[CINÉMA] L’Odyssée, Christopher Nolan se frotte à Homère et réalise son rêve

Le film est magnifique. Le cinéaste nous prouve une fois encore qu’il sait raconter une histoire, soigner sa lumière, fluidifier son montage et diriger des acteurs aux dialogues plus grands que la vie.
l'odyssée

L’an dernier, souvenons-nous, Uberto Pasolini sortait sur les écrans The Return, un récit centré sur le retour d’Ulysse en son île d’Ithaque qui mettait de côté les douze premiers chants de l'Odyssée. Un petit film d’auteur un peu fauché, parfois kitsch, qui bénéficiait malgré tout de la présence au casting de Ralph Fiennes et de Juliette Binoche, et qui était intégralement tourné en Grèce.

Avec un budget pharaonique estimé à environ 250 millions de dollars, une dizaine d’acteurs à succès et un tournage réparti sur plusieurs pays (Grèce, Sicile, Maroc, Islande et Écosse), la nouvelle adaptation de l'Odyssée, actuellement en salles, n’appartient pas du tout à la même catégorie de films. Assumant un mode de production hollywoodien, la version de Christopher Nolan fait le pari de plaire autant aux lecteurs d’Homère qu’aux amateurs de péplums et de cinéma d’action plus contemporain.
Depuis des années, le réalisateur d’Inception, d’Interstellar, d’Oppenheimer et de la trilogie The Dark Knight rêvait de mettre en scène l'Odyssée ; il attendait, semble-t-il, le bon moment pour ce faire.

Anarchie et retour à l’ordre

Peut-être moins politique que le film d’Uberto Pasolini, car plus axé sur l’imaginaire et l’épique, la version de Nolan ne se contente pas du retour d’Ulysse à Ithaque mais traite l’ensemble de l’épopée d’Homère. Entrecoupé de flash-back de la guerre de Troie, savamment dosés et finement introduits par un montage fluide et introspectif, le périple d’Ulysse et de ses hommes pour rentrer chez eux évolue parallèlement au récit de la décadence d’Ithaque. Une cité sans roi et sans verticale du pouvoir, dont la reine, Pénélope, fait depuis vingt ans l’objet de convoitises de la part de nombreux prétendants au trône (Robert Pattinson, excellent dans le rôle d’Antinoos). Ayant grandi sans le modèle paternel nécessaire à la construction de soi et à l’affirmation d’un caractère fort et combatif, Télémaque, le fils, assiste impuissant à ce triste spectacle. Sa mère et lui appellent alors de tous leurs vœux le retour d’Ulysse – le retour à l’ordre. Les contempteurs habituels du patriarcat, de l’autorité et de la violence inhérente à l’exercice du pouvoir n’apprécieront sans doute pas le message…

Nolan tend le bâton pour se faire battre

Hélas pour Pénélope et Télémaque, le héros de la guerre de Troie aura beaucoup d’épreuves à traverser avant de les retrouver. Assez fidèlement, le réalisateur enchaîne les épisodes connus, dévoile les monstres (Polyphème, Charybde, les Lestrygons) et évoque ces figures féminines qui ont jalonné le parcours d’Ulysse, pour le meilleur (Pénélope et Athéna) comme pour le pire (Circé et Calypso). Autant pour les propos ineptes de Lupita Nyong’o qui affirmait, lors de la promotion du film, qu’Homère n’avait pas su accorder de place aux femmes dans son œuvre… Celle qui incarne à l’écran Hélène de Troie et sa sœur Clytemnestre, manifestement, ne doit pas tant ces deux rôles à une quelconque passion pour la littérature antique qu’à sa couleur de peau et au goût affiché de Christopher Nolan pour la provoc chic et choc et la polémique facile (on a pu le voir, déjà, avec Dunkerque et son éviction lamentable des 35.000 soldats français ayant couvert la retraite de l’armée britannique lors de l’opération Dynamo de 1940). De là, également, la présence au casting d’Ellen Page, dans le rôle de Sinon, qui, depuis sa chimérique « transition de genre » (ablation des seins et prise de testostérone) en 2020, se fait appeler Elliot Page…

D’une impressionnante maîtrise

Peu cohérent entre sa façon de défendre une verticalité traditionnelle née dans la culture antique et son désir pathétique de se conformer à tout prix à son époque, Christopher Nolan n’en a pas moins réussi son pari ; le film est magnifique. Le cinéaste nous prouve, une fois encore, qu’il sait raconter une histoire, composer un cadre, faire évoluer ses échelles de plans, soigner sa lumière, fluidifier son montage et diriger des acteurs aux dialogues plus grands que nature. Déjà familiers de Nolan, Anne Hathaway et Matt Damon donnent véritablement le meilleur d’eux-mêmes.
Le film n’est assurément pas un chef-d’œuvre, mais cela s’est joué à peu de choses. Il aura au moins le mérite d’avoir su vulgariser auprès du jeune public un récit difficile à adapter au cinéma, offrant peut-être à l’avenir un support idéal aux professeurs des collèges qui feront étudier Homère à leurs élèves. C’est déjà beaucoup.

4 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Ce film rend bien compte de la lecture mythologique de la réalité qui était faite durant l’Antiquité. Il est fidèle (bien sûr, pas de manière stricte comme tout film fait à partir d’un livre) à Homère. Si on entre dans l’histoire de Nolan, on entre bel et bien dans l’Odyssée. Ceux qui y voit un film Woke ont un apriori idéologique, par exemple en imaginant la couleur de la peau de certains personnages d’Homère (détail qui, d’ailleurs, passe totalement inaperçu pour un spectateur parti en voyage dans ce Conte en images). L’obsession de la couleur de la peau est d’ailleurs une maladie woke (le fameux « racialisme »…)

  2. 0 étoiles sur 5 ! Athéna glauKopis (aux yeux de vache), est une petite créature fadasse, blanc-cassé, loin de la lumière irradiante des divinités d’alors : « Les dieux des Grecs brillent de mille feux et de mille couleurs : l’éclat de leur corps, de leurs vêtements et de leurs parures en fait des êtres de lumière, à la
    splendeur immortelle, irradiant de charis »… Ne parlons pas d’Hélène et de sa demi sœur Clytemnestre, ici balafrée càd marquée comme une fille qui a fauté et arbore « la croix des vaches » ! Hélène est la fille de Zeus, roi des dieux et de Léda, fille de Thestios, roi d’Étolie… Bref de Nolan fait ruisseler l’œuvre fondatrice de l’Occident dans le caniveau du wokisme, nul ne s’en félicitera et BV a bien tort de surcoter un tel désastre intellectuel. La seule scène qui vaille (pour Samuel Martin) : celle où le vieux chient mourant trouve encore la force ultime de remuer la queue sous la caresse de son maître revenu !

  3. J’ai hâte de voir la saga romancée (avec effets spéciaux et IA, bien sûr) d’un Nelson Mandela blanc.

  4. La bande annonce n’est pas dû tout attirante ( doublage et musiques horribles) de même que l’affiche ( ridicules vertèbres dans le dos). Je crains que ce film où on attend un père , ne soit la mer à boire.

  5. Etonnemment ce ne sont pas les scènes de combats et d’actions qui m’ont touchées mais plutôt les scènes comme celle d’Argos qui attendait le retour de son maître pour mourir. Chacun y trouve son compte.

  6. Cet article….c’est de l’humour? Car modifier l’œuvre originale en mettant une noire dans le rôle d’Hélène….c’est fort !!

  7. Que la qualité technique de ce film soit indiscutable, soit, mais le wokisme affiché est ridicule , au mieux, criminel au pire, car insidieusement il entraine le jeune public vers le monde obscure et pervers…Nolan est un bon technicien, mais il n’a pas le courage de ses héros….un pauv’ mec quoi …! A fuir !

    • On sait maintenant pourquoi, votre commentaire tout à fait…woke. Pas de Noirs en Grèce antique ? La focalisation sur la couleur de la peau est une pathologie des wokistes (« Racialisme »). Le conte antique (donc mythologique) d’Homère est sans couleur, mais pas sans valeurs. Vous mélangez pas mal d’obsessions…

  8. Ce film est magnifiquement composé, il est prenant, avec une interprétation superbe. Il rappelle l’Odyssée d’Homère qu’on étudiait autrefois, en partie, mais qui permettait de comprendre cette civilisation attachée aux dieux.

      • Et ça change quoi, au texte mythologique ? D’ailleurs, les personnages d’Homère avaient quelles couleurs ? A supposer que vous ayez la preuve que l’auteur de l’Odyssée avait en tête un Physique particulier pour chacun de ses personnages, l’essentiel de ce récit mythologique est ailleurs…Je rappelle que l’obsession de la couleur de la peau, c’est une Farce woke (le dénommé « racialisme »)

  9. Il aura au moins le mérite d’avoir su vulgariser auprès du jeune public un récit difficile à adapter au cinéma.
    Sans doute son seul mérite. Une œuvre immense transformée en blockbuster.

    • Drôle de façon d’instruire les jeunes….maintenant ils vont tous affirmer qu’Helene était une africaine….

      • NON. Ils vont dire: soit « elle était noire » (comme d’autre habitants de la Grèce antique), soit « je ne m’en souviens pas » (c’est un détail sans importance)

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