La guerre des mots fait rage. Emmanuel Macron, qui se paye de mots, faute d’être un homme de lettres, riposte en employant ceux de l’adversaire – pardon, de l’ennemi : « Une dictature, ce n’est pas ça. » C’est quoi « ça » et c’est quoi une dictature ?

Qui dit « dictature » dit « dictateur ». Et un dictateur, dans l’imagerie populaire héritée du siècle passé, c’est un bonhomme qui porte un uniforme avec tout plein de médailles, chaussé d’une paire de bottes et qui hurle dans le micro, les yeux hallucinés, que son pays va instaurer un règne millénaire sur le monde entier. Emmanuel Macron, à l’évidence, ne répond pas à ce portrait. Donc, Emmanuel n’est pas un dictateur. Donc, nous ne sommes pas en dictature. C’est quand même pas compliqué à comprendre.

Et au fait, c’est quoi, « ça », selon Emmanuel Macron ? Ça, « c’est un endroit où toutes vos libertés sont maintenues ». On se pince. « Où on a maintenu tout le cycle électoral. » Merci, monsieur est trop bon ! Mais dans quelles conditions ? Lorsque les deux tiers des électeurs ne vont plus voter, lorsqu’on prolonge l’état d’urgence sanitaire au plus près de l’élection présidentielle, lorsque l’écrasante majorité présidentielle vote comme un seul homme, à quelques exceptions près – histoire de donner un semblant de diversité d’opinions -, toutes les mesures dictées par le gouvernement, évidemment que ce n’est pas la dictature. Ce n’est pas, non plus, la démocratie dans ce qu’elle a de plus joli-joli.

Et le Président de poursuivre sa démonstration : une dictature ce n’est pas « un endroit […] où on rembourse tous vos tests… » On se pinçait tout à l’heure ; maintenant, on s’étrangle. D’abord, une remarque : l’URSS disposait d’un système de remarquable reposant sur la gratuité, inscrite d’ailleurs dans la Constitution de 1936. L’une des Constitutions les plus démocratiques que l’humanité ait jamais connues, sur le papier… Donc, si on suit bien la logique macronienne, un pays où l’on ne rembourse pas les tests, c’est une dictature. Donc, en septembre, on passe en dictature, puisque les ne seront plus remboursés, afin d’inciter les gens à se faire vacciner.

Dans cette déclaration du président de la République, faite sur la route du dans les Pyrénées, le mot « cynisme » est employé pour qualifier ceux qui parlent de « dictature sanitaire ». Celui qui dit qui l’est.

Non, nous ne sommes pas en dictature, mais permettez-moi de vous rapporter le témoignage d’une amie qui s’est fait vacciner hier. De guerre lasse. Avant de recevoir « sa dose », on lui demande si elle est d’accord pour se faire vacciner. C’est le protocole. Elle répond qu’elle le fait pour ne plus être « emmerdée ». Bon, vous vous faites vacciner ou pas ? Bah oui. Très bien. Au suivant (là, j’invente, mais l’idée y est) ! Dans ce « vaccinodrome » de campagne, cette amie se sentit – ce sont ses mots – « chosifiée ». C’est pas un peu ça, la dictature ?

16 juillet 2021

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