[LE GÉNIE FRANÇAIS] L’hôpital : huit siècles d’une aventure chrétienne
Au Moyen Âge, un hôpital est d’abord un établissement religieux qui accueille les gens les plus démunis. Ce n'est pas vraiment un lieu où l'on soigne. C'est d'abord un refuge. On y reçoit les pauvres, mais également les vieillards, les orphelins, les femmes enceintes, les mourants ; puis les pèlerins. Le mot « hôpital » vient du latin hospes, l'hôte, terme qui désigne autant celui qui reçoit que celui qui est reçu. Avant d'être un établissement de soins, c'est une maison d'hospitalité, un hospice.
L’histoire de l’hospice et de l’hôpital
Depuis Clovis et les Francs, depuis que la France s’appelle France, l’accueil du pauvre est un devoir de chrétien pour gagner son paradis, qu’on soit paysan, bourgeois ou noble. Une vieille coutume, encore en vigueur récemment, voulait que chaque table dans chaque foyer ait une assiette de plus pour l’hôte de passage de dernière minute. Elle symbolise l’hospitalité, la solidarité et la charité. L’hospitalité est une vertu essentielle, ainsi que l’aide à repartir et non pas à s’installer. Mais, comme le disait Chesterton, « le monde moderne est rempli de vieilles vertus chrétiennes devenues folles » qui ne comprennent plus cette nuance.
Les premiers hospices sont progressivement des institutions avant de devenir de véritables hôpitaux gérés par l'Église. Évêques, abbayes et confréries financent ou administrent les hôtels-Dieu qui fleurissent dans les villes. Quant aux soins quotidiens, ils reposent largement sur des communautés de religieuses. Elles ne sont pas salariées au sens moderne : elles vivent de leur communauté, servent les malades jour et nuit, préparent les remèdes, changent les pansements, nourrissent les pensionnaires. Leur travail est immense et souvent oublié. Leur présence permanente permet pourtant de maintenir un coût très faible pour les patients, la charité complétant les dons, les legs et les revenus des terres appartenant aux établissements.
Les soins palliatifs ou personnalisés
Ainsi en est-il encore aujourd’hui des unités de soins palliatifs, ces soins personnalisés destinés aux personnes en fin de vie, dans une atmosphère douce et apaisante. Elles offrent un cadre plus chaleureux et familial que les hôpitaux. L'image romantique de la religieuse au chevet des malades n'est pas une affabulation : pendant des siècles, elle constitue le cœur du système hospitalier français.
Les médecins, eux, sont peu nombreux. Ils examinent davantage qu'ils n'opèrent. Les véritables « techniciens » sont souvent les chirurgiens-barbiers, qui rasent les barbes le matin et amputent un bras l'après-midi. Les anesthésiques n'existent pas encore : mieux vaut être rapide.
À Paris, l'hôtel-Dieu offre un spectacle qui nous semblerait aujourd'hui incroyable. Plusieurs malades partagent parfois le même lit. Les épidémies y circulent facilement. Pourtant, c'est déjà un formidable laboratoire d'observation médicale. En voyant défiler des milliers de patients, les praticiens accumulent une expérience unique.
L’hôtel des Invalides
Au XVIIᵉ siècle, Louis XIV ajoute une pierre à cette histoire. En 1670, il crée l'hôtel des Invalides. L'idée est révolutionnaire : offrir un toit, des soins et une retraite aux soldats blessés ou devenus inaptes au combat. Jusqu'alors, beaucoup finissaient réduits à mendier. Les Invalides constituent sans doute l'un des premiers grands établissements publics entièrement consacré aux anciens combattants. Derrière le monument majestueux que les touristes admirent aujourd'hui se cache une véritable innovation sociale.
Pendant ce temps, les facultés de médecine gagnent en prestige. L'Université de Paris devient l'un des grands centres intellectuels de l'Europe. On y enseigne la médecine, mais aussi la méthode : discuter, comparer, transmettre le savoir. La France invente moins la médecine qu'elle ne construit un lieu où elle peut progresser sans cesse.
Médecine, université et savants
Le véritable tournant survient à la fin du XVIIIᵉ siècle. La Révolution bouleverse les institutions, mais conserve les hôpitaux, désormais davantage placés sous la responsabilité de la puissance publique. Au XIXᵉ siècle, tout s'accélère. Les salles deviennent des lieux d'enseignement. Les étudiants apprennent directement au chevet des malades. Cette « école clinique française » attire des médecins venus de toute l'Europe.
C'est aussi l'époque où les découvertes s'enchaînent. René Laennec invente le stéthoscope après avoir jugé peu convenable de coller son oreille sur la poitrine d'une jeune patiente. Claude Bernard fonde la médecine expérimentale. Louis Pasteur démontre le rôle des microbes, ouvrant la voie à l'asepsie, aux vaccins et à une révolution sanitaire. Les chirurgiens peuvent enfin opérer avec des chances de succès bien supérieures.
La Sécurité sociale
Au XXᵉ siècle, la médecine française bénéficie d'un autre atout décisif : son organisation. Après la Seconde Guerre mondiale, la Sécurité sociale permet à des millions de Français d'accéder aux soins sans être ruinés. Puis les centres hospitaliers universitaires (CHU), créés en 1958, regroupent dans un même lieu les soins, l'enseignement et la recherche. Le professeur soigne, enseigne aux étudiants et mène des travaux scientifiques. Peu de pays poussent aussi loin cette association.
Autrement dit, la médecine française n'est pas née d'un seul génie ni d'une invention miraculeuse. Elle est le produit de huit siècles d'accumulation. La charité, la science, l'université, les découvertes, l'organisation publique et la volonté de transmettre les connaissances se sont peu à peu additionnées.
L’aide à mourir
Le mot lui-même n’est-il pas trompeur, voire odieux ? Il y a encore quelques années, inciter quelqu’un à se donner la mort était rigoureusement interdit et puni pour non-assistance à personne en danger : 5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Avec un tour de passe-passe, François Hollande avait déjà préparé le terrain en décidant de confondre la souffrance et l’indignité ! Le Président Macron craignait-il, une fois de plus, d’être désavoué par un référendum ? La nouvelle loi sur l’euthanasie, au détriment des soins palliatifs, a donné raison aux droits et à l’individualisme, oubliant la recherche du bien commun qui est synonyme de fraternité. Ses détracteurs estiment que les « garde-fous » prévus ne sont pas suffisants pour éviter des « dérives ». Car l’on sait bien que le diable se cache dans les détails.
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35 commentaires
Simple question : comment le Grand Orient de France, la Libre Pensée et la Ligue des droits de l’homme (droits zhumains, peut-être ?) tolèrent-ils encore que nombre de nos hôpitaux continuent à être désignés comme « Hôtel-Dieu » ?
J’ai connu les bonnes soeurs hospitalières. Il ne faudrait peut-être pas trop idéaliser le tableau ! S’il est
vrai que bien des « bonnes » soeurs étaient dévouées, gentilles, admirables, d’autres se sont révélées de
vrais « chiens de garde », méchantes, acariâtes, insensibles … Ne les oublions pas !
Dans de nombreux domaines (soins hospitaliers, instruction et éducation, construction d’édifices communs, etc.) le christianisme comme choix de civilisation a montré l’exemple d’édification de notre société française. Le bénévolat réel permettait un équilibre au cœur de cette société.
Puis ce bénévolat a été complété par un salariat.
Puis remplacé purement et simplement par ce salariat et des organisations à but lucratif.
Il ne nous reste que le regret de l’époque du bénévolat.
horresco referens : c’est sous le régime de Vichy que l’assurance sociale a été élargie aux ouvriers et qu’a été mis en route le système de retraite par répartition
Les bienfaits du modernisme !!! On tue les « gentils » et on « chouchoute » les assassins !! Le monde à l’envers !!
Il faut reconnaître ses limites et l’aide à vivre n’est pas sans limites. Parfois elle dépasse même les limites et prolonge alors les souffrances. « L’aide à mourir », utilisée avec modération, peut être un utile antidote à une thérapie trop acharnée sans être suffisamment efficace.
Ne pas confondre « inciter quelqu’un à se donner la mort » et aider quelqu’un à se donner la mort.
Il serait temps de sortir de la confusion.
De même on pourrait croire que sans le « génie français », il n’y aurait pas d’hôpital et tout simplement pas de médecine en ce monde. Cela semble très enfantin, comme un joli conte de fés, dont on a même retirer les vaccins car ils peuvent faire peur de nos jours, dans une réaction antiprogressiste.
Ellajadeau,
Attention avant de prendre les autres pour des enfants.
Des centaines d’inventions françaises ont permis une avancée considérable pour la santé et la médecine, comme nulle part ailleurs ; de la transfusion sanguine sous l’Ancien régime jusqu’au coeur artificiel récemment. Oui pendant des siècles la France a été le médecin du monde.
Lisez, apprenez humblement ! L’enfant, c’est vous.
Alléluïa ! Sans la France, on en serait encore aux gaulois ! Les progrès, c’est nous !
Quelle chance a le reste du monde de nous avoir ! A part ça, les chevilles, ça va ?
Humblement la médecine française a tout inventé, et ne doit rien à l’étranger. Les étrangers sont des idiots et les français sont tellement supérieurs, et surtout humbles.
Merci pour ce bel article. Aujourd’hui, certaines Congrégations hospitalières se demandent si elles ne seront pas obligées de quitter la France comme à la Révolution
« depuis que la France s’appelle France » ? Jusqu’au XIVe siècle notre pays était nommé Gaule (et encore ainsi en Grèce). Seul le roi, fier dêtre l’envahisseur barbare, se nommait Rex Francorum. Et l’Hôpital c »est 1000 ans et pas 800. En 1080 les Hospitaliers fondent un hôpital à Jérusalem.
Hugues Capet , roi de France en 987 …. Robert II , roi au passage de l’an Mil ….
D’après une des IA , le premier hôpital en France a été l’hôtel Dieu, sur l’île de la cité, fondé il y a maintenant près de 1400 ans.
Et la France n’ayant pas le monopole de l’hospitalité, il y a certainement eu des hôpitaux plus anciens, notamment à Jérusalem il y avait peut être une certaine concurrence en 1080.
Et l’hôpital de Jérusalem a été créé par qui, Ejalladeau ?
L’auteur faisait probablement référence à l’essor des hôpitaux en France à partir du XIIIᵉ siècle, lorsque de grands établissements urbains se développent et que leur organisation devient plus structurée
Une grosse économie sur la sécurité sociale sur les retraites et des frais de succession pour combler la dette.
Bien sûr
Soigner, aider, accompagner celui qui souffre… Les belles choses héritées de notre histoire ont sombré par la volonté scélérate de tuer. Aider à mourrir dignement, ça n’est pas donner la mort, mais accompagner la personne en apaisant son corps et son esprit, c’est-à-dire diminuer ses souffrances physiques et calmer son esprit et son âme.
Lire le rapport du Dr. LEONETTI qui est parfait, pas pour la gauche bien entendu qui est toujours à contre courant. Le RN a voté aussi pour l’aide à mourrir bravo Marine . ?????
Et si la personne aidée ne se trouve pas soulagée et réclame une aide pour accélérer sa mort, on lui dit simplement qu’elle peut aller se faire voir ailleurs ?
Un reportage sur Arte « Pays Bas, l’aide à se donner la mort » montre une jeune fille dépressive qui a choisi l’euthanasie dans un hôpital. Elle donne ses organes, on l’endort d’abord pour le prélèvement qui doit être fait sur une personne vivante voire dans les 5 minutes après la mort clinique. La famille est là mais ne peut être présente jusqu’au bout à cause des prélèvements. Ambiance d’hôpital normale, feutrée, des capteurs, des écrans, …. elle meurt à 26 ans au lieu d’avoir des enfants, les vautours vendeurs d’organes sont contents.
Elle est pas belle la mort dans la dignité ?
Pibeque, votre exemple est mal choisi (s’il est authentique), car la dépression,
ça se soigne, et donc n’est pas un motif valable pour le recours à l’euthanasie.
Huit siècles d’aventure chrétienne pour faire tourner les hôpitaux … tout le mérite en revient en majorité aux religieuses qui pendant des siècles ont soigné les malades et ont été d’un dévouement exemplaire, il ne faudrait quand même pas l’oublier … elles ne sont plus là … on voit la différence … il n’y a jamais eu autant de misères.
Vous avez entièrement raison;
Donc le serment dr’Hippocrate est bafoué, si ce n’est nul et non avenu ?
Avec cette loi (je me refuse d’appeler cette loi « aide à mourir » !) sur l’euthanasie, on ne développera plus les centres de soins palliatifs, où deviendra moins prioritaire …..
Le serment d’hippocrate n’a rien à voir avec notre époque et ses progrès !
Ah les bons hôpitaux du moyen-âge, comme on les regrettent ! C’était le bon vieux temps, la mort était belle…
Ils faisaient le maximum avec le peu qu’ils avaient ( connaissances, équipements, ressources finances….) il faut sacrement contextualiser ! … et c’est grâce aux sacrifices, aux recherches et découvertes , à leurs réussites et à leurs echecs qu’on en est arrivé la. Donc Merci aux générations qui nous ont précédé et tracé le chemin !
Ne pas oublier Mr Macron surnommé le Mozart de la Finances 3450 milliards de dettes pour la France , dont lui même est responsable pendant son mandat de 1000 milliards en 10 ans, vient de s’apercevoir qu’il pourrait faire des économies substantielles en stoppant la création de nouvelles unités de soins palliatifs, voire même en promettant aux mutuelles qui se plaignent de ces coûts inutiles de les remplacer par le terme policé « Droit de l’aide à mourir ,bien évidemment dignement, pour faire court l’euthanasie .
Il n’ y a pas de petits profits , a quand la prochaine mesure encore pire ? Au point où on en est …..
Petit « détail » supplémentaire : il a AUSSI massacré les finances de la France durant sa participation au « gouverne et ment » de Flamby ! …
Exactement, la vie humaine n’a pas de prix
Comme partout où des permis de tuer existent, il est évident que les situations rendant légaux les encouragements dze toute sorte à donner ou se donner la mort vont être multipliées. Triste constat d’une régression tragique de la grandeur de l’humanité.
D’où l’importance, encore plus grande aujourd’hui, de ne pas rétablir la peine de mort même pour les pire criminels.
Vous en êtes ou vous avez beaucoup d’amis concernés ?