Guy de Larigaudie, l’aventure scoute jusqu’au don suprême

Tombé au champ d'honneur en 1940, il demeure l'un des témoignages les plus lumineux de l'idéal scout français.
Par Ctruongngoc Claude TRUONG-NGOC — Derivative work of File:Guy de Larigaudie 1932.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52258855
Par Ctruongngoc Claude TRUONG-NGOC — Derivative work of File:Guy de Larigaudie 1932.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52258855

Chaque été, des dizaines de milliers de nos jeunes enfants se retrouvent sous les tentes, dans les forêts, les montagnes ou les plaines de France. Malgré les fortes chaleurs qui accompagnent désormais souvent les camps, le scoutisme demeure une école de la vie fondée sur le sens du service, l’amitié, la confiance et le dépassement de soi. Parmi les grandes figures qui ont inspiré ces générations de scouts, Guy de Larigaudie occupe une place toute particulière. Écrivain, journaliste, explorateur et routier scout, il a incarné une jeunesse enthousiaste, positive, pleine d'espoir, généreuse, profondément croyante et passionnée par l'aventure. Sa courte existence, achevée au champ d'honneur en 1940, demeure l'un des témoignages les plus lumineux de l'idéal scout français.

Une jeunesse façonnée par le scoutisme

Guillaume Boulle de Larigaudie (de son nom complet) naît à Paris le 18 janvier 1908. Son enfance est marquée par de longs séjours dans le Périgord, à Saint-Martin-de-Ribérac, où il développe un amour profond de la nature et des grands espaces. Cette passion, il la cultive davantage encore en rejoignant les Scouts de France en 1923. Pensant un temps devenir prêtre, il quitte le séminaire sans renier Dieu, sentant simplement que sa vocation est ailleurs, et prend la plume. Il devient ainsi journaliste pour la revue Le Scout de France à partir de 1933. À travers ses écrits et ses contes, il partage alors son enthousiasme avec des milliers de jeunes lecteurs.

En 1934 et 1935, Guy de Larigaudie participe à un voyage exceptionnel autour du monde avec une délégation de scouts français à l'occasion de plusieurs jamborees internationaux. Cette expérience donne alors naissance au livre Vingt scouts autour du monde, dans lequel il raconte ses rencontres, ses découvertes vécues sur plusieurs continents. Quelques années plus tard, entre août 1937 et mars 1938, il décide de réaliser un véritable exploit avec son ami Roger Drapier : la première liaison automobile entre Paris et Saïgon à bord d'une simple Ford T. Plus de 22.000 kilomètres sont ainsi parcourus à travers l'Europe et l'Asie, une aventure racontée dans La Route aux aventures, qui demeure un classique de la littérature scoute française.

Une œuvre qui traverse les générations

Guy de Larigaudie laisse une œuvre abondante, composée de récits de voyage, de romans pour la jeunesse et de textes spirituels. Des ouvrages comme Par trois routes américaines, Résonances du Sud ou encore Étoile au grand large (publié après sa mort en 1943) témoignent de son regard émerveillé sur le monde et de sa confiance dans la Providence. Son style, simple et vivant, continue de toucher bien au-delà du seul mouvement scout. Parmi ses pensées les plus célèbres figure cette affirmation devenue proverbiale : « Il est aussi beau de peler des pommes de terre pour l'amour du Bon Dieu que de construire des cathédrales. » Guy de Larigaudie rappelle ainsi que la grandeur d'une vie se mesure également au sens du service que chacun met dans les tâches les plus ordinaires.

Le sacrifice pour la France

Cette vie d'aventure est malheureusement bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. Lorsque celle-ci éclate en septembre 1939, Guy de Larigaudie est mobilisé au 11ᵉ régiment de cuirassiers et affecté à un groupe de reconnaissance à cheval. Pressentant la dureté des combats à venir, il écrit une ultime lettre à une religieuse carmélite proche de lui :

« Ma Sœur, Me voici maintenant au grand baroud. Peut-être n’en reviendrai-je pas. J’avais de beaux rêves et de beaux projets, mais n'était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j’exulterais de joie. […] Le sacrifice de ma vie n’est même pas un sacrifice, tant mon désir du ciel et de la possession de Dieu est vaste. J’avais rêvé de devenir un saint et d’être un modèle pour les louveteaux, scouts et routiers. L’ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve. Je suis dans une formation à cheval et suis heureux que ma dernière aventure soit à cheval. […] Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à ma maman pour la consoler ? Vous lui direz qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu'elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je posséderai la lumière, toute la beauté, tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif. Voilà, ma sœur, ce que je voulais vous dire. Il n'est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure. »

Le 11 mai 1940, au lendemain de l'offensive allemande contre la France, il tombe au combat dans le bois de Musson, en Belgique, à l'âge de 32 ans. Son corps est rapatrié en France, à Saint-Martin-de-Ribérac. Sur sa tombe, selon le Souvenir français, on peut encore lire : « Mort au champ d'honneur […] Il fut un grand chrétien et un vrai Français, écrivain et grand voyageur ». Aujourd'hui encore, au cœur des camps d'été, son exemple rappelle que l'aventure la plus exigeante reste celle qui conduit au service des autres, à la générosité, au courage jusque dans les circonstances les plus difficiles et au don de soi, jusqu'au sacrifice ultime, pour ses proches et pour la patrie.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

17 commentaires

  1. C’est un merveilleux exemple pour nos jeunes (pas ceux appelés improprement jeunes…). La foi en Dieu, l’amour de sa patrie et le sacrifice suprême pour une vraie cause et non pas pour aller défendre un pays corrompu jusqu’à l’os. L’UE est une chimère ! La seule Europe, qui redonnera sa grandeur à la France, est l’Europe des Nations de l’Atlantique à l’Oural ainsi que De Gaulle la voulait.

  2. Je fus Scout de France à Colombes de 1946 à 1948 une période heureuse de ma vie, second de patrouille, j’avais de nombreux badges. Nous connaissions bien l’œuvre de Guy de Larigaudie.
    Dieu merci je n’ai pas été témoin de dérapages

  3. « il tombe au combat dans le bois de Musson, en Belgique, à l’âge de 32 ans » sous les balles des ancètres de ceux qui gouvernent l’Europe en 2026. Tout ça pour ça. Bravo!

  4. En parallèle visuel on peut s’intéresser à l’œuvre de Pierre Joubert, illustrateur, qui a magnifiquement exprimé l’esprit et l’enthousiasme du scoutisme dans ses dessins.

  5. Fils d’un « routier » (métropolitain), éclaireur chrétien, un peu résistant au passage, dont le charisme sut entraîner tout son entourage, je fis moi-même longtemps partie de la section chrétienne des éclaireurs tunisiens (groupe colonel Driant / il y avait un groupe cardinal Lavigerie), qui combinait un extraordinaire cosmopolitisme à une grande camaraderie : je ne puis, ému, que souscrire !

  6. J’ai quitté le scoutisme unitaire vers mes 12 ans, aux environs de l’année 1970, lorsque, ancien louveteau passionné, je me suis aperçu que dans la troupe à laquelle j’appartenais depuis peu l’ancien militaire qui la dirigeait d’une main de fer était homosexuel et encourageait des pratiques pour le moins étranges comme par exemple la masturbation en groupe des jeunes recrues avec les scouts plus âgés… J’ai entraîné alors dans mon départ tous les jeune louveteaux de ma génération sur lesquels j’avais beaucoup d’influence et qui m’aimaient bien. Je ne sais pas ce qu’est devenue cette troupe car j’ai ensuite déménagé de la Vallée de Chevreuse où elle se trouvait… Elle était une des dernières troupes du scoutisme unitaire catholique français qui a depuis, je crois, disparu…

    • En trente ans de scoutisme je n’ai jamais croisé de responsables pratiquant ce que vous dénoncez. Autrement, les Unitaires de France existe toujours.

  7. Pourquoi me censurer? Osez dire que jusqu’en 41, les communistes français n’étaient pas copains des nazis et que les cégétistes travaillant dans les usines d’armement ne sabotaient pas le matériel……

  8. Guy de Larigaudie, un être exceptionnel …
    « Guy de Larigaudie rappelle ainsi que la grandeur d’une vie se mesure également au sens du service que chacun met dans les tâches les plus ordinaires. » Tout est dit … il a fait le sacrifice de sa vie … des hommes de cette trempe, actuellement, je n’en connais pas … on est sur le plan spirituel dans une misère noire, celui là était un chef, un guide, une étoile …

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