[ENTRETIEN] Gabin, la nostalgie de la « France d’avant »
Séquence nostalgie. Valeurs actuelles consacre ce mois-ci son hors-série à « La France de Gabin », à l’approche des 50 ans de la mort de ce grand acteur. Entretien avec Arnaud Folch, directeur des hors-série de VA.
B.V. Pourquoi avoir consacré un hors-série à Jean Gabin ?
Arnaud Folch. Si nous avons tenu à être les premiers à commémorer les 50 ans de la disparition de Gabin (1904-1976), c’est parce que celui-ci, en plus d’être, sans doute, notre plus grand acteur, faisant donc partie du patrimoine du septième art, incarne en réalité bien plus que cela : une certaine idée de la France et de ses valeurs. Dans le grand entretien qu’il nous a accordé, son fils Mathias le dit simplement : « Il n’y avait pas plus français que mon père. » Tout, chez Gabin, dans ses films comme dans la « vraie vie », respire en effet cette France enracinée et rabelaisienne en passe de disparaître. À l’heure du mondialisme et du wokisme, célébrer Gabin, c’est aussi, et peut-être d’abord, célébrer cette « France d’avant » qui ne doit pas mourir.
B.V. Quelles sont ces « valeurs » de la France d'avant, incarnée par Gabin ?
A. F. Comme le dirait Barrès, Gabin, dont la vie et la carrière ont traversé le XXe siècle, est un « homme de la continuité française ». Tout ou presque, chez lui, nous ramène à cette France traditionnelle et nostalgique : celle du terroir, du vieux Paris, de la camaraderie, des bistrots et des plats canailles. Comme le dit Clelia Ventura, la fille de Lino, dans un autre entretien que nous publions, c’était aussi, avant tout, un « homme d’honneur ». Ce qu’il était, également, dans la plupart de ses films, quels que soient ses personnages : soldat (La Grande Illusion) ou déserteur (Le Quai des brumes), ancien président du Conseil (Le Président) ou chef mafieux (Le Clan des Siciliens), souteneur (Pépé le Moko), industriel (Les Grandes Familles), ouvrier (La Belle Équipe) ou clochard (Archimède le clochard)…
Au contraire de la plupart des artistes de l’époque, Gabin s’était aussi engagé dans les armées de la France libre…
Gabin était viscéralement patriote. Alors qu’il était au sommet de sa « première carrière », il quitte la France occupée pour les États-Unis, puis intègre comme chef de char la 2e DB de Leclerc. De manière plus anecdotique, il ira jusqu’à se brouiller avec le réalisateur Jean Renoir, aux côtés de qui il avait tourné plusieurs de ses chefs-d’œuvre (La Grande Illusion, La Bête humaine…), après que celui-ci avait pris la nationalité américaine, ce qu’il considérait comme un « reniement ». Dans les deux cas, Gabin a fait passer son amour pour son pays avant sa carrière. Il le paiera, notamment, d’une longue traversée du désert après guerre, ne revenant au sommet qu’à partir de Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, en 1954.
B. V. Peut-on le qualifier, comme son ami Audiard, d'« anar de droite » ?
A. F. Assurément. Lui-même se définissait, en privé, comme un « royaliste anarchiste ». Mais personne – pas même sa famille ! – n’a jamais su pour qui il votait, ou ne votait pas. Il est vrai que l’homme comme l’acteur, toujours indissociables, ont systématiquement refusé de donner des leçons de morale ou de s’afficher. C’est dire si, comme l’a écrit son biographe André Brunelin, il se sentait « comme déraciné dans ce milieu du spectacle qu’il ne considéra jamais tout à fait comme le sien ». Il évoluait d’ailleurs en marge de ce monde…
Ce grand pudique vivait cloîtré, entre ses tournages, dans son domaine agricole de Normandie, au milieu de ses vaches et de ses chevaux, refusant même d’assister aux premières de la plupart de ses films ! Quant à ses enfants, c’est dans une modeste pension de famille en Bretagne, avec salle de bains sur le palier, qu’il les emmenait en vacances en juillet. Non par radinerie – Gabin n’a cessé, caché, de faire preuve de générosité – mais parce que, comme il le disait, « le pognon, ça se gagne. Et on n’est rien tant qu’on n’a pas prouvé par soi-même. »
• Hors série de Valeurs actuelles : La France de Gabin, 132 pages, 11,90 euros.
• En vente en kiosque et sur boutique.valeursactuelles.com
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20 commentaires
Monsieur Gabin quel acteur vous étiez,impossible de vous oubliez méme en 2026.
Je me demande intensément ce qu’il dirait de la société actuelle ( ou LINO )
et BRASSENS ???
Gabin a eu l’énorme succès que ses qualités méritaient. Pour autant il n’a jamais utilisé sa notoriété pour apprendre aux autres à penser. En cela il restera pour toujours plus grand que tous ces artistes, de la caméra, de la scène ou même du ballon qui se prennent pour des leaders intellectuels. Ne citons pas de noms, ils (ou elles) sont trop nombreux.
« Il est vrai que l’homme comme l’acteur, toujours indissociables, ont systématiquement refusé de donner des leçons de morale ou de s’afficher »
Certains devraient en prendre de la graine.
Gabin incarnait la droiture, la modestie, le courage, des valeurs aujourd’hui de plus en plus rares.
Des acteurs comme ça , ça n’existe plus , ou presque plus
Jean Alexis, Gabin Moncorgé , alias Jean Gabin , simplement un grand Monsieur dont le nom est toujours dans nos mémoires et dans nos coeurs 50 ans après son départ.
Pour se souvenir de ce que fut le cinéma d’hier, la qualité des acteurs, des dialoguistes, et ouvrir les yeux sur le monde politique , il suffit d’avoir dans sa vidéothèque » Le Président « … , la comparaison avec le monde d’aujourd’hui est sans appel !!
Je rappelle que la France d’Avant est celle qui pratiquait la colonisation, la peine de mort et la mère au foyer. Faut-il supprimer toutes les inepties dites « progressistes » ? pour retrouver cet idéal de France d’avant.
La mère au foyer , je suis d’accord avec vous mais à l’époque ça commençait à peine les centres aérés, les crèches donc il fallait bien garder les gosses surtout en bas âge car les nounous ne courraient pas les rues , pour la peine de mort , même sil il y avait des assassins , certains , je pense réfléchissaient avant de tuer , une sorte d’épée de Damoclès sur la possibilité de perdre leur tête , d’ailleurs on le voit aujourd’hui , on tiue pour un regard , l’ére Badinter est là ; et pour la colonisation , simple exemple de l’Algérie qui n’existait pas ou peu avant l’arrivée de la France , on a tout construit, et tout laissé et voir aujourd’hui ce qu’ils en ont fait , de plus entretenir une haine par ce Tebboune pour cacher sa dictature et son incapacité à diriger , je dis nos d’ailleurs certains Algériens ont regrété notre départ , tout n’était pas mauvais , les Pieds-Noirs ont terriblement perdu car s’étaient investi énormément , ces Algériens ne respectent même pas les tombes de nos ressortissants restés là-bas
Ne faisons pas d’amalgames artificiels. Vous me ririez au nez si je vous disais : « En rejetant le passé, vous voulez reniez la décision du roi Louis X qui a aboli l’esclavage en France en 1315 ? »
Le progrès social est naturel au fil du temps, mais il ne doit pas s’opposer aux valeurs patriotiques qui fondent le socle d’une société unie. Ce sont deux choses différentes, évidemment. Et il n’y a de démocratie que dans le cadre d’un peuple unie dans une nation souveraine. Les vrais démocrates sont, par nature, attachés à leur Culture nationale.
Vous avez raison…
C’ètait aussi l’époque où les budgets étaient maîtrisés, l’économie était florissante, l’immigration pas devenue colonisatrice et invasive ; c’était l’époque où nous n’avions pas honte de nos traditions ; c’était l’époque où les jeunes filles pouvaient sortir seules sans risquer de se faire violer ou engorger au coin de la rue ; c’était l’époque où la politique avait un sens et où nous avions encore notre destin en main…
MERCI ! j’ai connu enfant cette époque et je suis terrifiée de ce qu' »ILS » ont fait de la France »
@pipo56 : pas nécessaire de ressortir la machine à raccourcir. La mise en place de centres de détention ou les détenu(e)s seraient dans un espace verrouillé avec une cabane, un bout de terrain pour cultiver leur nourriture, mirador et tir après 3 sommations suffirait à faire réfléchir. Il ya de la place sur le territoire et suffisamment de gendarmes pour faire régner l’ordre.
On a surtout la nostalgie des bons films d’autrefois et des acteurs courageux .
Absolument d’accord ! Les films d’aujourd’hui, plus c’est violent, plus ça plaît, à l’image delà société!
Gabin a fait passer son amour pour son pays avant sa carrière. Il le paiera, notamment, d’une longue traversée du désert après guerre. POURQUOI ?
– Ayant catégoriquement refusé de travailler pour le cinéma français contrôlé par le régime de Vichy et les Allemands, il s’exila à Hollywood en 1941. Cet éloignement l’a coupé des studios français et des réalisateurs de l’époque.
– Ayant catégoriquement refusé de travailler pour le cinéma français contrôlé par le régime de Vichy et les Allemands, il s’exila à Hollywood en 1941. Cet éloignement l’a coupé des studios français et des réalisateurs de l’époque.
– À son retour en France, Gabin avait pris un « coup de vieux » et ses cheveux étaient devenus blancs. Le public ne croyait plus en ses anciens rôles de jeune premier romantique ou de « gueule d’amour », marquant un décalage entre son image de star d’avant-guerre et le nouveau paysage cinématographique d’après 1945.
Nous avions en effet quelques grands acteurs. Et à l’époque, ceux qui donnaient déjà des leçons avaient encore (un peu, ça dépend) de talent (sauf Godard, Truffaut, et les autres fumeux, qui en étaient souvent dépourvus). Aujourd’hui, les zélites du showbiz n’ont aucun talent, aucun relief, aucune imagination, aucune culture. Rendez-nous Audiard, et débarrassez-nous de tous ces fils et filles à papa, qui ont tous le mot d’artiste à la bouche, mais ne savent pas ce que ça veut dire.
Génial d’avoir consacré tout un magazine à mon acteur fétiche. Depuis mon enfance, j’ai admiré cet homme qui représente pour moi l’idéal masculin. Je préfère les films d’avant guerre.
Ce ne sont certainement ni le Normand Orelsan ni ses homologues, aux beaux profils de neo-intellectuels acculturés « Rap » et « wokisme », qui feront oublier Trenet, Montand ou Ferré ainsi que la majorité de leurs confrères et consœurs de cette génération; non plus qu’un autre normand nommé Gabin.
Hormis la seconde guerre mondiale, nous avons eu beaucoup de chance, nous les nonagénaires.