[TRIBUNE ] Mais qu’avons-nous célébré, au juste, le 14 juillet ?

Notre nation n’est plus libre et de moins en moins unie.
Capture d'écran YT Elysée
Capture d'écran YT Elysée

La loi du 6 juillet 1880, proposée par Benjamin Raspail, dispose en un article unique : « La République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet. » Sans plus de précision. Nous avons donc le choix entre le 14 juillet 1789, date de la prise de la Bastille, ou le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération. Deux dates éminemment symboliques. Au demeurant, toutes deux sous le règne de Louis XVI. Symboles forts que choisit la jeune République française qui ne s’est installée durablement qu’à cause de l’invraisemblable refus de ceindre la couronne du comte de Chambord pour une question de drapeau. Attitude exactement contraire au pragmatisme des Capétiens.

14 juillet 1789 : une journée symbolique mais pas si glorieuse

Les deux dates sont certes des symboles mais correspondent à des faits fort différents. La Bastille était à peu près vide et ne renfermait que sept prisonniers : deux fous, quatre faux-monnayeurs et un certain Tavernier, qui avait tenté d’assassiner Louis XV ; elle n'était défendue que par quatre-vingt-deux invalides et trente-deux soldats suisses. Les émeutiers, qui s’étaient emparés de fusils aux Invalides, recherchaient en fait des munitions. Une série de quiproquos finit par provoquer l’assaut de la vieille forteresse qui avait été mise en défense par son gouverneur, le marquis de Launay. Celui-ci avait fini par négocier l’ouverture des portes sur promesse de la vie sauve pour la garnison et lui-même. Promesse non tenue : Bernard-René Jourdan de Launay fut roué de coups, sabré puis décapité au canif par l’aide-cuisinier Desnot. Dans le même temps, Jacques de Flesselles, prévôt des marchands de Paris qui sortait de l’hôtel de ville de Paris pour rencontrer un délégué du comité insurrectionnel installé au Palais-Royal, demeure du Duc d’Orléans, fut tué d’un coup de pistolet, puis décapité, et sa tête promenée ou bout d’une pique à côté de celle du marquis de Launay.

Quelques jours plus tard, le 21 juillet, l’intendant général Foullon et son gendre Berthier de Sauvigny furent massacrés par la foule parisienne. La nouvelle parvint à l’assemblée des États généraux qui venait de s’autoproclamer « Assemblée nationale constituante ». Plusieurs députés s’en indignèrent. C’est alors qu’Antoine Barnave, représentant de la haute bourgeoisie grenobloise, s’exclama : « Messieurs, on veut vous attendrir en faveur du sang versé hier à Paris. Ce sang était-il donc si pur, qu’on n’osât le répandre ? » Barnave sera lui-même jugé et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire de Paris le 28 novembre 1793 et guillotiné le lendemain. Apparemment, son sang n’était pas si pur ! Pour nombre d’historiens les meurtres de Launay, Flesselles, Foullon et Berthier de Sauvigny annoncent les massacres de Septembre et l’orgie de sang de la Terreur jacobine. 14 juillet 1789, journée symbolique, certes, mais pas si glorieuse.

14 juillet 1790 : une journée d'unité, d'enthousiasme et... de dupes

La fête de la Fédération est une autre histoire. Chacun connaît la phrase de Marc Bloch : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération » (L’Étrange Défaite). Il y a du vrai, dans cette remarque. Cette fête fut organisée au Champ-de-Mars à l’initiative de La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris. Un immense cirque à la romaine fut édifié en ce lieu. Le roi lui-même vint donner un coup de pioche. Les témoins indiquent que des gens de toutes origines se retrouvèrent pour travailler au chantier : peuple des faubourgs, nobles et bourgeois, religieux et courtisanes. Un grand moment d’unité nationale apparente. La Fayette prêta serment de « rester fidèle à la nation, à la loi et au roi » sur l’autel de la patrie. Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, certes évêque d’Autun, mais pas vraiment Père de l’Église, célébra la messe entouré de trois cents prêtres. Il aurait soufflé à l’oreille de La Fayette : « Par pitié, ne me faites pas rire. » L’anecdote semble vraie et symbolise bien toute l’ambiguïté du moment.

Le roi prêta à son tour le serment d’utiliser le pouvoir qui lui était délégué pour « maintenir la Constitution ». Dans un mouvement spontané, la reine se leva et montra le dauphin à la foule en disant : « Voilà mon fils, il s’unit, ainsi que moi, aux mêmes sentiments. » L’enthousiasme fut à son comble et le roi et la famille royale très longuement acclamés. Louis XVI aurait pu, en cet instant, retourner la situation et nombre de révolutionnaires s’en inquiétèrent a posteriori. Journée d’unité et d’enthousiasme, bien différente du 14 juillet 1789. Sans doute aussi journée de dupes, comme en témoigne le mot cynique et drolatique de Talleyrand. Quitte à choisir une date, celle-ci vaut mieux que l’autre.

Et le 14 juillet 2026 ?

Mais une fête nationale sert à célébrer une nation, en principe souveraine, et c’est bien pour cela que l’habitude a été prise de faire défiler les forces armées, instrument ultime de notre souveraineté. Et c’est ici que nous retrouvons la journée de dupes. La France n’est en effet plus souveraine, inféodée qu’elle est à l’Union européenne, à l’OTAN, empêtrée dans des normes internationales et domestiques qui lui ôtent les possibilités d’agir. Le défilé militaire reste un moment de soutien des Français à nos armées mais notre nation n’est plus libre et de moins en moins unie. Ce n’est pas le fait du hasard mais la conséquence des politiques menées avec constance par nos politiciens de droite et de gauche. Ceux-là mêmes qui pleurnichent sur l’état dans lequel ils ont plongé la France. Pire encore, qui viennent nous expliquer comment faire pour sortir la France du mauvais pas où ils l’ont mise ! Le gouvernement aux abois annonce un budget « de sauvegarde républicaine ». Puisque nous évoquions 1789, la République ferait bien de se souvenir que c’est la crise budgétaire et le déficit de l’État qui entraîna le royaume dans la Révolution et la royauté dans sa chute. L’Histoire serait-elle un éternel recommencement ?

Picture of Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Le 14 juillet 2026 a fêté Macron e flatté son égo démesuré. Le 14 juillet étant une célébration d’un évènement purement français, il n’y avait aucune raison d’y associer/fêter des étrangers.

  2. Vive le 15 août vraie fête nationale de la France !
    Merci au comte de Chambord de ne pas avoir trahi Dieu et ses ancêtres. Le drapeau n’était rien, mais son principe était tout.
    Le comte de Chambord voulait devenir Roi de France de par Dieu et non de par le peuple. S’il avait accepté de régner sous un autre drapeau que celui de sa famille alors il serait devenu comme le roi d’Angleterre ou le roi d’Espagne : un pot de fleur présent pour faire beau pendant les cérémonies.

  3. Croyez moi bien, cette année le peuple n’était pas dupe ! Nous avons bien compris rien qu’aux images télévisées que nous n’étions pas invités à la fête. Les mises en scène artificielles de figurants censés nous représenter n’ont fait que nous agacer.
    Ce défilé avait un gout amer et bon nombre d’entre nous ont éteint la télé, rompant avec des décennies de fierté patriotique.

  4. IL a fêté le réarmement de l’Allemagne et sa volonté de s’accaparer l’industrie française de l’armement.

  5. « Qu’ont-ils célébré ce 14 juillet »? serait plus juste, ami Stéphane.
    Les macronistes salissent , avilissent, dénaturent tout ce qui doit rester le Symbole de la Nation France.
    Il n’y a pas plus nationaliste que la Révolution de 1789, où la République naissante fut menacée par l’europe entière.
    C’est à nouveau le même combat en 2027: l’europe des macrono-mondialistes menace la Nation France.

  6. Ce 14 juillet,on a fêté la der du Mozart de la finance qui a définitivement coulé la France, non seulement son économie, mais aussi son unité, sa sécurité et sa souveraineté.

  7. Personne n’a remarqué que pour la Marseillaise chantée en fin de défilé les paroles ont été changées: de « Marchons! Marchon! » Il a été chanté « Marchez!Marchez!
    Armons nous et partez

    • Ce sont les paroles de l’adaptation de Berlioz. Le refrain est chanté deux fois, la première avec « marchez », injonction aux citoyens, la seconde avec « marchons », pour approuver ce commandement.

  8. Quelle gloire révolutionnaire cette prise de la Bastille qui a permis de libérer sept prisonniers dont 4 faussaires, 2 fous et un incestueux. Je me gausse.

  9. C’est finalement la fête de la constitution et donc de son inénarrable principe de précaution qui justifie que les indispensables réformes de fond sont renvoyées aux calendes grecques.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois