Repentance, mode d’emploi

On a découvert au Canada, dans un ancien pensionnat pour « autochtones » (le nom politiquement correct pour les Indiens d’Amérique), une fosse contenant les restes de plus de deux cents enfants. Pour le moment, il n’y a aucune indication que ces enfants soient morts des suites de mauvais traitements plutôt que de mort naturelle.

Cette découverte a déclenché une vague de « repentance », notamment parce que ces enfants, à l’époque, étaient retirés à leurs parents pour passer quelques années dans ces pensionnats afin de favoriser une politique d’assimilation.

Les déclarations des responsables politiques sont accablantes. Le chef d’un parti de gauche parle des « actions génocidaires du Canada contre les peuples autochtones ». Une députée québécoise déclare qu’il y a « des morceaux d’Histoire qui sont si laids, si sales, que nous avons la responsabilité sacrée de nous souvenir ». Le Premier ministre affirme être « consterné par les politiques honteuses qui ont volé des enfants autochtones à leurs communautés ».

Revenons d’abord aux faits. Une commission d’enquête a statué qu’entre 1880 et 1996 (soit plus d’un siècle), 150.000 enfants indiens auraient été placés dans ces pensionnats et que près de 3.200 y seraient morts. Ce qui donne un taux de mortalité de 2 %, pas particulièrement élevé pour un pays peu développé, au climat rude, pendant une période où la médecine n’était certes pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Peu importe ! Les Indiens du Canada exigent désormais des excuses et, éventuellement, des compensations financières. La première réaction serait d’acquiescer. Pourtant, il convient d’y réfléchir : ne serait-ce pas là ouvrir la boîte de Pandore ? Car si l’on se lance dans une repentance, il faudra alors se repentir de toutes les mauvaises actions du passé.

Or, les Indiens du Canada ne sont nullement des innocents. Ils ont joyeusement massacré, violé et scalpé leurs ennemis. Les Hurons attaquaient les Iroquois : les Hurons doivent faire repentance, avec toutes les conséquences, notamment financières. Les Iroquois attaquaient les Hurons : les Iroquois doivent faire repentance. Les Hurons et les Iroquois (et les autres Indiens) ne se sont pas privés de torturer et de tuer les missionnaires (catholiques et protestants) : les Hurons et les Iroquois (et les autres Indiens) doivent faire repentance.

Par ailleurs, les Inuits (il ne faut surtout pas dire les « Esquimaux », c’est « offensant ») ne se sont pas installés au pôle Nord par plaisir : ils y ont été repoussés par d’autres, à savoir notamment les Indiens du Canada. Ces Indiens-Canadiens doivent donc faire repentance vis-à-vis des Inuits.

Il faut remonter encore plus haut et enquêter méthodiquement à propos de ces Indiens : sont-ils les premiers habitants de ces lieux ? Si non, ont-ils traité avec respect et courtoisie leurs prédécesseurs ou bien les ont-ils fait disparaître de façon violente ? Si oui, n’ont-ils pas, dans un réflexe « spéciste », volé leur espace à des animaux qui y vivaient et que, par leurs chasses, ils ont contribué à éliminer ou affaiblir ?

Mais ce n’est pas fini : parmi ces animaux, certains ne sont-ils pas des envahisseurs, qui ont colonisé la région au détriment d’espèces endémiques ? Et, dans ce cas, ne convient-il pas que ces prédateurs soient condamnés à verser des compensations aux malheureux animaux présents avant eux ? Etc.

Il faut l’avouer : pimenter la repentance d’un peu « d’intersectionnalité » donne vite des résultats amusants.

 

Alexandre Dumaine
Alexandre Dumaine
Journaliste, écrivain

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Paradoxe. Actuellement, des autochtones de différents pays (dont des comoriennes à Mayotte) font le forcing pour que leur progéniture naisse et vive chez les descendants des méchants colonisateurs. D’autres envoient leurs plus ou moins « mineurs » squatter les villes des repentants de l’esclavagisme de certains de leurs ancêtres.

  2. En Colombie Britannique en 1972, j’ai été choquée en visitant une réserve, car les indiens étaient parqués et ne semblaient pas en santé florissante. On m’a juste expliqué qu’ils buvaient beaucoup. Ben oui, quand tu es parqué, tu t’évades comme tu peux. Mais ça n’avait l’air d’inquiéter personne.
    A part moi. C’est là où on se sent impuissant. Heureusement que les choses ont changé, mais de tous temps, l’homme détruit, puis reconstruit. Alors pas de repentance, mais prises de conscience oui.

  3. Ils sont probablement morts d’une épidémie, comme il y en avait à l’époque. Il parait que le rhume était mortel pour ces autochtones.

  4. on semble oublier que les autochtones sont les habitants d’un pays avec la même langue , la même culture la même façon de vivre.. je lis des sociologues qui défendent , à juste titres, les habitants, de contrées lointaines .. je leur réponds généralement que chaque pays occidental a aussi sa propre culture , et pourtant, certains nous la déni ! n’est ce pas aujourd’hui ce que nous subissons, les français notamment et qui mourront sous les coups des allochtones, devrons nous demander réparation

  5. En marge de votre article ( je suis d’accord avec le refus de la repentance).

    « Eskimau » est un mot de langue indienne ( ne me demandez pas laquelle ! l’algonquin ??) qui signifie  » mangeur de chair crue » : Pas trop flatteur.
    « Inuit  »  » les hommes  » c’est plus flatteur mais c’est plus proche de la réalité.
    Par ailleurs,douteux que les Inuit soient des Indiens repoussés audelà de la forêt vers la terre stérile . physiqement, ils ont plus en commun avec les asiatiques.

  6. Pour moi, en aucun cas nous n’avons à nous repentir de quoi que ce soit. Nous sommes au 21ième siècle, ce qui c’est passé avant notre naissance c’est de L’HISTOIRE, tous les acteurs sont mort depuis peu oû depuis fort longtemps, et ce n’était pas nous, donc « exit » toute repentance. Nous n’avons pas à supporter tous les « péchés » du monde sur nos épaules. Actuellement, c’est nous les victimes de toute leur jalousie et de toute leur haine des blancs car ils n’ont pût faire comme nous. Cordialement.

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