Après le fiasco Bluesky, retour à la case X pour les gauchistes

Après avoir bruyamment déserté X, plusieurs figures de gauche reconnaissent que leur exil numérique a tourné court.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

C’est l’une des innombrables chaînes d’extrême gauche qui pullulent sur les plates-formes de streaming. Lancée tout récemment par le journaliste Mourad Guichard – passé par Le Canard enchaîné, L’Humanité, Libération ou encore l’agence Reuters (!) –, l’émission hebdomadaire Mon œil, par Moumou a déjà reçu, en un mois d’existence, toute la crème de l’ultra-gauche française, de Guillaume Meurice à Aymeric Caron, en passant par Pascal Boniface et Bruno Gaccio. Ce 16 juin 2026, c’était au tour de Catherine Tricot, directrice de la revue Regards, et du jeune chroniqueur Pablo Pillaud-Vivien. Les trois larrons y ont conversé au sujet du conflit israélo-palestinien, du meurtre de Lyhanna ou encore de l’union souhaitée de la gauche plurielle aux élections. En fin de vidéo, ils se sont rejoints sur une « nécessité de reconstruire un espace de débat à gauche » d’autant plus ardente que le réseau social X, honni par leur camp, reste incontournable dans le champ politique. « J’étais d’accord pour qu’on quitte X, mais on ne peut pas ne pas voir que le fait que nous ne soyons plus sur X a contribué au fait que c’est plus difficile de relayer ce qu’on a à relayer, a avoué Catherine Tricot. Bluesky n’a pas fonctionné, c’est catastrophique… La situation est vraiment catastrophique ! »

Encore moins enthousiaste à l’idée de battre en retraite, Pablo Pillaud-Vivien a bien été obligé de reconnaître qu’un retour sur X était inévitable. « Quand je parle à des journalistes politiques, leur première source d’information, c’est Twitter ! », s’est-t-il lamenté. Et sa commère d’avouer, amèrement : « D’ailleurs, nous, on va lire Twitter pour avoir nos infos. Donc, nous aussi, on est des utilisateurs de Twitter, quand bien même on n’y est pas… »

L’histoire d’un boycott raté

Tout avait pourtant si bien commencé. Souvenez-vous, c’était fin 2024. Une vaste campagne de boycott de la plate-forme X avait alors été lancée avec le concours des plus grands médias français. À la manœuvre, un certain « collectif » de gauche qui expliquait que X mettait en avant les « contenus d’extrême droite », « toxiques », et était devenu « une fabrique de division ». Comprenez : un lieu de débat libre où la gauche n’avait plus le monopole et se retrouvait fréquemment démentie par le réel. Une petite équipe de développeurs coordonnée par le CNRS – financé par l’État et censé être étranger à tout engagement militant - avait même sorti une application, HelloQuitteX, afin d’aider les utilisateurs de X à migrer vers BS, le X de gauche, sans perdre leurs contacts en cours de route. En France, la mairie de Paris, l’Institut Pasteur, plus de 80 associations, mais aussi de nombreux médias et politiques avaient suivi le mouvement, tels des moutons de Panurge. « Whaouh, on va passer les 17M ! », se félicitait alors le chercheur-militant David Chavalarias, également auteur du livre Toxic Data : comment les réseaux manipulent nos opinions (Flammarion).

Malheureusement pour les anti-X, leur mayonnaise n’a pas pris. « On a essayé Bluesky : c’est Twitter, en vide », constatait ainsi le site Numerama, spécialiste du numérique, dès 2023. Le rival autoproclamé de X n’a jamais décollé, malgré l’intense promotion dont il a bénéficié à son lancement. Les déserteurs ont rapidement pris leurs jambes à leur cou et sont rentrés au bercail. « Eh oui, me revoilà dans l'arène !, annonçait, par exemple, le député écolo du Morbihan Damien Girard, en juin 2025. Je ne veux plus faire cadeau de mon silence à mes adversaires […] Ma voix est de retour ici. » Ses 3.500 followers lui en sauront gré… Même débandade pour Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann qui, après avoir appelé au boycott, restent plus actifs que jamais sur le réseau social d’Elon Musk. On pense, aussi, à l’émission progressiste Quotidien qui avait annoncé son départ d’un grandiloquent « ADIEU X », en décembre 2023... alors que Julien Bellver et Jean-Michel Aphatie, figures du programme de TMC, continuent de tweeter à qui mieux mieux.

À l’heure où les instances nationales et européennes tentent de bâillonner les voix dissidentes, Bluesky apparaissait comme un réseau social parfait : un espace de discussion ultra-policé, épuré de toute voix dissonante et peuplé exclusivement de militants, universitaires et journalistes certifiés. Son échec a démontré que l’entre-soi tourne à vide et n’intéresse pas grand monde. Entre le réseau réservé aux prescripteurs officiels et l’agora chaotique mais ouverte à tous, c’est la seconde qui a triomphé.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

27 commentaires

  1. L’échec de « bluesky » montre que contrairement à ce que veut faire croire la gauche ce ne sont pas les sites comme X qui créent l’opinion, mais bien ce que pense l’opinion qui crée des sites comme X. Les gens vont là où ils peuvent trouver ce qu’ils cherchent. La preuve : Le rival autoproclamé de X n’a jamais décollé, malgré l’intense promotion dont il a bénéficié.
    « Vous ne ferez jamais manger des épinards à des gens qui veulent des frites »…

  2. Toute cette opération fleure bon la bêtise crasse de ces individus. Et si on privatisait France Télévision, n’y mettraient ils plus les pieds ? Créeraient ils une chaîne privée avec de l’argent public ? On approche de l’étalon bêtise max.

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