[POINT DE VUE] Harald V (1937-2026), dernier monarque de l’Europe du XXe siècle
Le roi de Norvège Harald V vient de mourir, à l’âge de 89 ans. Il avait connu la guerre, la difficile adaptation des monarchies européennes à la modernité, les scandales, les difficultés de tous ordres, et avait affronté tout cela avec une dignité qui correspondait à sa fonction. Le prince héritier Haakon lui succède, selon le principe de transmission ininterrompue de la Couronne qui prévaut dans toutes les régimes dynastiques, mais les choses vont être différentes, bien entendu...
Lorsqu’il voit le jour en 1937, les royaumes européens ont commencé à décliner. C’en est fait de l’Autriche-Hongrie et de la Russie. La saignée des peuples occidentaux a fait chanceler les vieux équilibres. Le roi d’Angleterre n’a pas soutenu son cousin Nicolas II ; la maison d’Oldenburg, qui a fourni la plupart des rois d’Europe et dont descend la famille de Norvège, a cédé du terrain. Harald, lui, concentre dans son arbre généalogique les tourments des décennies qui l’ont précédé : sa mère est une princesse de Suède et, par ses parents, il descend donc à la fois des Bernadotte et de la reine Victoria. Héritage lourd et suranné dont il ne se rend pas bien compte car, pour le moment, c’est la guerre, et la famille royale norvégienne doit fuir face à l’invasion nazie, d’abord en Suède puis à la Maison-Blanche, chez Roosevelt – qui est un ami de ses parents.
À la fin de la guerre, Harald a huit ans. Les années cinquante font de lui un prince héritier bien sous tous rapports : diplômé de l’école d’officiers de son pays, il s’initie à l’avion et représente son pays aux Jeux olympiques, dans l’équipe de voile. Il rencontre aussi une jolie roturière, pour laquelle il est prêt à renoncer au trône et s’oppose à son père pendant neuf ans. On n’est plus à l’époque du duc de Windsor, ex-Édouard VIII : le roi de Norvège cède. Avec la reine Sonja, Harald aura deux enfants qui, à leur tour, feront des mariages atypiques. Haakon épousera une serveuse, mère célibataire, tandis que Martha Louise convolera avec un écrivain, puis avec un chaman afro-américain.
Des discours qui ont cédé à la mode du temps
Le roi de Norvège représentera son pays sans faute, en ce qui le concerne. Toujours fédérateur, toujours mesuré, toujours bienveillant : impeccable. Tout au plus pourra-t-on lui reprocher d’avoir cédé à la mode du temps, avec des discours sur l’écologie, le climat, l’inclusivité, la cohabitation des religions. L’avenir dira si c’était une bonne idée.
Depuis le début des années 2000, des problèmes de santé récurrents l’avaient contraint à céder la régence, à plusieurs reprises, à son fils Haakon. Les problèmes judiciaires du fils de la princesse Mette-Marit et les liens de cette dernière avec Epstein n’avaient pas dû l’aider à remonter la pente. Les conférences de la princesse Martha Louise sur la communication avec les anges et son interview façon Harry et Meghan, sur Netflix, non plus... mais bon, vous savez ce que c’est, never explain, never complain.

Capture d'écran Le Figaro.
On pourra trouver que les nécrologies royales sont d’un autre temps. Ce serait méconnaître l’idée royale, qui n’est d’aucun temps, méconnaître, aussi, la façon dont la monarchie norvégienne a réussi, grâce à son roi, à naviguer entre les récifs de la modernité, avec plus ou moins de bonheur, mais en sauvegardant l’essentiel. Avec la mort d’Harald V se referme un chapitre de l’Histoire européenne. Il était le dernier monarque du Vieux Continent à avoir connu la guerre. Les années qui s’annoncent présentent de nouveaux défis. Le plus important, pour les royaumes qui survivent en Europe, est probablement de se souvenir, en cette époque de selfies, de comptes Instagram et d’une pauvreté narcissique devenue paradoxalement uniforme, que le roi ne s’appartient pas. Comme tous les chefs, il n'est pas là pour se faire un prénom : il est là pour transmettre. C’est la beauté et la grandeur du métier ; c’est aussi, pour les princes avides de vaine gloire, la tristesse et l’ingratitude du sacerdoce royal. Ainsi va le monde. Longue vie au roi !
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10 commentaires
Je ne fais pas souvent de commentaires mais cet article m’a fait bondir. Française, installée en Norvège depuis de nombreuses années, je vois depuis 3 jours des milliers d’adultes, d’enfants, de norvégiens de souche, d’immigrés, de personnes de toutes confessions venir déposer des fleurs, des dessins et pleurer le roi, l’homme et le grand père de toute une nation. Une société apaisée, fière de son pays et solide sur les valeurs à transmettre. Un souverain attaché à son peuple , amoureux de la nature et toujours à l’écoute. Le choix de laisser ses enfants décider de leur conjoints n’a pas eteyfacilr mais explicable car lui même avait dû attendre neuf ans avant d’obtenir le droit de se marier avec celle qu il voulait. Je pense qu il serait difficile de trouver quelqu’un de cette qualité à mettre à la tête de la France . Cet article est nul et totalement gratuit, les commentaires de gens qui ne savent pas non plus de quoi ils parlent.
Bien sûr que je ne sais pas de quoi je parle. Difficile de trouver quelqu’un de cette qualité à mettre à la tête de la France . Ah oui? On en a eut un défilé continu, de « gens ouverts d’esprit » depuis des décennies et on voit ce que cela donne. Au Danemark et en Suède aussi ils sont « ouverts d’esprit » et pratiquent une politique moins permissive d’immigration. La Norvège est dispensée d’après vos dires : tant mieux pour elle et pourvu que ça dure.
« Des discours qui ont cédé à la mode du temps » ben non mon cher monsieur : une mode c’est passager. Pas parce que tout le monde fume le tarpé, chante l’écologie, le climat, l’inclusivité, la cohabitation des religions qu’il faut le faire; d’autant plus qu’il a subi une éducation des plus soignée.
S’il n’était pas capable de comprendre qu’il faisait fausse route c’est qu’il manquait d’intelligence.
Mais il ne manquait pas d’intelligence. Et son fils maintenant roi est de la même trempe. Bienveillant s pour le peuple ouverts d esprit ..quant aux questions de la protection de la nature elle est dans les gènes des Norvégiens et pas une mode.
Merci, j’apprécie qu’à BV vous nous donniez un commentaire sur un sujet d’actualité qui apparemment ne nous concerne pas, voire qui peut paraître sans intérêt.
Car c’est malgré tout utile de regarder ce qui se passe au delà de notre nombril. Ne serait-ce que par respect et sympathie pour les Norvégiens.
Juste un détail, je n’ai pas saisi l’expression « d’une pauvreté narcissique devenue paradoxalement uniforme », pouvez-vous me l’expliquer ? (NB : ce n’est pas un reproche). Merci, car je sens que c’est important de la comprendre.
Un vrai Roi , rien à voir avec le couronné anglais…
Merci pour ces infos. Je retiens surtout cette phrase : le roi ne s’appartient pas. Comme tous les chefs, il n’est pas là pour se faire un prénom: il est là pour transmettre. A mettre en relation avec la vocation de chaque baptisé : appelé à être « prêtre, prophète et roi » …
Il était quand même mieux que l’autre roitelet anglais
Le roi Harald avait toute ma sympathie, et je souhaite qu’il jouisse de la paix de Dieu. À vrai dire, je ne sais presque rien de l’éducation de ses deux enfants, les princes norvégiens; toutefois, le fait qu’ils aient tous deux empruntés des voies aussi peu appropriées incite à s’interroger sur l’éducation qu’ils ont reçue. Si l’on ajoute à cela, les éléments fournis par l’auteur de l’article – à savoir une trop grande concession aux modes de l’époque – le tableau me semble complet: une éducation fort peu adaptée a des personnes de sang royal, conjuguée a une intelligence limitée de leur part , a donné deux princes qui n’ont pas été à la hauteur.
Bien comme toujours