[CINÉMA] Oklahoma Honey, une Amérique solidaire comme un essaim d’abeilles
Il ne s’agit que de son deuxième long-métrage et, pourtant, Andrew Patterson y fait montre déjà d’un réel sens du rythme et de la mise en scène. Oklahoma Honey, sorti sur nos écrans le 19 août, est un petit film de terroir bourré de maladresses mais au charme fou. Un long-métrage de plus de deux heures mais au budget restreint, réalisé par un passionné de musique qui n’a jamais quitté l’État dans lequel il est né.
Au départ, Patterson envisageait le récit d’un western mettant en scène une Amérindienne choctaw déterminée à venger la mort de son père, tué par un cow-boy. Puis, quelque temps plus tard, en cherchant un projet plus réaliste financièrement, le cinéaste se tourna vers un couple d’amis qui possédait une exploitation apicole et qui accepta de lui prêter les lieux. « C'est alors, confie Andrew Patterson, dans le dossier de presse du film, que j'ai fait le lien entre mon travail avec les Choctaws, cette famille d'apiculteurs et un troisième élément : la musique. » Oklahoma Honey était né.
Des solidarités sociales
Le récit suit Amziah King, un apiculteur chevronné, spécialisé dans le miel de trèfle blanc, qui, sur son temps libre, joue avec les marginaux du coin de la musique bluegrass, une branche de la country fortement inspirée du blues et de la musique traditionnelle anglo-irlandaise, dominée par les instruments à cordes. Charismatique, intègre, Amziah King, connu et reconnu dans la région, accepte un soir d’aider la police à identifier le propriétaire de vingt barils de miel qui ont été volés la veille puis récupérés par hasard ; son idée précise étant de faire fondre un baril afin d’y trouver au fond la « signature » du véritable propriétaire. Hélas, suite à un malencontreux accident qui aura coûté le scalp de l’un de ses camarades (!) – une séquence à hurler de rire –, Amziah passe la nuit à l’hôpital des environs et rencontre le lendemain, dans un diner*, une jeune femme qu’il avait adoptée des années auparavant, Kateri, lorsqu’il faisait famille d’accueil avec sa défunte épouse.
Rapidement, l’apiculteur-musicien et l’Amérindienne choctaw rattrapent le temps perdu ; Amziah intègre Kateri à son environnement et l’initie à l’apiculture.
Un récit en deux actes inégaux
Portée intégralement par l’excellent Matthew McConaughey, qui interprète ici le rôle d’Amziah King, cette première partie du récit est, sans conteste, la plus enjouée, la plus créative sur le plan de la mise en scène et la plus captivante. Le comédien texan, qui avait brillé dans Killer Joe, dans Mud, dans The Dallas Buyers Club, dans Interstellar ou encore dans la première saison de True Detective, nous introduit joyeusement avec son bagout légendaire dans une Amérique profonde où la débrouille le dispute quotidiennement aux solidarités sociales et à l’entraide, un peu à l’image d’une ruche dont les abeilles travaillent collectivement à la confection du miel ; le parallèle est largement explicité à l’écran.
À cette Amérique des solidarités, Andrew Patterson oppose directement celle des grands exploitants agricoles aux pratiques impitoyables, celle qu’il décide précisément de prendre pour cible dans la seconde partie du film et que personnifie le dangereux Dob McCoy (Kurt Russell). Porté par Angelina LookingGlass, qui joue le rôle de Kateri, ce second segment d’Oklahoma Honey, au propos plus convenu (manichéen ?), nous fait soudainement basculer dans un récit de vengeance au sous-texte woke ethnico-revanchard (l’Amérindienne contre le méchant cow-boy blanc) qui, loin de nous emballer, s’avère longuet et moralement douteux, l’héroïne sacrifiant au passage une victime innocente dans l’indifférence la plus totale du réalisateur et l’euphorie générale…
* restaurant populaire
3 étoiles sur 5
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3 commentaires
Grâce à vous (Boulevard Voltaire) j’ai vu deux bons films « Sur la route d’Omaha » et « Un grand malentendu » j’irai voir celui là malgré mes hésitations au vu de la bande annonce … Bonne continuation BV !
J’irai voir le film. Comme quoi il n’y a pas de miel sans fiel. Je sais aussi par des études récentes sur le monde des abeilles qu’il y a des ruches en rut, des mutineries qui peuvent conduire parfois à tuer la reine. Nous donnons toujours le mauvais exemple aux travailleuses. Comme j’aime la country, j’aurai l’oreille bourdonneuse et volerai sur l’aile musicale. » Si la musique avait des ailes… »
Pt être à voir.