[TÉMOIGNAGE] Euthanasie : EXIT, ou la porte de sortie du désespoir…
Alain René Arbez est prêtre catholique du diocèse de Genève et éducateur spécialisé. Quelques jours après le vote de la loi fin de vie en France, il livre à BV un témoignage personnel.
En Suisse, d’année en année, de plus en plus personnes font appel au suicide assisté, légalement autorisé. EXIT se présente au public comme une « organisation philanthropique » offrant à ceux et celles qui le désirent de pouvoir « mourir dans la dignité ». Toute une démarche doit en principe être entreprise, avec des autorisations médicales, avant d’obtenir le feu vert. Pourtant, plusieurs cas limites ont été signalés, comme celui d’une femme souhaitant suivre son mari dans la mort alors qu’elle ne souffrait d’aucune maladie, ce qui indique la possibilité de dérives.
« Je ne supporte pas d’être malade ! »
On m’appelle un jour au téléphone : une femme en larmes, qui me dit que son mari, malade, s’est inscrit à EXIT. Elle a fait appel à moi sur la recommandation d’un de ses amis qui me connaît. Je me rends le lendemain au domicile du couple. Cette femme bouleversée m’accueille à la porte et me dit : « Je viens d’apprendre que mon mari s’est inscrit à EXIT, je suis déprimée, il ne supporte pas d’être atteint d’un cancer généralisé et il a décidé d’abréger sa fin de vie. » Elle me conduit au chevet de son mari, qui s’appelle Joseph, et n’a pas très bonne mine, le visage marqué par la maladie. Une pile de boîtes de médicaments s’entasse sur sa table de chevet. La télé passe un film à l’eau de rose en toile de fond.
Nous commençons alors une discussion, je me mets à son écoute et Joseph me déverse toute sa révolte envers la vie. Cependant, il a deux enfants qui vivent à l’étranger, il est grand-père, sa femme est à ses côtés jour et nuit, il ne souffre pas excessivement de son cancer, mais il veut en finir au plus vite car, dit-il, « je ne supporte pas d’être malade ! »
Je comprends en l’écoutant que Joseph a été un homme qui avait tout réussi : brillante carrière, standing haut de gamme, situation florissante, famille gratifiante, belle villa et train de vie, mais lorsqu’il apprend récemment le diagnostic médical, pour lui, tout s’écroule. Renversé brutalement de son piédestal social, son personnage vole en éclats, malgré l’amour de son épouse et la réussite de ses enfants.
Des échanges salvateurs
De semaine en semaine, je suis revenu parler avec lui régulièrement, pour qu’il découvre par lui-même les raisons de son choix de se donner la mort. Puis, au fil des échanges et des moments forts, sa perception de la situation a évolué. Il a bien senti qu’il n’y avait aucun jugement de ma part sur son attitude présente, seulement un témoignage de conviction et de foi, et l’échange a débouché sur de vraies questions de spiritualité.
De semaine en semaine, Joseph a retrouvé son espace intérieur, il a compris la logique de son cheminement désespéré, ce qui l’a fait renoncer finalement à EXIT, dont il s’est désinscrit ; cela, après les retrouvailles paisibles d’une relation retrouvée au Dieu créateur et sauveur, et dans l’acceptation plus sereine du mystère de la vie.
Une année après notre toute première rencontre, Joseph quittait ce monde, réconforté par les sacrements, intérieurement dénoué et délivré de sa révolte, se retrouvant de nouveau en harmonie avec les siens réunis à ses côtés. Il s’était remis entre les mains de Dieu et avait librement associé au Christ les souffrances dues à son état, avec la conviction d’avoir recouvré son être profond au-delà du masque social, apaisé face à la mort, ce qui était un pas décisif et déjà un authentique avant-goût de la vraie vie.
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27 commentaires
Un témoignage qui risque fort d’être inapprécié. Les effets de la spiritualité ?
Depuis de nombreuses années nous évoquions les trois grands risques susceptibles de détruire notre humanité : la perte de spiritualité, le transhumanisme, l’IA. Nous sommes en plein dans cette évolution.
Depuis, les français ont pris conscience de ces dangers. Ils commencent à se questionner. Le fond semble donc atteint. La remontée en surface sera longue. Le chemin sera pénible. Mais l’essentiel est qu’il soit pris.
Il faudrait préciser qu’il n’y a pas qu’une forme de spiritualité : la déiste. Il y a aussi la spiritualité
humaniste, qui voudrait faire confiance aux humains seuls pour améliorer leur propre sort collectif
sans compter sur une improbable intervention venue du ciel ! IA ou transhumanisme : à rejeter.
Monsieur le Curé, en quoi le désir de cette veuve qui voulait rejoindre son mari vous semble-t-il une dérive ? Une dérive de quoi ? En quoi vous sentez-vous concerné par le désir de qui que ce soit de mettre fin à ses jours ? Pourquoi voulez-vous limiter les libertés qui ne portent tort à personne ? Pouvez-vous citer un évangéliste qui ait attribué à Jésus une condamnation du suicide ? L’Eglise est-elle une organisation dont tous les membres doivent penser de la même façon sur tous les sujets ?
Premier principe..la liberté de chacun s’arrête ou commence celle d’autrui.On a pas a obliger les soignants » a aider a mourir »
Évidence totale !
Et justement, on ne les oblige pas ! Donc, tout va bien dans le meilleur des mondes !
Ni leur interdire d’ailleurs d’aider les autres a vivre…
C’est une dérive car c’est Dieu qui nous a donné la vie et c’est Dieu qui nous la reprendra au moment choisi par Lui. L’homme n’est pas maître de tout sur terre, ce qui énerve fortement les partisans de cette loi.
Ce qui énerve, c’est que les croyants imaginent que tout le monde est croyant !
Ou devrait l’être !
Heureusement qu’il reste encore de bons prêtres pour sauver des âmes perdues !
Merci mon père.
Deo Gratias.
» En demandant pour ses citoyens l’accès à l’euthanasie, c’est sa propre euthanasie que la France demande.
Nous entrons dans un monde où il sera plus facile de mourir ; j’aurais préféré un monde où l’on puisse vivre »
Michel Houellebecq
Une réflexion « bateau » bien digne de son auteur …
Il me semble que naguère on avait condamné l’auteur d’un manuel de vulgarisation du suicide .
Puisque le droit de tuer est légalisé, il serait logique de l’étendre aux criminels pédophiles et rendre aux policiers leur droit d’abattre un agresseur pour nous protéger, leur arme étant là pour ça !
Tout cela serait très beau si cette loi n’était assortie du « délit d’entrave » qui permet de punir ceux qui, par leur soutien, leur amour, leur présence, pourraient convaincre un individu de supporter son état et de différer sa mort… Cette clause prouve bien que, derrière cette soit disant volonté « d’aider à mourir dignement », il y a surtout le désir de débarrasser rapidement la société des inutiles et des embarrassants. De même pour l’obligation faite à tous les soignants de donner la mort, sans respect pour une clause de conscience. Cette loi n’est qu’un énième moyen de débarrasser la société de « ceux qui coûtent ». Il n’y a aucune notion « d’humanité » là dedans…
J’ai une idée qui vaut ce qu’elle vaut. Pourquoi demander aux acteurs de soins de pratiquer l’euthanasie sur les êtres humains, ce n’est pas leur rôle. Par contre les vétérinaires ont une grande expérience de la chose et seraient capables d’agir sans trahir quelque engagement. Ce que j’en dis….
L’exemple des vétérinaires devrait vous faire réfléchir un peu mieux ! En effet,
pourquoi fait-on appel à eux pour mettre fin aux souffrances inutiles d’un animal
en fin de vie, et cela par PITIE pour cet animal qu’on aime pourtant, et pourquoi ce
même principe ne vaudrait pas pour un humain ? Je connais, hélas, la réponse qui
sera faite ! un humain n’est pas un animal… Qu’en savez-vous ? La vie humaine est
sacrée ? On serait ravis de l’apprendre ! Hélas, il y a les guerres, les massacres… Ce
qui nous met bien en dessous de tous les animaux ! Il n’y a rien de pire que l’humain !
Je ne jugerais pas de très grands malades, cancers ou autres aussi graves qui envisagent l’euthanasie pour sortir de leurs souffrances … mais pas besoin d’avoir à légiférer pour cela, c’est un choix personnel et ce n’est certainement pas à la famille ou au corps médical de décider de la fin d’une personne … il est vrai que cette loi sordide est très ambigüe peut dissimuler un meurtre pour récupérer un héritage ou se débarrasser d’une charge trop lourde, une personne handicapée par exemple … sordide … par contre pour les grands criminels pervers, sadiques, psychopathes, qui ne regrettent pas leur acte criminel et qui recommenceront, je suis pour l’euthanasie car il faut à tout prix préserver des innocents.
C’est une très mauvaise loi, mais macron ne fait que dans le très mauvais ….il ne sait faire que cela. Il est satisfait c’est l »essentiel, je crois savoir qu’il a félicité les députés qui l’on approuvé. Nous ne sommes pas sorti de l’auberge … Vivement 2027..
Oui…vous avez raison…puisque la peine de mort est re instaurée par cette loi , il serait logique de l’appliquer aux criminels pédophiles violeurs meurtriers….pour éviter les souffrances de leurs victimes !!
Nul n’est empêché de se suicider, pour ceux qui sont en état physique de le faire.=, on voit bien là aussi les ravages de l’assistanat et de l’endoctrinement. Développer les soins palliatifs pour aider les malades à partir sans souffrir et désespérer et pour ceux qui veulent vraiment partir, leur donner le moyen de pouvoir le faire eux-même.
Nul soignant ne doit devenir un executeur.
Les soins palliatifs, c’est bien le fond du problème avec une France surendettée qui peine à boucler un budget et d’ailleurs n’y parvient pas. Ne seront-ils pas sacrifiés sur l’autel de l’économie alors qu’il faudrait les développer.
« Les soins palliatifs, c’est bien le fond du problème avec une France surendettée qui peine à boucler un budget et d’ailleurs n’y parvient pas »… Une France de Macron qui a quand même trouvé le moyen de dépenser « un pognon de dingue » pour s’offrir un défilé XXL, d’inviter 22 chefs d’États ou de gouvernements étrangers, pour le plus grande satisfaction de son immense ego et de soustraire au Trésor plus de 400 000 Euros annuels pour payer des frais de représentation (bureaux, secrétaires, chauffeurs, gardes du corps, et surtout coiffeur) à son épouse qui n’a aucune fonction officielle au regard de la République… Envoyer des milliard a l’Ukraine (qui arrondissent le bas de laine de son président) ou à l’Afrique comme il vient de la faire lors de son dernier voyage là bas… A par ça, la France n’a pas les moyens de soulager ses malades…
Oui
Oui mais de bon sens…il n’y en a plus !
Admirable témoignage, qui démontre le mensonge qu’ait la qualification de la loi sur le permis de tuer (car c’est son vrai nom). Mais évidemment, ce n’est pas avec Macron que nous avions une chance d’échapper à ce triste résultat de 10 ans de cette cinquième république dénaturée. Question à laquelle hélas la réponse est évidente : depuis 10 ans, est il un domaine où notre pays ait progressé ? Réponse hélas évidente : aucun.
Très beau témoignage.
De plus on voit bien l’affreuse barbarie qui se met en place.