Emmanuel Macron a parlé de « processus de décivilisation ». D’après Le Monde, c’est Jérôme Fourquet qui lui a soufflé cette « formule controversée ». Quelle « formule controversée » ? Qui pourrait nier, en jetant un œil dans la rubrique faits divers, ou même en mettant un pied dans la rue, que la France n’est plus, depuis longtemps, le parangon de raffinement et d’élégance qu’elle a pu être aux yeux du monde ? 

Mais ce constat à l’instant t n’est pas suffisant. Car par définition, un processus est un mouvement. Nous sommes dans la descente. Sans parachute. Et maintenant, on fait quoi ? 

Rien. C’est en tout cas l’option qui semble être retenue en haut lieu, comme si le Président avait tout donné à la droite avec cette « formule controversée ». Et, surtout, bon courage et bonne chance, car évidemment, la décivilisation est le retour à la loi du plus fort. 

Tels les passagers du Titanic, continuons à prendre le champagne sur le pont des premières, en robe de soirée comme au Festival de Cannes, à parler des subventions du cinéma d’auteur ou du sexe des anges… en attendant gentiment l’iceberg.

Ou, pire, nous accélérons le processus. Éric Piolle, qui veut déboulonner les fêtes chrétiennes, y travaille. D’autres, anonymes et violents, comme celui qui, en Corse, a décapité la Vierge Notre-Dame de Lavasina, se donnent aussi du mal. 

Après la décivilisation, Philippe de Villiers prédit la « recivilisation »… par l’islam. L’islam qui regroupe une partie massive de l’immigration, d’origine diverse mais unie par l’oumma. Et dont les mœurs s’imposent chez nous peu à peu. De façon très visible. Quand, en 2017, Emmanuel Macron disait que le voile islamique ne faisait pas partie de notre civilité, c’était une façon de dire qu’il était d’une autre civilisation que la nôtre. La racine latine est la même. C’était un constat juste mais vide : qu’a fait Emmanuel Macron pour endiguer cela ? 

Le succès d’Erdoğan auprès de la diaspora turque  (700.000 Turcs en France) n’est pas pour nous rassurer (64,8 % des voix au 1er tour, plus qu’en Turquie). Erdoğan qui, rappelons-le, en 1998, alors qu’il était maire d’Istanbul avait tranquillement fait siennes les paroles du poète nationaliste turc : « Les minarets sont nos baïonnettes, les mosquées sont nos casernes, et les croyants nos soldats. »  Une conception toute militaire, semble-t-il, de la recivilisation. Efficace mais pas dans la dentelle.  Autant le comprendre vite. 

Alors, on baisse les bras ? 

Dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu de  Charles Péguy, la « petite fille espérance », flanquée de la foi et de la charité, ressemble aux pèlerins clopinants, épuisés, qui ont suivi la route de Chartres du poète durant la Pentecôte : « Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs, Qui la tiennent pas la main, la petite espérance. S'avance. Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher. Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité, c'est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne. Et qui fait marcher tout le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite. » 

Qu’on soit catholique ou pas, plutôt rose ou plutôt réséda, comme dirait Aragon, on ne peut rester indifférents devant ces 16.000 jeunes-là. Ceux, par exemple, qui ont porté la croix en bois grandeur nature durant 30 km pour planter ce calvaire sur le lieu du bivouac. Même les grands médias ont couvert d’une façon tout à fait exceptionnelle cette 41e édition du pèlerinage de Chrétienté, comme s’ils avaient compris que cette civilisation portée disparue, de l’aveu même d’Emmanuel Macron, avait peut-être, pour le week-end, trouvé refuge en Beauce. 

Inscrire dans la Constitution française, comme le suggère ce lundi matin le sénateur Stéphane Le Rudelier, les racines chrétiennes dont Jacques Chirac n’a pas voulu dans la Constitution européenne est aussi une bonne idée.  

Charles Péguy a raison, on ne travaille jamais que pour les enfants. Et il ne faudrait pas que ceux-ci nous reprochent, un jour, d’avoir baissé les bras. À défaut de réussir à reciviliser, nous aurons essayé. Peut-être, citant saint Paul, pourra-t-on faire inscrire sur notre tombe, en guise d’épitaphe : « J’ai transmis ce que j’ai reçu. » Ou simplement, au moins : « J’ai fait ce que j’ai pu. » Et ce n’est déjà pas si mal. 

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29 mai 2023

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19 commentaires

  1. Nous avons un devoir envers nos enfants et nos petits enfants ,nous devons combattre pour « conserver » notre civilisation , notre culture judéo chrétienne , tous ces fondement qui font que nous sommes Français et nous resterons Français . Notre France , qui fut jadis le phare culturel et moral d’une grand partie du monde . C’est aujourd’hui une pétaudière ou règne une bacchanale totale sombrant dans la folie sous le regard béat des Français . Je ne peux m’empêcher de penser que la politique catastrophique de Macron mène la FRANCE vers la perdition .La FRANCE se meurt et nous avons ce devoir de la sauver face a l’invasion migratoire et cette politique abject et totalitaire .

  2. Pour moi , la recivilisation passera par les prochaines élections européennes . Les Français auront ils un sursaut de conscience et voter pour des partis qui veulent rétablir notre souveraineté. Des partis qui sauront dire Stop à cette immigration massive, qui met en danger nos valeurs traditionnelles . Simple exemple , aujourd’hui beaucoup de femme dans le métro parisien sont obligées de se couvrir d’un vêtement ample pour dissimuler une robe un peu courte. Qui imaginait ça il y a seulement trente ans ?

  3. Quand le sage montre la lune … l’imbécile trouve la formule « controversée ». Les imbéciles s’émeuvent plus de tel mot ou telle expression « risquant de faire le jeu de l’extrême droite », que des faits divers sanglants, des crimes abjects, des viols, des attaques permanentes contre notre civilisation qui sont devenus notre quotidien. La résistance commence déjà par ne pas baisser la tête, ne pas reculer, faire sentir que nous sommes présents sur notre terre, et que si certains pensent s’en emparer facilement et imposer leur loi, ils se trompent, ils devront combattre âprement et qu’ils n’obtiendront rien de nous. La recivilisation commence déjà par ne pas perdre notre terre, notre langue, notre culture, notre histoire, tout ce qui fait de nous un grand peuple au passé millénaire. Cela passe par l’amour de ce que nous sommes et non pas par la détestation de notre pays et de notre passé, car comment défendre et perpétuer ce que nous détestons ?

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