Affaire Lyhanna : le rapport qui met en cause les manquements majeurs de la Justice
Près de trois semaines après la découverte du corps de la petite Lyhanna, le 4 juin dernier, les conclusions promises par le gouvernement pour éclairer l’enchaînement qui a mené à la mort de la collégienne de 11 ans ont été dévoilées ce lundi après-midi depuis Matignon, après avoir été remises au Premier ministre.
« À travers ce premier rapport, il ne s’agit pas de stigmatiser mais de […] donner à comprendre », a, d’entrée de jeu, annoncé Stéphane Noël, chef de l’inspection générale de la Justice, appuyé dans sa prise de parole par celui d'un représentant de la gendarmerie, Jean-Michel Gentil.
Si rien dans le pré-rapport des fonctionnaires ne vient incriminer ou désigner nommément des responsables, ce qu’il y a à « comprendre », c’est que certains maillons de la chaîne des responsabilités ont laissé courir un individu déjà dans le viseur de la Justice, un prédateur laissé libre d’approcher la petite Lyhanna le 29 mai dernier, de la séquestrer, de la violer puis de la tuer. Des dysfonctionnements qu’avaient déjà évoqués certains membres du gouvernement, comme le président de la République, avant que le rapport ne rende ses conclusions.
Une plainte abandonnée pendant des mois
Le rapport se penche notamment sur la plainte déposée en août 2025 par la mère d’une jeune victime de Jérôme Barella, âgée de 10 ans à l’époque. La fillette accusait le père d’une camarade de l’avoir violée « une cinquantaine de fois » entre septembre 2024 et mai 2025.
La plainte est restée lettre morte pendant plus de deux mois au parquet d’Auch. « Le rapport objective un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure, tant de la part du parquet que de la gendarmerie », résument les inspecteurs, qui relèvent que « la procédure a été traitée comme une procédure ordinaire ou, à tout le moins, n’a pas été traitée comme une procédure prioritaire ».
Une succession de manquements
Il a en effet été démontré qu’après l’unique envoi matériel du dossier, sans mention d’urgence, le parquet de Toulouse, saisi en premier lieu en raison du lieu de dépôt de plainte, n’a pas signalé au parquet d’Auch, compétent en raison du domicile du mis en cause, la nature de la procédure ni son caractère urgent, que ce soit par téléphone ou par courriel.
À ce sujet — [EDITO] Lyhanna, périscolaire parisien, ASE… : la France livre ses enfants aux bourreaux
Pourtant, tout dans les antécédents judiciaires de Jérôme Barella, inscrits dans le logiciel juridique Cassiopée, témoignait de l’urgence de la situation : cet ancien agent technique, autrefois employé dans un lycée, avait été licencié pour son comportement « déplacé » envers des adolescentes. Il avait, en plus, fait l'objet d’une plainte pour viol déposée en 2022 puis classée sans suite.
Un nouvel aller-retour du dossier entre Auch et Toulouse, une erreur de saisie de la brigade de gendarmerie compétente et l’absence d’enquête qui aurait dû être diligentée par l’officier de police judiciaire de la brigade de Lectoure, dépendant du parquet d’Auch, se sont cumulés : Jérôme Barella n’a été ni entendu, ni placé en garde à vue, encore moins mis en examen durant les neuf mois qui ont suivi le dépôt de plainte, jusqu’à la mort de Lyhanna.
Le rapport indique pourtant qu’aucune circonstance particulière ne permet d’expliquer ces négligences : ni surcharge du parquet des mineurs d’Auch, ni vacance de postes. Le Parisien révèle même que « moins d’une dizaine de viols » y font actuellement l’objet d’une enquête, sur une trentaine de délits et crimes commis sur des mineurs.
Raison pour laquelle « les syndicats de magistrats qui ont immédiatement défendu leurs confrères sur la question des moyens se mettent le doigt dans l’œil », réagit le directeur de l’Institut pour la justice, Pierre-Marie Sève.
Au-delà des fautes individuelles
Pour autant, dans cette affaire qui met davantage en cause un manque de priorisation et de suivi d’une plainte qu’un laxisme systémique, selon le juriste, rien ne doit faire oublier les responsabilités à plus grande échelle dont semble avoir voulu se dédouaner très rapidement le gouvernement. Aucun de ses membres, rappelle Pierre-Marie Sève, n’a évoqué la nécessité d’une réforme en profondeur du système judiciaire français, notamment celle du Conseil supérieur de la magistrature dont découle, selon lui, les nombreux dysfonctionnements de la Justice.
« Au cœur de cette affaire, je pense qu’il y a surtout eu des erreurs ponctuelles et des défaillances ponctuelles. Mais ces défaillances rappellent que la Justice française est, de manière générale, dans une situation de faillite depuis déjà longtemps. » Si le collectif, qui défend régulièrement une plus grande responsabilisation des juges face aux décisions de justice, « salue le fait qu’un ministre évoque de possibles sanctions individuelles », c’est dans une « réforme constitutionnelle » qu’existe, à ses yeux, « une marge d’amélioration significative ».
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65 commentaires
Comme prévu, ce sont des lampistes qui trinquent! Deux gendarmes et un greffier.
Dans l’affaire Lyhanna, il s’agit de fautes ou de négligences personnelles ou administratives , mais la justice étant gérée par des humains, il peut y avoir des loupés…
Ce que je peux pas supporter, c’est le laxisme dont font preuve les juges en général dans leurs jugements, y compris pour des crimes graves comme l’assassinat, le terrorisme, les viols etc….et la façon dont ils abusent du sursis , des remises et des aménagements de peines…
Darmanin s’en sortira » les cuisses propres »… C’est ainsi en macronie.
Vous connaissez un ministre qui a officiellement été sanctionné pour une erreur, une faute, un oubli ?
Ce ne sont pas seulement le manque de moyens…si j’ai bien tout compris, ce sont bien les juges de gauche qui rendent les non sentences comme des cours d’équitation, kayak ou autres trucs sympas et qui relâchent les racailles a un tiers de leurs peines.
Je n’aime pas particulièrement les Juges, mais comme pour la gendarmerie, Police, Procureur, le grand responsable de ces errements, est le législateur incapable de faire une loi aux textes clairs. Sans parler des textes non abrogés.
Il faut faire le grand ménage au sein de notre appareil politique.