Deux sœurs qui font l’amour ensemble… au bac de français !

Inceste, consommation de shit ou de pornographie : les lycéens ont encore été gâtés, cette année...
bac

[Mise à jour du 3 juillet à 21h33] Le titre a été modifié car ce ne sont pas des œuvres à proprement parler « au programme » mais qui relèvent du choix de certains professeurs.

Les œuvres litigieuses apparaissent dans les deux parties de l'oral. D'abord, on en trouve des extraits dans le « parcours associé » lié à chaque œuvre du programme. C'est le cas, par exemple, de l'analyse linéaire de l'incipit de King Kong Théorie proposée par une enseignante sur sa chaîne YouTube, vidéo mise en lien dans l'article. Il s'agit donc des extraits dont les élèves doivent apprendre par cœur l'analyse pour la restituer si l'examinateur choisit ce texte. Ces lectures problématiques figurent également dans la seconde partie (exposé puis entretien) qui porte sur l’œuvre intégrale choisie par l'élève, en général dans une liste proposée par l'enseignant (c'est le cas de Fief et de Dans la forêt, mais aussi de King Kong Théorie, en lecture complète cette fois). La liste des textes portant la signature de l'enseignant et le cachet de l'établissement, la responsabilité morale de l'institution est bel et bien engagée.

 

« Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses. » Cette présentation du roman Dans la forêt (Totem), de Jean Hegland, pourrait faire croire au jeune lecteur qu’il va suivre avec intérêt des aventures semblables à celles du Livre de la jungle ou du Club des Cinq.

 

Pas étonnant, donc, que certains élèves de première l’aient retenu parmi la liste des œuvres proposées pour l'oral du bac par leur professeur de français. Et pourtant, au fil des pages, l’on découvre avec effroi que ce livre, qui aurait pu édifier, transmettre un exemple de dépassement de soi et de persévérance, se transforme en perversion de la conscience : « Nous avons fait l’amour, ma sœur et moi. Ensemble, nous avons ressuscité la joie de nos deux corps. Ensemble, nous nous sommes rappelé que la force n’est pas toujours dans la violence […] »

Extrait de "Dans la forêt" (Totem) de Jean Hegland

Vous pensiez, candides, que les lycéens bachotaient leur épreuve de français en révisant des classiques : Manon Lescaut, La Peau de chagrin, Madame Bovary, Victor Hugo ou  Le Comte de Monte-Cristo ? C’était oublier la liberté pédagogique de certains professeurs, persuadés qu’enseigner, c’est ouvrir les élèves au monde et faire bouger les lignes, leur montrer que la littérature n’est pas un truc de coincé.

Coming out, shit et pornographie

Après les deux sœurs incestueuses, puisqu’il faut battre en brèche les préjugés, certains professeurs, branchés en boucle sur France Inter, ont retenu En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil). Ce roman raconte le coming out d’Édouard-Louis, et c’est peut-être la radio du service public qui en parle le mieux : « Le quotidien d’un enfant homosexuel que la société, la famille, le village, les collégiens, regardent comme un étranger. Mais son roman dépasse largement l’homosexualité, en soi. Il témoigne de la terrible construction d’un être jugé différent et, en cela, l’humiliation et l’exclusion sont au cœur de ce livre vraiment universel. »

Pour poursuivre cette noble mission d'éducation des lycéens à la sexualité, pourquoi ne pas leur faire étudier Virginie Despentes, cette « autrice » que, là encore, France Inter décrit comme une « romancière post-punk mais éternellement rock, féministe pro-sexe à l’écriture méchamment virile » ? Aussi, avec King Kong Théorie (Grasset), certains élèves ont dû apprendre par cœur cette analyse linéaire idéologiquement marquée (à retrouver sur la chaîne YouTube Jpeuxpasjaibacdefrancais) : « Les stéréotypes sur les femmes, malgré les combats, les progrès, perdurent. Nous allons nous demander en quoi ce texte refuse les stéréotypes féminins et dédicace King Kong Théorie à toutes les exclues de la société. » Ces dernières étant, pour « l’autrice » : « les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf ». De quoi (presque) faire passer pour bon enfant les cochonneries de Rimbaud, qui s'amuse à faire rimer Vénus avec anus…

 

Autre œuvre résolument subversive présentée à l’oral de français, cette année : Fief, de David Lopez (Seuil).

Un roman auréolé du prix du livre… France Inter ! Quelques extraits choisis : « Je reprends le bout de teuchi », « elle voulait pas être un plan cul […] elle va s’en mordre les doigts tellement d’ailleurs qu’elle ne pourra plus se les caler dans la chatte », « bander au réveil, ça me donne un truc à faire », « je suis en caleçon dans mon lit, porno sur l’ordi, matos sur les cuisses. J’effrite un joint de compétition ».

Extrait de "Fief" (Seuil) de David Lopez

Contactée par nos soins, Ingrid Riocreux, agrégée de lettres modernes, réagit à ces extraits : « La littérature devrait rendre tout beau. Le sexe, la mort, l'assassinat, tout peut être beau, en littérature, parce que c'est raconté de belle manière. Or, là, c’est illisible, c’est très cru, le vocabulaire est répugnant. On est dans une volonté de salir », s’insurge le professeur de lettres dans un lycée public. Des lectures d’autant plus dangereuses que « certains jeunes sont déjà addicts à la pornographie et on les renvoie à un univers mental très malsain », poursuit-elle. Et des choix militants qui discréditent la profession : « La confiance est rompue, parce que les parents confient leur enfant pour qu’on leur donne de la culture, qu’on leur inculque le goût du beau ; et ils découvrent qu’on leur fait lire un scénario de film pornographique. »

In fine, à faire table rase des classiques, on oublie que « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… L’on pourra toujours dénoncer la dépression des jeunes, les suicides, l’augmentation des agressions sexuelles et des « violencesfaitezauxfemmes » dans notre société ; que l’on commence déjà par élever autrement cette génération assoiffée…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 05/07/2026 à 21:50.

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Iris Bridier
Journaliste

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