[VIVE LA FRANCE] Au Puy-Notre-Dame, la renaissance d’un pèlerinage continue
Dans le sud de l’Anjou, sur une colline qui domine les vignobles saumurois, le village du Puy-Notre-Dame conserve une relique dont l’histoire se confond depuis près d’un millénaire avec celle de ses habitants. Chaque année, autour de la fête de la Nativité de la Vierge, des pèlerins reprennent le chemin de la collégiale pour vénérer la Sainte Ceinture de la Vierge Marie. Après plusieurs décennies d’effacement de cette ancienne dévotion, le pèlerinage connaît aujourd’hui un regain remarquable, symbole d’une ruralité qui refuse de laisser mourir ses traditions.

@Diocèse d'Angers
Une marche pour confier les joies et les épreuves de la vie
Ce pèlerinage ne se résume pas à la contemplation d’une relique ancienne. En effet, depuis des siècles, les fidèles viennent au Puy-Notre-Dame confier à la Vierge leurs espérances les plus intimes, notamment leurs souhaits maritaux, leur désir d’enfant, les difficultés liées à la naissance ou encore la guérison des enfants. Une dévotion populaire qui, loin d’appartenir seulement au passé, conserve donc une dimension profondément actuelle, notamment alors que la France connaît une profonde crise de la natalité.
Pour cette édition 2026, plusieurs parcours de plusieurs kilomètres sont proposés aux pèlerins afin de rejoindre le sanctuaire à pied. Le dimanche, les différents groupes convergeront vers Le Puy-Notre-Dame avant une procession dans le village, puis une messe célébrée par Mgr Delmas, évêque d’Angers. Des médailles spécialement frappées pour l’occasion seront également bénies et des bannières anciennes côtoieront de nouvelles bannières brodées pour l’occasion, tandis qu’un orgue accompagnera pour la première fois depuis bien longtemps la liturgie solennelle. Cette renaissance est aussi celle d’un village. L’un des organisateurs, se présentant comme « un pèlerin anonyme », se souvient d’une époque où la Sainte Ceinture sortait de la collégiale et parcourait les rues. « Toutes les maisons, toutes les rues étaient décorées », raconte-t-il, évoquant les feuillages et les fleurs en papier préparés spécialement, patiemment pour l'occasion par les habitants pour honorer la Vierge. Cette tradition simple mais si belle s’est alors maintenue jusque dans les années 1960, avant de progressivement disparaître et de ne se limiter qu'à la célébration d'un petit office.
De Jérusalem au cœur de l’Anjou
L’histoire de la relique plonge ses racines dans une tradition beaucoup plus ancienne, encore. Selon la tradition chrétienne, la ceinture portée par la Vierge aurait été conservée en Orient avant d’être transférée à Constantinople. On nous raconte ensuite qu’elle aurait été rapportée de Terre sainte par Guillaume IX, duc d’Aquitaine, au début du XIIe siècle, avant d’être déposée à l’abbaye de Montierneuf à Poitiers. La présence de la Sainte Ceinture au Puy-Notre-Dame est ensuite attestée dès 1391.
Au fil des siècles, la relique acquiert une réputation particulière auprès des femmes espérant une maternité heureuse. Des souveraines françaises auraient elles-mêmes eu recours à sa protection, à l’image d’Anne d’Autriche, longtemps privée d’héritier et qui donna finalement naissance au futur Louis XIV en 1638. La relique traversa également les périodes les plus troublées de l’Histoire. Elle fut notamment mise à l’abri durant les guerres de Religion et à la Révolution afin d’échapper aux pillages et aux destructions. Sa conservation jusqu’à nos jours témoigne ainsi de la continuité d’une dévotion populaire qui mêle foi et identité locale, car préserver ces rites et ces traditions ne relève pas uniquement de la pratique religieuse : c’est un enjeu civilisationnel.
Quand la foi populaire fait revivre une Histoire locale
Cette histoire explique ainsi la place singulière du pèlerinage dans la mémoire du Puy-Notre-Dame. La cité elle-même s’est développée autour de son sanctuaire marial. Au Moyen Âge, les pèlerins se rendant vers Compostelle pouvaient y faire halte, tandis que ceux venus vénérer la Sainte Ceinture contribuaient à l’animation et à la prospérité du bourg. La grande collégiale actuelle porte encore la marque de cette Histoire. Construite à partir de la fin du XIIe siècle, puis agrandie au siècle suivant, elle témoigne de l’importance prise par le sanctuaire au fil des siècles. En 1481, Louis XI érige l’église en collégiale et lui donne un chapitre de treize chanoines. L’édifice, aujourd’hui classé au titre des monuments historiques, demeure le cœur spirituel et patrimonial de ce village de 1.000 habitants et des terres environnantes.
La renaissance actuelle du pèlerinage prend donc une signification qui dépasse la seule organisation d’une manifestation religieuse. En 2025, sa relance avait attiré environ 450 personnes dans une collégiale qui peut en accueillir près de 500. Pour les habitants, le contraste était saisissant, dans un village où la pratique religieuse ordinaire s’est considérablement réduite : « L’église n’avait jamais été aussi pleine depuis fort longtemps », témoigne l’un des organisateurs. Certains anciens habitants ont même pleuré de joie, voyant l’édifice revivre grâce à cette foule réunie, car c’est peut-être là que réside la singularité de la Sainte Ceinture du Puy-Notre-Dame. À une époque où nos campagnes subissent une forte déchristianisation, quelques bannières, une procession, des chants et une relique suffisent à faire ressurgir une mémoire que l’on croyait condamnée à disparaître.







































8 commentaires
Oui pour les pèlerinages mais que l’on arrête avec toutes ces « reliques »…ça devient ridicule!
La foi populaire est de plus en plus grande bien que LFI veut nous faire croire le contraire
PELERINAGE
“Les lieux sont aussi des liens. Et ils sont notre mémoire.” (Philippe Besson / Les Jours fragiles)
RASSURANT et donne l’Espoir !!
Bravo
La civilisation moderne est <>
(G. Bernanos)
Merci eric pour cette info, je vais pouvoir m’y rendre.
Ici, à Saint Pol de Léon, il y a le Pardon de la ville, ce dimanche. Petite marche en procession et messe avec l’évêque aussi… J’espère y retrouver beaucoup de pèlerins…