[STRICTEMENT PERSONNEL] Vladimir Vladimirovitch Idéfix
Les idées fixes ne sont pas nécessairement des idées fausses. Ni des idées folles. En revanche, la volonté de les mettre en œuvre à tout prix, sans en avoir ni mesuré la difficulté, ni calculé le coût, ni prévu les suites, peut conduire leurs porteurs plus ou moins sains (d’esprit) à des comportements aberrants, des décisions erronées et des conséquences fatales.
Léon Gambetta, Georges Clemenceau et Raymond Poincaré, fort différents les uns des autres à bien des égards, avaient en commun un objectif qu’ils tenaient pour un devoir sacré. La Revanche. Ce qui peut se traduire par l’acronyme MFRA (Make France Great Again). Le premier des trois prématurément disparu, les deux survivants eurent la satisfaction de voir leur rêve réalisé, au prix de contorsions qui les avaient amenés à s’entendre cordialement avec l’Angleterre détestée et à mettre la petite main de Marianne dans la grosse patte ensanglantée de l’autocrate russe de façon à rééquilibrer le rapport des forces entre la France et ses alliés, d’une part, les empires centraux, d’autre part. L’humiliation de 1870 vengée, l’Alsace-Moselle restituée à la France, le fameux « pré carré » était reconstitué. Caressée et grisée par la réussite, la France crut même possible, un temps, d’annexer la Sarre, la Rhénanie, la Ruhr… Ce n’était pas une bonne idée.
Bilan humain de la Première Guerre mondiale : vingt millions de morts. Un million et demi, plus deux millions de blessés, rien que pour la France, qui ne s’en est jamais remise. Coût géopolitique : l’effondrement du fragile équilibre européen, la révolution bolchevique, l’émergence des États-Unis. La tentative de reconstruction d’un monde plus juste, plus uni, meilleur, sous l’égide de la SDN, bientôt balayée par les totalitarismes en tout genre.
Hitler, pour sa part, avait trois idées fixes. C’est beaucoup pour un seul homme, eût-il les pleins pouvoirs. MGGA (Make Germany Great Again). En finir avec les Juifs, d’une manière ou d’une autre. Réduire les Slaves, comme leur nom y incite, en esclavage.
On sait, on ne sait que trop, ce qu’il en est advenu. Coût humain : cinquante millions de morts. Coût géopolitique : effacement des ex-grandes puissances européennes, de leurs empires et de leur influence. Partage (provisoire) de la planète en deux blocs, l’Ouest, capitaliste et démocratique, l’Est, communiste et totalitaire. Émergence du tiers-monde. Fondation, puis éclipse, d’abord partielle, puis totale, de l’ONU, primitivement conçue pour faire enfin régner la paix, sous l’égide des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité.
Rendre à la Russie sa grandeur
Vladimir Vladimirovitch Poutine, accédant au pouvoir sur les ruines de l’URSS, ne cacha rien, dès le premier jour, de la mission dont il se sentait investi par l’Histoire et la Providence : rendre à la Russie sa grandeur passée et, donc, lui faire retrouver ses frontières historiques. Ni plus ni moins. MRGA (Make Russia Great Again). Une idée fixe qui ne pouvait que lui valoir, lui valut en effet, et lui vaut peut-être encore, au moins sur le principe, l’approbation et la considération d’un certain président MAGA, reconduit à la Maison-Blanche avec ce slogan, apparemment plus facile à énoncer qu’à illustrer.
C’est au nom et en vertu de ce programme, connu et approuvé par le peuple russe, que Poutine a maté la Tchétchénie rebelle, qu’il a plus ou moins mis au pas la Géorgie, qu’il a réintégré la Crimée dans le sein de la mère patrie, qu’il a imposé son amicale protection à la Biélorusssie, qu’il avait dès 2014 entrepris la reconquête du Donbass. C’est au nom de la Russie éternelle qu’il lançait, il y a plus de quatre ans, son opération militaire spéciale contre l’Ukraine. Aveuglé par ses succès précédents, trop sûr de sa supposée toute-puissance, vraisemblablement induit en erreur par ses propres services de renseignement, le maître du Kremlin pensait ne faire qu’une bouchée de ce qui était à ses yeux partie intégrante de la Russie. La portion s’est avérée un gros morceau, qui reste pour l’instant en travers du gosier de l’ours moscovite.
Ce qui devait être une simple promenade de santé s’est mué au fil des ans, pour la plus grande joie des apprentis sorciers qui souhaitent la défaite de la Russie au risque de la jeter dans les bras trop affectueux de la Chine, en une guerre d’usure, aussi coûteuse en dommages matériels qu’en pertes humaines, qui semblent bien avoir dépassé, en morts et en blessés, le million d’hommes et laisseront, quoi qu’il arrive, exsangues, deux pays également en butte au déclin de leur démographie.
La résistance, l’héroïque résistance ukrainienne ne s’explique pas seulement par le sursaut d’orgueil, de fierté, de dignité, de patriotisme d’un peuple agressé, par son refus de s’incliner devant la force brute, par le peu d’appétence d’une nation qui fait l’apprentissage douloureux de la démocratie pour un régime qui a progressivement muselé toute opposition et restreint toutes les libertés. Pour autant, si fière qu’elle soit, et d’abord d’être dirigée par un président qui paie de sa personne, un président qui fait la guerre, comme disait Clemenceau, l’Ukraine aurait depuis longtemps rendu l’âme et les armes si elle n’avait été, si elle n’était toujours - techniquement, matériellement, politiquement, financièrement, militairement -, aidée, soutenue, portée par la coalition de trente-cinq pays, essentiellement européens.
Pour l'Ukraine, une étrange coalition
« Étrange coalition », aurait dit Marc Bloch, parce que sans précédent, sans équivalent connu. Un ensemble d’États qui fournit gracieusement informations, conseillers, instructeurs, armes, munitions et subsides à un pays en guerre peut-il longtemps jouer ce rôle, de plus en plus déterminant, et décliner la gloire et les retombées liées à sa cobelligérance ? La Russie, qui enrage et subit, la « coalition des volontaires » animée par le Président français, soutenu par la plupart de ses homologues, semblent simultanément embringuées dans un processus irréversible qui ne peut mener qu’à une confrontation directe, donc à une conflagration ouverte.
Dans une atmosphère malsaine de préparation à la guerre, quotidiennement alimentée par le pouvoir et amplifié par la quasi-totalité de médias moutonniers, on nous abreuve d’informations aussi alarmistes que mensongères. La Russie, nous dit-on, prépare et nous obligerait donc à nous préparer à une guerre qu’on nous présente comme inévitable à une échéance variant entre quelques mois et quelques années.
Il est tout simplement grotesque d’imaginer que Poutine, embourbé dans un conflit dont nul ne peut aujourd’hui prévoir les développements, la durée et l’issue, puisse envisager d’y ajouter un duel inégal avec l’ensemble de l’Europe. On ne peut, en revanche, exclure que le président russe rêve de soumettre à son joug, comme au bon vieux temps, les trois pays baltes, si longtemps sujets des tsars. Que doit faire, que ferait dans cette hypothèse la fameuse coalition des volontaires ?
Le bon sens le plus élémentaire commande, lorsqu’on entreprend des travaux, à quelque échelle que ce soit, d’établir un devis. La moindre des honnêtetés exige que ceux qui, en notre nom, et sans nous consulter, font de leur mieux pour nous entraîner dans une guerre prétendument « inévitable » contre la Russie présentent à notre signature ce que pourrait en être, dans tous les domaines concernés, et dans toute son étendue, la facture. J’y reviendrai prochainement.
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68 commentaires
Mr Jamet, que n’enseigner vous à Sc Po ou à l’ENA ! En tout cas je vais garder votre papier. Perso je tremble que celui auquel nous avons confié le code nucléaire et dont nous ne contrôlons pas la « diplomatie » ne nous mette dans une situation de conflit direct.
« sa maison » brule et il veut éteindre l’incendie alleurs…
Désolé. Il n’éteint pas, il arrose les braises d’essence.
Je suis allée à Kaliningrad, berceau d’une partie de ma famille, le Königsberg de Kant. Et je pourrais vous raconter beaucoup de choses. Les Germano-Russes qui y vivent maintenant ne sont pas malheureux et beaucoup d’Allemands y viennent et sont bien accueillis. Des bureaux de bénévoles ont des registres pour retrouver les personnes disparues sous Staline pendant la dernière guerre. La vie et les hommes changent mais le coeur est toujours là. Ne vous laissez pas laver le cerveau en écoutant n’importe quoi et n’importe qui.
Je vais me répéter. J’ai connu la Russie d’avant Poutine et celle d’aujourd’hui. Quel changement! Poutine a redonné sa grandeur à la « Sainte Russie, la Russie Éternelle » et la fierté au peuple. BRAVO! Poutine et les Russes aiment la France. Quel gâchis.
Et au lieu de commémorer à plein tube, notre Pdt ferait mieux de se souvenir de « La Russie de l' »Atlantique à l’Oural ». Il est vrai qu’il y a des souliers trop grands pour resservir. Cela dit notre presse et nos faiseurs d’opinion ont une énorme responsabilité.
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Merci Maria pour ce vibrant commentaire ! » Vive la Sainte Russie, la Russie éternelle » !
Votre prose fleurie et proprette trouve parfois des formules on ne peut plus adéquates : Zelinsky » paie de sa personne « . Effectivement, tout son entourage et lui-même sont stratosphériquement corrompus. Les USA et l’UE les inondent d’argent et de matériel militaire afin qu’ils contraignent le peuple ukrainien à faire la guerre à la place des bellicistes européens et américains dont l’oabjectif est de ramener la Russie à ce qu’elle était devenue à l’époque de Boris El’cin : une proie pour les puisssances financières qui lorgent sur les fabuleuses richesses de son sous-sol.
» Apprentissegae douloureux de la démocratie » en Ukraine ? Très douloureux en effet quand les partis d’opposition sont interdits, plusieurs opposants emprisonnés, des élections présidentielles repoussées depuis deux ans, un ancien dirigeant nazi, criinel de guerre, Bandera, honoré partout comme un héros…
Poutine pourrait s’attaquer aux pays baltes ? Vous avez un don de prémonition. Il se peut en effet que les bellicistes fanatiques de l’UE trouvent le prétexte d’une entrée en guerre en organisant une agression » sous faux drapeau » contre un pays balte.
Revoyez le déroulement des événements depuis les années 2000 quand l’OTAN a commencé sa marche en avant vers la frontière russe en violation des accords qui avaient été passés avec Gorbatchev.
Excellent rappel aux réalités. La presse conformiste est experte ne omissions et transformations.
Si tous les intervenants étaient comme lui il y a longtemps que j’aurais cessé de lire Boulevard Voltaire.