À Metz, les laïcards s’insurgent contre le financement de la venue du pape

Certains pourfendeurs du financement des cultes semblent oublier les particularités du droit local français.
Capture d'écran Le Jour du Seigneur.
Capture d'écran Le Jour du Seigneur.

La venue du pape Léon XIV à Metz, prévue le 28 septembre 2026, ne suscite pas seulement l’enthousiasme des catholiques et de nombreux Français. Elle ravive également les critiques de plusieurs individus sur l’utilisation de l’argent public. La municipalité messine a ainsi prévu une enveloppe de 500.000 euros pour accompagner l’organisation de cette journée exceptionnelle. Une décision qui a provoqué la réaction d’associations se réclamant de la laïcité, mais dont les critiques semblent oublier une particularité essentielle du territoire mosellan : la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 ne s’y applique pas comme dans le reste de la France.

Les 500.000 euros de la discorde

Le 10 juillet, le conseil municipal de Metz a adopté son budget supplémentaire pour 2026. À cette occasion, une provision de 500.000 euros a été prévue pour l’accueil du pape Léon XIV, dont la visite à Metz doit constituer l’un des temps forts de son voyage en France. Selon les précisions données lors de la présentation budgétaire, 250.000 euros sont inscrits en investissement et 250.000 euros en fonctionnement. La municipalité présente cette dépense comme une participation à l’organisation et à l’accueil d’un événement d’ampleur internationale pour la ville. Le pape doit notamment célébrer une messe pour la paix dans le monde, un rendez-vous que le maire François Grosdidier (divers droite) entend inscrire dans l’histoire de la cité. Il estime ainsi, auprès de France Info, que Metz peut être « un exemple de ville où s’est joué la réconciliation et la paix donnée au monde ».

Cependant, cette décision a rapidement provoqué une contestation. L’Union des familles laïques de Moselle a saisi la préfecture et demandé des explications sur l’utilisation de cette somme. Son président, Matthieu Gatipon-Bachette, assure que l’association « n’a rien contre la visite du pape » et n’est pas opposée à ce que les fidèles puissent célébrer leur culte. L’UFAL critique, en revanche, « les dépenses qui sont liées » à cette visite et « mises à la charge de la collectivité ». Le débat pourrait sembler évident au regard de la loi française. L’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 dispose, en effet, que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Cependant, s’arrêter à cette seule disposition revient, précisément, à oublier que cette loi ne s’applique pas partout sur le territoire français.

À Metz, la loi de 1905 ne s’applique pas

Lorsque la loi de séparation est votée en 1905, Metz n’est pas française : la Moselle fait alors partie de l’Empire allemand depuis l’annexion de 1871. Lorsque le territoire redevient français en 1918, la République choisit de maintenir le régime local des cultes, dont le concordat, qui sera confirmé par la loi du 1er juin 1924. Le concordat lui-même remonte au 15 juillet 1801, lorsque Bonaparte, Premier consul, signe avec le Saint-Siège un accord destiné à rétablir la paix religieuse en France après la Révolution. Il organise notamment les relations entre l’État et l’Église catholique.

Aujourd’hui, encore, quatre cultes sont reconnus par le droit local : les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite. Certains de leurs ministres sont rémunérés par les pouvoirs publics et le droit local prévoit également des interventions particulières des collectivités dans le domaine cultuel. Le Sénat rappelle notamment que le droit local des cultes comporte des dispositions relatives aux ministres du culte, à l’entretien des édifices et à l’organisation des cultes.

Une exception française, pas une entorse à la laïcité

L’Alsace-Moselle n’est d’ailleurs pas la seule exception française. En effet, la loi de 1905 ne s’applique pas, non plus, à plusieurs territoires ultramarins, mais là encore, les situations ne reposent pas toutes sur les mêmes textes. En Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, ainsi qu’à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la loi de 1905 s’applique. En revanche, la Guyane, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon connaissent des régimes particuliers. Dans plusieurs de ces territoires, les relations entre les pouvoirs publics et les cultes sont notamment organisées par les décrets Mandel de 1939 qui permettent l’existence de missions religieuses dotées d’une personnalité juridique et n’interdisent pas le financement public des cultes.

Le cas de Mayotte est particulièrement révélateur. L’île est devenue un département français en 2011 sans que cette départementalisation n'entraîne automatiquement l’application de la loi de 1905. Son régime des cultes demeure donc particulier. Le culte musulman y est notamment soumis à des règles spécifiques liées à l’histoire de l’île, tandis que le culte catholique relève notamment du régime issu des décrets Mandel.

Une venue bénéfique pour Metz

À Metz, la polémique autour de la venue de Léon XIV révèle un débat qui dépasse largement la seule question budgétaire. Derrière la défense affichée d’une conception uniforme de la laïcité, certaines critiques donnent plutôt le sentiment de viser moins la dépense publique que la place même du christianisme dans la cité. La laïcité devient ainsi, dans leur discours, non plus seulement une garantie de la liberté de conscience et de l’impartialité de l’État, mais plutôt une forme d’anticléricalisme. À cela s’ajoute une réalité que les détracteurs de la dépense de Metz semblent parfois négliger : Léon XIV n’est pas seulement le chef de l’Église catholique, il est aussi le souverain de l’État de la Cité du Vatican. L’accueil d’un tel hôte, au statut si particulier, implique nécessairement des dispositifs tout aussi particuliers. L’événement devrait également produire des retombées économiques pour la cité, alors que les capacités hôtelières sont fortement sollicitées à l’approche de la visite. La dépense engagée apparaît ainsi comme un investissement pour Metz et, plus largement, pour la France, avec des retombées attendues – sans parler des retombées spirituelles –, tant sur le plan médiatique qu’économique.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

94 commentaires

  1. Par contre il faut critiquer le système de billetterie mis en place pour la venue de Léon XIV à Metz. J’ignore si c’est le diocèse, l’église de France ou la préfecture qui a demandé cela, mais le fait d’avoir permis la vente de place en exclusivité aux groupes de plus de 10 personnes une quinzaine de jours avant que les personnes seules puissent récupérer leur sésame était une discrimination inacceptable. Résultat des courses, beaucoup de messins se retrouvent dans la situation de ne pas pouvoir assister à la venue du pape dans leur propre ville. Les bus remplis de parisiens ayant obtenu en priorité leurs billets sur les fans zones.

  2. Il aurait été intéressant de rappeler les liens entre l’UFAL et la franc-maçonnerie. Bien souvent derrière ces associations militantes, c’est la position maçonnique qui est défendue.

  3. Tous ceux qui emploient ( avec délice ) le terme de « laïcards » ignorent complètement ce que veut dire
    le mot « laïcité » … Et ils sont nombreux ! Dommage …

  4. Curieusement, on n’entend pas ces laïcards contester le financement de mosquées par ce même maire.

    • Je crois savoir que le T Administratif a annulé cette subvention, suite à des plaintes, le maire a fait appel, mais il a du gruger autrement, faire un loyer très bas pour le terrain ou avoir céder, je ne sais franchement pas, mais on voit de quel côté est ce maire, qui aurait du être révoqué pour trahison, et utilisation de l’argent qui ne lui appartient pas mais aux administrés et combien sont comme lui ?

  5. Il n’y a que le catholicisme en tant que religion qui gene apparemment. Cela pour moi est une preuve de plus de la vérité car elle gene ceux qui ont peur de la lumière.

    • Peur de la lumière…
      Quelle Lumière; celle du Vatican qui a largement les moyens financiers pour payer ses déplacements.
      Le Pape devrait venir en France et donner une partie de La Fortune du Vatican pour soulager la misère des français qui ne mangent pas à leur faim.
      Mais là ce n’est pas gagné.
      Quelle hypocrisie…
      Un Dieu bon et tout puissant!!!
      Merci Mon Dieu pour toute la misère du monde!!!

      J’ose espérer que ce Pape n’ira pas à Lourdes comme son prédécesseur pour saluer les Marchands du Temple
      Jésus de Nazareth ne mérite pas ça

      • Le successeur de Pierre est loin d’être parfait et c’est depuis le début comme cela celui qui a renie Jésus est devenu la pierre sur laquelle est bâti son Église. Nous ne sommes que des hommes et le pape aussi… L’ordination ne le rends pas saint.
        D’autre part quand je parle de lumière, je reprends l’Evangile : Jean 3:20.

      • De plus, je vous avoue que j’ai du mal avec cela, je préfèrerai un tel engouement dans les paroisses de France tous les dimanche.
        Comme je n’ai pas besoin de voir pour croire, encore que voir avec les yeux ce n’est que se fier aux sens trompeurs…

  6. Taisez vous les laïcards vous êtes hors sujet! Taisez vous les auteurs de cette palinodie vous argumentez de travers! Recevoir le Pape à Metz par la grâce de son Maire qui traîne une abondante batterie de cuisine derrière lui… pour y célébrer la mémoire d’un minable politicien au passé au moins douteux, telle est la réalité de l’événement.
    Quand on ne sais pas de quoi on parle, on évite le commentaire élusif et on la ferme.

  7. Il est de très loin préférable de recevoir sa sainteté le pape en France que n’importe qui à l’Elysée ou à Versailles .Exemple le nouveau président Syrien ex terroriste.

  8. Ces incultes oublient que le pape est un chef d’Etat, celui du Vatican. En général, ils ne s’offusquent pas…

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

L’héritage des boomers fait grincer la gauche car ce sont des Français de souche
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois