Sommet franco-allemand : verrouillage des dossiers militaires avant 2027 ?
À quoi aura donc servi ce sommet de Brühl entre le Président Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz ? Très peu d’hommes politiques et de spécialistes osent encore, aujourd’hui, parler de « couple franco-allemand » dans un environnement économique où la France et l’Allemagne semblent si différentes et, surtout, où l’équilibre de ces deux puissances principales du continent européen paraît tellement défavorable à la France, hormis sans doute du point de vue de la défense. En effet, il semble que ce qui intéresse encore le chancelier allemand et qu’il n’a pas encore complètement cerné, dans le domaine français, est celui de sa défense nationale. L’échec récent du projet aérien franco-allemand du SCAF [système de combat aérien du futur, NDLR] contraint les trois pays participants (y compris l’Espagne) à revoir de fond en comble leurs projets de coopération. Cet échec retentissant de la coopération européenne en matière industrielle exigeait des deux partenaires principaux (français et allemand) une clarification en matière de collaboration militaire. Cet effort se traduira, à l’automne prochain, par un exercice militaire franco-allemand de dissuasion nucléaire, d'ailleurs annoncé dans le discours de l'île Longue en mars dernier.
La dissuasion avancée, nouvelle doctrine française au service de la défense européenne ?
La force nucléaire de dissuasion française est le principal atout du Président français dans ces pourparlers franco-allemands. Jusqu’à présent, l’arme nucléaire stratégique française était simplement destinée à protéger le territoire français en Europe et outre-mer d’une éventuelle attaque ennemie (soviétique, au moment où elle avait été conçue durant la guerre froide). Jusqu’à aujourd’hui, l’Allemagne faisait confiance aux États-Unis pour la protéger avec son « parapluie nucléaire » en cas d’attaque soviétique ou russe, depuis 2022. Mais l’actuelle guerre de haute intensité en Ukraine dure depuis presque cinq ans, et ce, malgré la promesse faite, en décembre 1994 à Budapest, aux Ukrainiens de « garantir leur sécurité » par les Américains et les Britanniques. Ce mémorandum de Budapest signé par les Russes et les Ukrainiens n’évoquait que des mesures de rétorsion économique, de la part des Américains et des Britanniques, au cas où la sécurité et la souveraineté de l’Ukraine dénucléarisée seraient menacées par la Russie.
Même si, il y a deux semaines, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, l’ensemble des membres de l’organisation atlantique ont réaffirmé leur attachement à l’article 5, les Allemands ne sont pas naïfs et préfèrent un « tiens » français à deux « tu l’auras » américains. Toutefois, nos voisins d’outre-Rhin souhaiteraient également « graver dans le marbre » l’assistance que pourraient leur apporter les forces de dissuasion françaises au cas où les Russes s’en prendraient directement à la Bundeswehr. La nouvelle doctrine française d’élargissement de sa dissuasion à des alliés européens non dotés (sans arme nucléaire organique) est pour le chancelier Merz la clef de sa stratégie. Seulement, le problème pour lui est la possibilité de l’arrivée au pouvoir en France de Marine Le Pen, qui cherchera à soustraire la France du commandement intégré de l’OTAN et qui est en désaccord avec l’initiative stratégique du Président Macron, qu’elle considère comme un « partage de notre dissuasion ».
Dans la nouvelle Europe, quelle place pour la France ?
Dans l’Europe que contemplent aujourd’hui Emmanuel Macron et Friedrich Merz, le moteur du couple franco-allemand créé par le chancelier Adenauer et le général de Gaulle « ne tourne plus très rond ». Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de communauté européenne ? Certes, non, mais la place en Europe d’une France victorieuse de la Seconde Guerre mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, n’est plus la même qu’en 1963, année où fut signé le traité de l’Élysée entre cette France gaullienne sortie tant bien que mal du conflit algérien et l’Allemagne dite, à l’époque, « de l’Ouest » dont une petite moitié était absorbée par le monde soviétique d’alors, depuis la fin de la guerre et la répartition du territoire allemand reconnu comme telle par les Alliés en quatre zones d’occupation, dont la zone soviétique à l’est qui était devenue depuis le 7 octobre 1949 la République démocratique allemande. Dans cette Europe continentale de 1963, la place de la France était, de fait, prééminente. Les toutes nouvelles forces nucléaires françaises donnaient à notre pays le statut alors envié de « grande puissance militaire », malgré les deux guerres politiquement perdues d’Indochine et d’Algérie. La crise de Suez de 1956 avait prouvé au général de Gaulle qu’il ne fallait pas compter sur le soutien américain, même en cas de conflit localement important pour les intérêts français.
Aujourd’hui, une France surendettée, désindustrialisée, n’a plus le lustre de ce qu’elle représentait en Europe en 1963, d’autant que les pays d’Europe orientale sous domination soviétique et, aujourd’hui, sous influence économique allemande ont rejoint la communauté européenne dominée par une Allemagne réunifiée. La France est devenue, sans doute par frivolité (au sens hégélien du terme), une puissance à la gloire d’autrefois, mais dont l’un des seuls fleurons restants de sa souveraineté nationale, en Europe et outre-mer, sont ses forces armées, conventionnelles et nucléaires. Si ces premières ont rejoint, depuis 2008, au moins partiellement, et ce, uniquement pour une mission donnée*, les structures intégrées de commandement de l’OTAN, les autres sont restées sous commandement national. La place de la France en Europe est donc aujourd’hui encore importante, mais ce, surtout et avant tout militairement.
La France et la Russie aujourd’hui
Aujourd’hui, les liens entre la France et la Russie du président Poutine, pourtant reçu à Versailles et à Brégançon par le Président Macron au cours de ses deux quinquennats, sont au stade minimal : celui des ambassades. L’ambassadeur russe à Paris est toutefois davantage convoqué au ministère des Affaires étrangères que ne le sont respectivement les ambassadeurs iranien ou algérien, deux pays avec lesquels la France n’entretient pourtant pas toujours de bonnes relations. Nul doute que ce sommet franco-allemand, au lieu d’essayer de régler les conditions d’un cessez-le-feu durable en Ukraine, comme aurait pu le laisser penser le sommet, à Paris, le 13 juillet, de la « coalition des volontaires », aura davantage le but de fixer « une bonne fois pour toutes » les liens de nos deux défenses française et allemande face à un ogre russe qu’il faudrait absolument combattre, y compris après une fin du conflit en Ukraine. Ce que l’on peut espérer est simplement que les éléments fondamentaux de notre défense nationale ne soient aliénés à aucune puissance, fût-elle alliée, et que la souveraineté reste d’abord nationale avant de devenir européenne. Mais est-ce bien le signe que donne ce futur exercice franco-allemand de dissuasion nucléaire ?
* De toutes façons, les forces françaises qui peuvent être placées temporairement sous contrôle opérationnel d’un officier général allié, restent toujours cependant sous commandement opérationnel du chef d’état-major des armées et, donc, du président de la République.
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Vite « LE FREXIT » ………..