Le bras de fer autour de l’Ukraine va durer longtemps

poutine

Voilà déjà plusieurs mois que les Occidentaux jouent à se faire peur sur les intentions russes concernant l’Ukraine. « Bruits de bottes russes », « Poutine masse des troupes à la frontière » : le langage guerrier utilisé par les médias est assez distrayant mais il est évident que la Russie n’envahira pas l’Ukraine. L’occupation de Kiev n’est pas à l’ordre du jour et le rapatriement des familles de diplomates américains et anglais relève plus de la guerre psychologique que d’une véritable inquiétude militaire.

D’ailleurs, depuis le début de cette crise, les deux compères anglo-saxons multiplient les avertissements alarmistes afin de faire monter la température au point d’agacer plusieurs pays européens, dont la France : « Nous voyons le même nombre de camions, de chars, de personnel. Nous avons observé les mêmes mouvements, mais nous ne pouvons déduire de tout cela qu’une offensive est imminente. Peut-être que nos alliés britanniques et américains ont un renseignement qui leur permet de dire que l’offensive est imminente. Mais dans ce cas, il faut le partager. » Cette déclaration de l’Élysée, citée par Le Monde du 22 janvier, est révélatrice de l’agacement de plusieurs pays qui ne sont pas dupes de la désinformation anglo-saxonne.

Ainsi, la livraison d’armes à l’Ukraine par le Royaume-Uni a été mal perçue, notamment par l’Allemagne. De plus, les avions anglais ont ostensiblement contourné l’espace aérien allemand, comme si Berlin s’était rangé dans le camp russe. On en est loin, bien sûr, mais cette façon de pointer du doigt un pays européen supposé être complaisant avec la Russie provoque d’inévitables crispations. Comme d’habitude, l’Europe est divisée et le dossier ukrainien ne fait qu’accentuer les fractures.

En réalité, tout le monde sait très bien ce que Poutine a en tête. Il a clairement indiqué ce qu’il voulait lors de plusieurs déclarations faites courant décembre : empêcher une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et, plus largement, rediscuter des équilibres stratégiques issus de la chute de l’Union soviétique. Les Russes se sont toujours plaints du non-respect de la parole donnée concernant la non-adhésion à l’OTAN de pays limitrophes de la Russie. C’est, aujourd’hui, trop tard pour revenir en arrière, mais Poutine ne veut pas qu’après la Pologne et les pays baltes, ce soit le tour de l’Ukraine : « Une question de vie ou de mort », a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin. L’argumentaire russe est bien rodé : « Vous n’avez pas accepté les fusées à Cuba, pourquoi devrions-nous les accepter sur nos frontières ? »

Pour cela, la stratégie utilisée par la Russie est la pression, sinon ses demandes n’ont aucune chance d’être examinées. Le soutien aux séparatistes du Donbass relève de cette logique ainsi que l’ambiguïté savamment entretenue autour des troupes russes stationnées non loin de l’Ukraine.

En revanche, l’idée de faire revenir l’Ukraine dans le giron russe a définitivement quitté les esprits au Kremlin. Certes, pour les Russes l’Ukraine n’aurait jamais dû devenir indépendante, mais maintenant qu’elle l’est devenue, il y a plus de trente ans, Poutine en a fait son deuil : « Nous nous sommes réconciliés avec l’idée que ces terres historiques s’étaient retrouvées en dehors de la Russie », a-t-il déclaré, le 23 décembre, lors d’une conférence de presse. Ce propos fondamental aurait dû être davantage commenté…

L’Ukraine n’est pas la Crimée et la Russie ne se lancera pas dans une guerre aux conséquences inconnues. Il faut cependant parler avec elle, ce que les Anglo-Saxons ont du mal à faire. Emmanuel Macron veut profiter de la situation pour discuter avec Poutine et se poser en vrai patron de l’Europe. C’est toujours bon dans le cadre d’une campagne présidentielle.

En attendant, Xi Jinping et Poutine ont signé une déclaration commune dénonçant l’attitude des États-Unis. Chinois et Russes n’ont jamais été aussi proches et c’est bien à l’Amérique qu’ils le doivent.

Antoine de Lacoste
Antoine de Lacoste
Conférencier spécialiste du Moyen-Orient

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Je suis sûr que Macron va profiter de son entretien avec Poutine, pour dire aux Français que c’est grâce à lui que tout va s’arranger, alors que Poutine le reçoit pour mieux s’en débarrasser et qu’il ne tiendra évidemment pas compte de son avis.

  2. Il y a une solution assez simple :), qui consiste à intégrer la Russie à l’OTAN. Il suffit de considérer la mer de Barentz comme faisant partie de l’Atlantique Nord. L’OTAN pourrait alors mettre des missiles aux portes de la Chine. Je plaisante évidemment, mais il est tout de même très crétin de penser qu’une guerre avec la Russie ou la Chine pourrait donner un quelconque vainqueur, tout le monde (réellement) y perdrait. Un désarmement bilatéral serait quand même le bien venu…

    • La Chine n’hésitera pas à rayer les états Unis de la carte ,et quoiqu’il en coûte , à force de tirer la queue du tigre les USA se feront mordre.

  3. Comme l’histoire des pseudo fioles de produits chimiques de destruction massive qui on a ont été un prétexte pour qu’ils puissent s’emparer du pétrole irakien, les Americains inventent de nouveaux risques pour affaiblir la Russie… Mais en ne se mouillant pas trop (3000 hommes envoyés en Roumanie)… Aux européens de faire le reste… Après quoi, l’Europe privée des ressources Russes, ils nous fourgueront leur pétrole et leur gaz de schiste en se frottant les mains…

  4. Et Macron cherche à profiter electoralement de cette situation alors qu’il devrait s’occuper des Français si tant soit peu il se reconnaît Français lui même Sur ce coup les Allemands ont raison d’être des septiques modérés vis à vis des intentions américaines va t en guerre car Joe aussi devrait plutôt s’occuper de son peuple et du délabrement En Marche de son pays

  5. La seule chose que je souhaiter est que V Poutine ferme le bec à ce candidat non déclaré et qu’il l’humilie au point que cela ne puisse pas être nié par les médias à la botte de ce candidat de dernière minute et que, de fait, nous n’ayons plus le stress d’imaginer qu’il soit encore à la tête de notre pays pendant 5 ans.
    (il restera le stress d’imaginer que Valérie macresse soit élue… Hélas. Mais j’espère que les français ne se laisseront pas prendre à ce piège blond)

  6. Poutine a raison de ne pas se laisser faire par cette perpétuelle aggression Américaine qui ne cherche qu’à imposer sa culture Mac Do et CoCa .. La France oublie qu’en réalité ce sont les Russes qui ont gagné la dernière guerre. Mais c’est encore un de ces sujet qu’il ne faut pas aborder dans la République miteuse et polluée par la pensée unique des tirants e profiteurs de l’ENA et de Sciences Po.

  7. Pour assurer leur supériorité les US ont besoin de cette tension coûteuse .
    Il est dangereux pour la seule Europe ce conflit putatif : nous n’en voulons pas.

  8. Les américains tout comme les Anglais voient les mêmes menaces envers l’Ukraine qu’ils voyaient dans les armes de destruction massives en Irak, on connait les brillants résultats de ce mensonge, L’Ukraine pour qui connait un peu est devenue le terrain de jeu préféré du moment pour la CIA, comme le furent le Vietnam, l’Irak, l’Iran, la Syrie, la Lybie l’Afghanistan etc, magnifiques résultats.

    • … et le Liban, l’Amérique du Sud et un peu l’Afrique, les « printemps arabes », etc… la liste est tellement longue… se sont les specialistes du chaos !

  9. Sur le dossier ukrainien la France devra agir sans l’Allemagne, nain militaire, diplomatique, énergétique, et berger allemand des USA. NB : la phrase de Poutine « Nous nous sommes réconciliés avec l’idée que ces terres historiques s’étaient retrouvées en dehors de la Russie  » est historiquement fausse : c’est la Russie qui fut une création du Rous kievien, comme les USA le furent de l’Angleterre. Les Ukrainiens parlent ukrainien, pas russe, mais seuls 15 % se rattachent au patriarcat de Moscou

    • MACRON voit Poutine le 7 février et OLAF SCHOLZ le 14! Qui est donc le chef de l’EUrope! Quel camouflet pour MACRON

    • bah déjà si vous parliez l’Ukrainien vous verriez immédiatement les analogies avec le Russe – et oui M. Poutine à bien prononcé cette phrase que vous vous ingéniez à vouloir détourner de son sens. c’est ridicule et improductif;

  10. Excellent article.  » rediscuter des équilibres stratégiques issus de la chute de l’Union soviétique » comme les Russes le demandent ? Oui : il faut que le(la) futur(e) président(e) français(e) propose une dénucléarisation de la MittelEuropa, la neutralité de l’Ukraine, une constitution fédérale pour cette dernière, un plan francorusse de co- développement de ce pays si riche en potentiel, et le règlement pacifique et durable des dossiers caucasiens et transnistriens.

  11. Les USA décadents craignent la Russie dont l’économie dotée d’une flat tax et de la direction éclairée de Poutine remontait à grande vitesse (avant les sanctions).
    Ils craignent aussi le couple commercial Europe/Russie qui aurait pu leur faire de l’ombre.
    Pour finir leur complexe militaro-industriel cherche des débouchées pour ses armes mal nées comme le F35.
    L’Ukraine est le prétexte pour affaiblir la Russie, torpiller une grand Europe forte et vendre ses armes. Simple, net et clair.

  12. Les fausses informations anglo-saxonnes commencent enfin à être considérer comme telles, ouf !
    Les américains ont déstabilisés le moyen orient avec leurs photos truquées et leurs fausses déclarations entraînant leurs alliés dans une guerre infondée…
    Aujourd’hui ils récidivent et ils y a encore des moutons pour se précipiter, cette russophobie pourrait nous coûter très cher…

  13. Il y a peut-être aussi des armes de destruction massive qui justifieraient une invasion américaine ? Déjà vu.

  14. L’OTAN n’ a plu sa raison d’être. Nicolas Sarkozy a trahi la volonté Gaulienne d’indépendance militaire de la France. Nous devons retrouver notre souveraineté et ne plus être soumis aux diktats Américains et Anglo-saxons en général.

    • Alors commençons par essayer de la retrouver chez nous, a l’intérieur de nos ex-frontières, c’est la que ça urge, L’Ukraine c’est loin et russes et ukrainiens sont un seul et même peuple.

  15. Poutine n’a pas l’intention d’envahir l’Ukraine ? Ses 100,000 soldats sont donc à la frontière pour la décoration ? ou contrer un projet d’invasion de la Russie par l’Ukraine ?

    • Et les milliers de soldats de l´OTAN massés depuis 2005 aux frontiéres russes ? Ils sont aussi la pour la décoration ? Et les avions de chasse américains qui rasent réguliérement l´espace aérien russe ? Et quand les russes envoient leurs avions pour répondre les américains crient a l´agression alors que ce sont eux les provocateurs . J´espére pour les ukrainiens qu´il n´y aura pas de guerre: ils auraient sans doute plus a craindre de leurs libérateurs américains que des russes .

    • Ma nouvelle théorie est que l’humain ne meurt pas de vieillesse mais lassé par les imbécilités de nombre de contemporains.

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