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Gaza : et maintenant ?

Les armes se sont tues à Gaza. Pour la quatrième fois en huit ans, Israël ne s’est pas contenté de montrer sa force, il s’en est servi. Pour la quatrième fois en huit ans, les Palestiniens ont mesuré ce qu’il en coûte de se mesurer à plus fort que soi. Près de deux mille morts, pour la plupart civils, dix mille blessés et un champ de ruines d’un côté. Près de soixante-dix tués, presque tous des soldats, de l’autre. Et maintenant, à quand la cinquième reprise de cette guerre inégale et inexpiable ? Et la sixième et la septième ? Et jusqu’à quand, et pour quel résultat ? Pour que d’un côté, du côté des vainqueurs, on cultive un peu plus encore le mépris et la haine de ceux que l’on hésite de moins en moins à considérer et à traiter comme des sous-hommes, pour qu’on leur serre un petit peu plus la vis, pour qu’on leur pourrisse encore un peu plus la vie ? Pour que dans l’autre camp grandissent encore la détestation de la puissance occupante et la solidarité avec ceux que les Israéliens appellent des terroristes, des criminels, et les Palestiniens des résistants, des héros, des martyrs ? Pour que l’État hébreu s’obstine et s’enfonce dans son refus de négocier avec l’adversaire, pour que les organisations palestiniennes qui accentuent leur emprise sur leur peuple aux dépens de l’Autorité officielle persistent à nier l’existence même d’Israël, une existence dont ils ont pourtant tous les jours la preuve et trop souvent sous forme de plomb durci ?

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment les Israéliens ont-ils pu confier le pouvoir à un homme qui affirme tous les jours sa volonté de violer les accords qu’ont signés ses prédécesseurs et les résolutions de l’ONU, donner carte blanche à M. Netanyahou, au Likoud et à la coalition de fanatiques nationalistes et religieux qui les soutiennent ? Comment les Palestiniens peuvent-ils faire bloc autour d’un mouvement qui ne voit en eux qu’une chair à canon et fait tout ce qu’il faut pour attirer sur eux le malheur et la mort ? Et les uns ou les autres sont-ils encore capables de s’arrêter, voire de faire marche arrière sur le chemin qui conduira un jour Israël à tomber plus bas que Netanyahou et les Palestiniens à verser dans un radicalisme islamiste pire encore que celui du Hamas ?

Quelle régression depuis qu’Arafat, chef de bande devenu sur le tard homme d’État, et Itzhak Rabin, faucon mué en colombe, enterraient la hache de guerre ! Tous deux l’ont payé de leur vie et l’espoir d’une coexistence pacifique entre deux peuples issus d’une même souche semble être mort avec eux.

L’installation incessante de colonies israéliennes sur le sol palestinien, les conditions indignes dans lesquelles sont réduits à survivre près de deux millions d’êtres humains sur l’enclave de Gaza, ce Guantánamo méditerranéen, la soumission contrainte et forcée de l’Autorité palestinienne aux diktats de la puissance occupante font le lit du Hamas dont les provocations font le bonheur de M. Netanyahou.

Ce n’est pas, ce n’est plus des protagonistes du drame sur lequel le rideau s’est levé il y a soixante-six ans qu’il faut attendre une solution. Trop de sang, trop de larmes, trop de mauvaise foi, trop de mensonges, trop de paroles vaines, trop de serments violés de part et d’autre. C’est d’ailleurs, des grands États spectateurs passifs ou complices d’une confrontation aussi stupide que dangereuse qu’elle peut encore venir. Que ne font-ils preuve vis-à-vis d’Israël d’autant de fermeté qu’ils en ont montré dans des occasions plus douteuses, et récemment encore pour condamner, accabler et sanctionner la Russie ? Et puisque les États-Unis continuent de soutenir inconditionnellement Israël quand il a tort aussi bien que lorsqu’il a raison, qu’attend la France pour sortir de sa torpeur et prendre l’initiative. Retrouvant les accents du discours historique qu’il prononça en 2003 devant l’ONU et renouant avec le temps où nous avions une politique étrangère, Dominique de Villepin esquissait, l’autre jour, le plan qui seul pourrait ramener la paix là où elle n’a plus droit de cité : la démilitarisation de la Palestine, l’interposition d’une force internationale entre le Goliath israélien et le David palestinien, la reconnaissance d’Israël par la Palestine et la reconnaissance par Israël de l’État palestinien dans les frontières qui lui avaient été reconnues en 1967. Mais peut-être préférons-nous assister au prochain round d’un combat qui n’aura de fin qu’avec celle d’un des deux adversaires.

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