figures de la IIIe République qui dominent le top 10 : Jules Ferry, Jean Jaurès, Victor Hugo, Pierre et Marie Curie et Louis Pasteur. Les autres sont Antoine de Saint-Exupéry - en deuxième position avec près de 500 établissements à son nom ou à celui de son Petit Prince -, Jacques Prévert, compagnon de route du PCF, Jean Moulin, Simone Veil et Jean de La Fontaine.
Toutefois, même s’il n’est pas interdit de préférer Apollinaire à Prévert et Albert de Mun à Jaurès, les personnalités retenues jusqu’à la fin du siècle dernier jouissaient d’une légitimité suffisamment large, pour que nul ne s’indigne ni de l’honneur rendu à leur mémoire ni de devoir confier leurs enfants à leur illustre patronyme. Las, l’abandon par la gauche des vieilles doctrines rougies sous le harnois au profit de tous les déconstructivismes nés de mai 68, a fini par gagner le fronton de nos écoles.
… à Louise Michel et Aimé Césaire
Il a d’abord fallu féminiser (Françoise Dolto, Louise Michel), décoloniser (Aimé Césaire, Gisèle Halimi) puis internationaliser (Nelson Mandela, Rosa Parks). Savez-vous, par exemple, que Rosa Parks - emblème de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, combat parfaitement étranger à notre pays - compte autant d’établissements à son nom que le général De Gaulle ou Molière (une quarantaine) ?
Enfin, aujourd’hui, la société im-médiatique, abandonnée à l’émotion du moment, tolère que de plus en plus de contemporains soient honorés et proposés comme modèles à nos enfants : Thomas Pesquet a déjà une trentaine d’établissements à son nom ; Pierre Perret et Élisabeth Badinter en ont une vingtaine ; et Claudie Haigneré et Yves Duteil, une quinzaine. De son vivant, Simone Veil avait même inauguré en personne une demi-douzaine d’établissements à son nom !
Cette évolution culmine aujourd’hui avec des choix qui s’éloignent radicalement de l’esprit de la circulaire. C’est ainsi qu’on en arrive à Angela Davis, militante marxiste afro-américaine née en 1944, récompensée du prix Lénine pour la Paix en 1979 : six communes de la région parisienne et Ramonville-Saint-Agne, en Haute-Garonne, ont baptisé ces dernières années onze établissements - dont un collège dans le cas de Bobigny - à son nom.
Rien, absolument rien ne justifie de faire d’Angela Davis un modèle éducatif pour les jeunes Français. Sauf à considérer, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, qu’il faut adapter le roman national à la « nouvelle France ».
Françoise Dolto et l’abbé Pierre
Entre les héros des hussards noirs de la République et les nouvelles figures de la gauche créolisée, il y a une zone grise. Cette zone grise s’étend autour de Françoise Dolto, vingt-deuxième personnalité la plus citée au fronton de nos écoles. Près de 140 établissements portent le nom de la pédopsychiatre qui se laissa emporter par les passions des années 70 au point de rédiger, en 1977, une « Lettre ouverte à la Commission de révision du Code pénal » demandant l’abrogation d’articles de loi jugés désuets, « dans le sens d'une reconnaissance du droit de l'enfant et de l'adolescent à entretenir des relations avec des personnes de son choix ».
En janvier de la même année, dans une pétition relayée par Libération, Simone de Beauvoir avait, quant à elle, explicitement pris parti en faveur de trois hommes condamnés pour faits de pédophilie ; une position cohérente avec sa pratique personnelle du détournement de mineures pour les partager avec son compagnon, Jean-Paul Sartre. Elle figure pourtant au fronton d’une vingtaine d’établissements scolaires à travers le pays, soit autant qu’Alexandre Dumas ou Montesquieu. Quel message la République entend-elle ainsi transmettre aux élèves des écoles qui portent son nom ?
Cette zone grise a aussi, bien entendu, la couleur de la pèlerine de l’abbé Pierre. Après avoir été érigé, de son vivant, au rang de figure morale incontestable par la gauche, il a été lâché par cette même gauche lorsque la chape de plomb entourant ses méfaits a été brisée. La douzaine d’établissements qui portaient son nom ont tous été débaptisés.
À la lumière de ces exemples, il serait bon de revenir aux principes énoncés par la circulaire de 1988, en commençant par attendre que le bruit médiatique entourant le décès d’une personnalité ne retombe avant d’envisager de lui offrir l’honneur des frontons scolaires. Un nom d’établissement n’est pas un slogan ni un marqueur militant : c’est un héritage commun appelé à résister à l’épreuve du temps.
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