[ENTRETIEN] « Napoléon Bonaparte est bien corse, je vous rassure ! »

Du 11 au 16 octobre, BV propose un voyage en Corse sur les pas de Napoléon avec l'historien Thierry Lentz.
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Du 11 au 16 octobre, Boulevard Voltaire propose à ses lecteurs de partir pour la Corse et l’île d’Elbe sur les pas de Napoléon. L’historien Thierry Lentz, directeur général de la Fondation Napoléon durant plus d’un quart de siècle, auteur de très nombreux ouvrages sur le plus illustre des Corses, accompagnera ce voyage. Le colonel Georges Michel, rédacteur en chef à Boulevard Voltaire, sera aussi du voyage.

À quelques semaines de ce périple qui s’annonce passionnant, Boulevard Voltaire a voulu poser quelques questions à Thierry Lentz, grand spécialiste de Napoléon, sur cette facette, peut-être la moins connue de l’histoire napoléonienne : les liens de Napoléon Bonaparte avec son île natale.

Quelques places sont encore disponibles pour ce voyage BV. Pour plus de renseignements et réserver, c’est ici.

 

Georges Michel. Dans son testament, Napoléon avait exprimé le vœu d’être enterré « sur les bords de la Seine ». Ses dernières paroles, alors qu’il était entré en agonie, auraient été : « France, armée, Joséphine » ou encore « tête… armée… mon Dieu ! » Pas un mot sur son île natale. Alors, une question peut-être un peu provocatrice : Napoléon aimait-il la Corse ?

Thierry Lentz. Napoléon Bonaparte est bien corse, je vous rassure. Il n’est pas né en Bretagne, comme on peut le lire parfois ! Enfant d’Ajaccio, il a donc été élevé dans cette ville qui était à l’époque peu peuplée (4 à 5.000 habitants) mais qui avait la chance d’abriter plusieurs centaines d’ecclésiastiques qui ont instruit sa génération. Il en reste quelques traces dans la ville, comme l’école où alla le futur Empereur et, évidemment, sa maison natale où son père, Charles Bonaparte, lui donna des leçons particulières. Mais à neuf ans, Napoléon a quitté son île et n’y est revenu que plusieurs années après, le temps de se voir donner une éducation « française » continentale.

Partant, il a toujours eu, ensuite, des relations ambiguës avec son île natale : d’abord paoliste, il a été rejeté par ses partisans ; puis révolutionnaire local, il a dérangé ou, plutôt, il n’a plus compris les équilibres insulaires, jusqu’à devoir quitter la Corse. Il ne reviendra qu’une fois, en rentrant d’Égypte. Par la suite, il a appliqué à son île natale le gouvernement de tous les départements français, avec quelques particularismes cependant, qui n’allèrent jamais jusqu’à tolérer le désordre. Enfin, dans ses deux exils, la Corse est redevenue en pensée la Corse de sa jeunesse et, comme disait le grand Tino Rossi, « la Corse de ses amours ».

 

G. M. À l’inverse, la Corse sous l’Empire aimait-elle Napoléon ? L’Empereur avait-il un œil particulier sur l’administration, le développement de la Corse ?

T. L. La Corse n’a pas eu un attachement plus fort que le reste des départements français au Consulat et à l’Empire. L’État y a fait des efforts particuliers pour améliorer les routes, les ports et l’agriculture, mais insuffisants pour changer radicalement le contexte socio-économique. L'État français construit de nouvelles routes et améliore les ports de l'île. Et puis, l’administration napoléonienne a tenté de lutter contre la criminalité (très élevée) et, comme Pascal Paoli et avec le même insuccès, de faire cesser les vendettas. Napoléon Ier a fait, certes, quelques efforts particuliers pour la Corse, mais c’est surtout Napoléon III qui eut plus de temps et de moyens et qui l’a véritablement changée.

 

G. M. Et aujourd’hui, la Corse aime-t-elle Napoléon ?

T. L. Longtemps, la Corse a été coupée en deux : les admirateurs de Paoli face à ceux de Napoléon. Les choses ont, depuis, évolué. Il faut dire qu’il est exceptionnel d’avoir deux personnages de la même époque et de cette ampleur dans un territoire aussi resserré ; partant, pourquoi rejeter l’un et pas l’autre ? À l’université Pascal-Paoli de Corte, on parle aussi de Napoléon, de même à Bastia, tandis que le buste de Paoli est présent à Ajaccio.

 

G. M. La famille impériale a-t-elle gardé jusqu’à nos jours des liens avec l'île de Beauté ?

T. L. La famille impériale a été très présente en Corse, sous le Second Empire. Les lois d’exil l’on ensuite un peu éloignée des lieux, sauf pour la dernière demeure de ses membres. C’est en effet à Ajaccio, dans la chapelle impériale, que sont inhumés de nombreux Bonaparte, à commencer par les parents de Napoléon, Charles et Letizia. Le prince Louis Napoléon y est entré en 1997.

 

Paru ce 10 septembre, chez Perrin, Les Mythes de Napoléon, un ouvrage collectif sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

9 commentaires

    • Reponse à cidcampeador
      Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, respectons la parité homme- femme, on l’appellerait Napoléone
      sans oublier une version pour les homosexuels, Napoléon n’épouserait plus Joséphine mais Joséphin sans oublier une version trans, Le cinéma français se plaint du nombre d’entrées en baisse , mais quel manque de créativité…

  1. Comment se fait-il que pas un des nombreux comédiens ayant incarné Napoléon n’ait le moindre accent corse, alors que l’Empereur en avait un, très prononcé ?

    • Réponse a Kohn-Liliom
      Parce qu’il ne faut pas donner une impression de favoriser une région particulière, sinon d’autres voudront une version bretonne ou basque.
      Déja les prochains films pour ne pas choquer parleront uniquement de la pluie et du beau temps.
      Même parler de la nature avec les écolos est un sujet inflammable . Les pompiers en savent quelque chose avec l’énorme aide que leur a apporté Md Barbut.
      Idem plus aucun film sur le monde animal, car cela risquerait de fâcher Sandrine Rousseau .
      Bref , je pense que des films muets et en noir et blanc seraient l’idéal..

  2. Les Corses auraient mieux fait de le garder. Cela aurait évité bien des misères à la France et aux Français. Ainsi que la mise au second plan des femmes via le code civil.

    • Que vous le vouliez ou non, Napoléon était un homme d Etat qui a fait de grandes choses comme le code civil etc .. juger avec notre regard d aujourd’hui est un peu facile. Quand on visite Ajaccio on voit bien que Napoléon est aimé.

      • Réponse à Aby
        Effectivement un grand homme d’État, le Code civil, les médailles comme la Légion d’honneur à ceux qui ne faisaient pas partie des milliers de morts sur les champs de bataille , les envahissements de pays pour augmenter « son royaume  » et en distribuer la charge aux membres de sa famille. En effet , jugez avec notre regard d’aujourd’hui est la phrase typique de ceux qui commentent les guerres sans jamais y avoir été…
        Effectivement à Ajaccio, on voit que Napoléon est aimé aujourd’hui, mais certainement nettement moins lors des guerres. Ceci étant dit , on lui doit aussi de très beaux monuments et sépultures dans les lieux où des milliers d’hommes dont certains enrôlés de force son morts, là aussi pour le camp du bien ,dirait on maintenant. On adore parfois, voire souvent des dictateurs surtout quand on n’a pas vécu sous leur règne .
        La chose militaire attire des milliers de personnes civiles à s’habiller en tenue pantalon ou veste kaki et rangers parfois pour se donner un côté viril, à condition de ne pas être obligé un jour d’aller au front comme nous le propose si gentiment Macron et son Général Mandon.
        Ceux qui parlent mieux de la guerre ce sont les civils. Allez savoir pourquoi !!

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