Trois mois après les attentats de , il ne reste plus rien des précieux points que avait encaissés dans la foulée du drame. L’abscons et interminable débat qu’il a laissé se développer autour d’un projet de révision constitutionnelle dont l’inutilité est clairement apparue au fil du temps, l’apparente inefficacité, sinon de l’état d’urgence, au moins de sa mise en œuvre, la poursuite d’une politique étrangère devenue incompréhensible vis-à-vis de la Russie et au regard de la guerre que nous a déclarée le califat, la crainte de la nouvelle vague terroriste dont on nous menace tous les jours, un remaniement ministériel qui a fait pschitt en attendant pire, la morne poursuite de la dégringolade de notre économie ont eu raison du regain de confiance dont avait bénéficié le président de la République. Le petit pépère du peuple a retrouvé l’étiage des 20 % de confiance auquel il était descendu, c’est-à-dire qu’il est de nouveau en dessous du seuil de qualification pour le deuxième tour de l’élection de 2017.

Aller à la bataille, en l’occurrence à une défaite annoncée, telle était donc la perspective peu exaltante à laquelle semblait se résigner le gros des troupes socialistes, et la légitimité que le président de la République tirait de sa fonction était censée le dispenser de l’humiliante et dangereuse épreuve d’une primaire de la gauche.

Or, un fait nouveau – une faute majeure – s’est produit.

À la veille de partir pour Wallis, Futuna et autres terres découvertes à marée basse en laissant pour six jour la clé de la boutique à son chien de garde préféré, M. Hollande a fait approuver en Conseil des ministres le projet de réforme du Code du travail que Mme Myriam El Khomri aura la charge de défendre devant le Parlement et que M. Manuel Valls s’est engagé à faire passer à tout prix, c’est-à-dire en recourant s’il le faut au fameux article 49-3 de la Constitution. C’est peu dire que ce texte n’est pas d’inspiration socialiste. Il marque plus qu’une inflexion, plus qu’un tournant : un tête-à-queue libéral que même la droite n’aurait pas osé et, pour mieux dire, qu’elle n’a pas osé.

Démanteler les trente-cinq heures, comme M. Sarkozy l’avait promis sans tenir sa promesse, détricoter l’opus magnum de Martine Aubry, plafonner l’indemnisation des salariés licenciés, traiter les problèmes sociaux par le biais de référendums d’entreprise, c’est préférer la compétitivité au progrès social, les patrons aux « travailleurs », les entrepreneurs aux syndicats dessaisis. Rien d’étonnant si Les Échos, L’Opinion, Le Figaro et le MEDEF saluaient l’orientation nouvelle du gouvernement et si les ténors « Républicains », à commencer par M. Woerth, avouaient être fort tentés d’approuver le texte qui leur sera soumis, et qui, si la droite en avait eu l’audace, aurait jeté des centaines de milliers de manifestants dans la rue.

M. Hollande, après avoir tenté d’élargir sur sa gauche l’assise de sa majorité, espérerait-il séduire le centre, voire la droite de l’électorat ? L’incohérence de la manœuvre est patente, et dût le président faire preuve du zèle des nouveaux convertis, il aura du mal à faire croire que sa conversion n’est pas intéressée. Ce qui est en revanche certain, et qui s’est produit sans tarder, c’est qu’il avait sous-estimé l’ampleur et la violence du rejet que suscitent ses propositions dans le parti qui l’a porté au pouvoir. Il ne s’agit plus ici de fronde, mais bel et bien de révolte.

Passe encore d’obéir aux ordres d’un général vaincu, mais c’est trop demander, cette fois-ci, à la gauche, que de se rallier à un général félon.

Dans les conditions nouvelles créées par le Gros Timonier, la défaite de la gauche devient une quasi-certitude. L’hypothèse d’une primaire à l’issue incertaine reprend de la force. Quels qu’en soient les résultats, le Président verra en tout cas se lever contre lui des adversaires issus de son propre camp.

Ainsi voit-on se dessiner parallèlement deux schémas : celui d’une droite que n’incarnerait plus M. Sarkozy, celui d’une gauche qui ne serait pas représentée par M. Hollande. Le cauchemar d’une revanche du match qui opposa les deux hommes en 2007 s’éloigne. Dans le ciel noir de l’actualité, beaucoup y verront – on se console comme on peut – une timide éclaircie.

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