Affaire Giesbert-CNews : une levée de boucliers inédite contre l’Arcom

Fallait-il contredire Franz-Olivier Giesbert ou regarder les faits ? Le rappel à l’ordre de CNews provoque un tollé.
Capture d'écran CNews.
Capture d'écran CNews.

Il ne s’agit officiellement que d’un rappel à l’ordre mais, cette fois, la décision ne passe pas. En reprochant à CNews de ne pas avoir contredit Franz-Olivier Giesbert lorsqu’il évoquait le sort des Juifs à Roubaix, l’Arcom a provoqué une levée de boucliers inhabituelle. Journalistes, essayistes et intellectuels l’accusent désormais d’ignorer les faits et de se comporter en « police de la pensée ».

Des propos « non contredits »

La séquence remonte au 22 mars, soir du second tour des élections municipales. David Guiraud vient de conquérir Roubaix avec 53 % des suffrages. Dans son discours de victoire, le nouveau maire LFI annonce notamment des « actions particulières pour les peuples du Liban et de la Palestine ». Sur le plateau de Laurence Ferrari, Franz-Olivier Giesbert affirme qu’il « n’aimerait pas être juif à Roubaix » et prédit que les derniers membres de la communauté juive locale seront « sans doute obligés de partir ».

Saisi par des téléspectateurs, le régulateur de l’audiovisuel examine la séquence lors de son assemblée plénière du 30 juin. Sa décision est publiée le 5 août. L’autorité estime que ces propos, « non contredits ou mis en perspective en plateau », ne reposaient sur « aucun élément sourcé ou étayé ». Ils ne satisferaient donc ni à « l’exigence d’honnêteté et de rigueur » dans la présentation de l’information ni à « l’obligation de maîtrise de l’antenne »

Franz-Olivier Giesbert a accueilli le rappel à l’ordre avec une ironie cinglante : « Merci à l’Arcom pour cette "décoration" qui m’honore. » Le journaliste accuse l’institution de ne plus avancer masquée et conclut son message par un retentissant : « Vive la liberté d’expression ! À bas la police de la pensée ! »

Un devoir de contradiction à géométrie variable

Que reproche, exactement, le régulateur à Laurence Ferrari ? De n’avoir pas opposé, en direct, une opinion contraire à celle de Franz-Olivier Giesbert. Ce principe brandi par l’Arcom doit-il être systématiquement appliqué ? Lorsqu’un invité décrit le RN comme un parti « d’extrême droite », le présentateur doit-il immédiatement réclamer des sources et organiser la contradiction ? Chaque dénonciation d’un prétendu « génocide » à Gaza doit-elle être suivie d’un exposé contraire ? Faudrait-il interrompre toute appréciation politique pour la soumettre à une procédure de vérification en temps réel ?

L’écrivain Alexandre Jardin voit dans cette affaire une dérive particulièrement inquiétante. « Si un régulateur commence à décider qu’une opinion exprimée à l’antenne doit obligatoirement être contredite, pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? », interroge-t-il, dans un entretien accordé à Atlantico. Le journaliste Jean-Sébastien Ferjou s’interroge sur les conséquences d’un tel précédent : faudra-t-il sanctionner tous les médias laissant affirmer sans contradiction que la France serait « un enfer islamophobe et raciste » ? « Autant fermer le service public », ironise-t-il, tant les amendes risqueraient alors de pleuvoir. L’essayiste Céline Pina dénonce, pour sa part, une conception aberrante du contradictoire qui « évacue tout rapport au réel et à la quête de vérité ». Quant à l’avocat Gilles-William Goldnadel, il accuse l’Arcom de vouloir empêcher « l’un des plus grands journalistes français de dire la vérité » et conclut : « Orwell ressuscité. »

Rarement une simple intervention du régulateur aura suscité une riposte aussi nombreuse et aussi virulente.

À Roubaix, une communauté juive en voie de disparition

Reste la question essentielle : les propos de Franz-Olivier Giesbert ne reposaient-ils vraiment sur « aucun élément sourcé ou étayé » ? L’histoire locale apporte une première réponse. Une communauté juive s’était constituée, à Roubaix, après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, en 1871. Une synagogue fut ouverte, rue des Champs, dans les années 1870, puis le culte se poursuivit dans un oratoire privé. Celui-ci resta en activité jusqu’au début des années 1990, lorsque le responsable de la communauté remit le Sefer Torah à la communauté juive de Lille, marquant la fin du culte israélite organisé à Roubaix. Une plaque commémorative fut dévoilée en 2015 à l’emplacement de l’ancienne synagogue. À cette occasion, Charles Sulman, alors président régional du CRIF, estimait qu’il ne demeurait dans la ville que « cinq ou six familles juives ».

N’en déplaise à l’Arcom, la population juive a bel et bien fui Roubaix. On ne manque, d’ailleurs, nullement d’éléments « sourcés ou étayés » pour expliquer le phénomène. En 2022, un numéro de Zone interdite consacré à l’islam radical à Roubaix avait braqué les projecteurs sur la ville. Le juriste Amine Elbahi, qui avait dénoncé la compromission d’une association locale et de certains élus, avait ensuite dû être placé sous protection policière.

À cela s’ajoute le profil du nouveau maire LFI, David Guiraud, en raison de son soutien à la cause dite « palestinienne ». Sa référence aux « dragons célestes », expression utilisée sur Internet pour désigner péjorativement les Juifs, lui avait valu une plainte de l’Observatoire juif de France. On se souvient, aussi, de ses propos sur l’ex-député Meyer Habib, qu’il avait animalisé et traité de « porc », de sa proximité avec le délicieux Mehdi Meklat qui appelait Hitler à « tuer les Juifs » ou encore de ses propos accusés de nier les horreurs du 7 octobre 2023. Pendant la campagne municipale, même certains responsables de gauche avaient exprimé leurs réserves sur le personnage. Des accusations d’antisémitisme et de proximité avec l’islam radical rendaient toute alliance avec lui toxique, relevait alors Le Monde.

Au lendemain de son élection, interrogé sur ses accusations de racisme, David Guiraud avait assuré qu’il n’existait « pas de discrimination des Juifs à Roubaix ». Mais combien sont-ils encore sur place pour témoigner du contraire ?

Une vérité trop dérangeante

La sortie de Franz-Olivier Giesbert sur CNews était crue et sans doute choquante pour des oreilles trop habituées à la langue de bois qui règne sur d’autres plateaux télé. Elle n’en était pourtant pas moins juste. À Roubaix, la synagogue a fermé, les institutions communautaires ont disparu et les familles juives ne sont plus qu’une poignée. Mais, aux yeux de l’Arcom, le problème semble moins résider dans cette disparition que dans le fait de la commenter à l’antenne. Comme si la vérité devenait soudain répréhensible lorsqu’elle dérange trop fortement le récit officiel du vivre ensemble. Rappelons qu’en 2024, déjà, l’Autorité avait infligé à CNews une amende de 50.000 euros en raison d’une séquence dans laquelle le journaliste Geoffroy Lejeune avait accusé « l'immigration arabo-musulmane » d'être liée à l’explosion de l'antisémitisme. Il faut croire que c’est ce lien qui doit absolument être contredit, voire médiatiquement interdit.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

101 commentaires

  1. On vivait tellement mieux sans l’arcom, le bon sens régnait… A force de contraindre le peuple par tous les moyens et même l’argent, annonce toujours le début d’une révolution. La gauche peut tout dire mais les autres doivent se taire alors que la gauche que la gauche en faisant cela pousse tous les autres a vouloir s’exprimer aussi librement. Soit on a tous les mêmes libertés soit on a tous les mêmes chaînes, mais ce que l’arcom impose maintenant c’est la gestapo de l’information…

  2. Très bon article de Monsieur Kast. Très bonnes précisions de M. Efel, sous ces deux réserves : si M. Kast avait écrit « soi-disant génocide » , il aurait pris parti pour la version de certains Palestiniens et LFIstes. Le terme « prétendu » indique bien qu’il s’agit de la position d’autres personnes et en rend indépendant M. Kast, sans constituer une vérité officielle à quelque titre que ce soit. Le seul « un » aurait eu, il est vrai, le même effet, mais, là, je pense que la distanciation est plus nette. Ma seconde résef ve est polut^pot un complimen t. Enfin, une vraie histoire de cer qui est arrivé à l’Alsace et à une partie de la Lorraine, le 18 janvier 1871, à Versailles. Ici, à Blois , nous n’avons pas de rue d' »Alsace-Lorraine », mais une « rue d’Alsace et de Lorraine » , qui correspond mieux à la réalité historique soulignée par M. Efel. J’ajoute non pas une réserve (sinon, j’aurais écrit « deuxième » et non « seconde), mais un renforcement : oui , les Juifs de l’Est, installés à Roubaix à partir de 1872, ont été virés peu à peiu. Vu mes origines juives, j’appréhende quand j’envoie un courrier avec chèque à Swisslife (j’écris à la française), qui tient à Roubaix les comptes de ses clients, l’intervention de casseurs identifiés pour s’acheter des meules à rodéo avec le produit des boîtes aux lettres de cc egtte compagnie d’assurances.

  3. On recense 130 conflits inter-ethniques sur la terre. Si l’ARCOM s’occupe de Gaza (dont on n’a rien à foutre) il y en a 129 autres dont l’ARCOM peut s’occuper….Pendant ce temps elle foutra la paix à C’NEWS ! Ou mourra à la tâche, ce qui serait encore mieux.

  4. Le plus fou c’est que les propos de Giesbert s’appuient bien sur une réalité: la fuite des juifs des villes de la région parisienne en raison de l’antisémitisme musulman, excusé en permanence par LFI.
    Solidarité totale avec CNEWS.
    Vive la liberté d’expression !

  5. L’ARCOM doit disparaître dans sa forma actuelle avant qu.il ne soit trop tard. En effet elle s’est arrogé une espace régalien injustifié qui s’apparente désormais au fait du prince. Les lois qui ont permis cette dérive doivent être abrogées. La liberté d’expression n’a pas de prix mais elle est très fragile.

  6. Cher M. Kast,
    Pour l’essentiel, évidemment d’accord sur le fond…
    Pour la forme, 2 passages de votre article méritent quelques commentaires :
    Le premier concerne « un prétendu génocide à Gaza »…
    L’article indéfini « un » suffisait à conserver une position neutre d’autant plus justifiée que le génocide en question n’est pas l’objet de votre papier.
    En ajoutant « prétendu », vous prenez parti…
    Il me vient donc tout naturellement à l’idée de vous inviter à approfondir le sujet, et je vous suggère à cet effet de vous documenter sérieusement auprès de vos confrères qui sont aller à Gaza ou qui s’y trouveraient encore, de consulter l’abondante iconographie disponible sur ce qui reste aujourd’hui des millions d’habitants qui vivaient sur ce territoire avant l’attaque de l’armée israélienne, hôpitaux, maternités, lieux de vie…
    Se fier au dénombrement des victimes -pour l’essentiel civiles- effectué par l’ONU ne vous serait également pas inutile…
    Enfin, écouter les propos racistes et suprématistes de deux des ministres de l’actuel gouvernement israélien, MM. Ben- Gvir et Smotrich, respectivement ministres de la Sécurité nationale et des Finances pour lesquels « une femme juive vaut 10 femmes palestiniennes » ne serait pas superflu non plus… et pourquoi pas s’intéresser à l’article de PARIS MATCH (numéro 3935) « Un an après les attentats du 7 octobre », dont tout esprit curieux et libre ne peut qu’être troublé par la conclusion que l’on peut tirer…

    Le second a trait à la guerre franco-allemande de 1870 et à l’annexion de « l’Alsace-Lorraine » par la Prusse et ses alliés, laquelle « Alsace-Lorraine » n’a jamais été annexée puisqu’elle n’existait pas et n’existe pas : il y a la Lorraine et l’Alsace, au milieu le massif des Vosges dont la crête forme peu ou prou la « frontière » entre les 2 régions, la première sur son versant ouest, la seconde sur son versant est.

    Consécutivement au désastre de Sedan et en vertu du traité de Francfort, la coalition allemande emmenée par la Prusse annexait en 1871 l’Alsace, l’essentiel du département de Moselle de l’époque correspondant à ce que les historiens nomment la Lorraine germanique, de langue francique et située au nord-est de la petite rivière de la Nied (prononcer Niè), ainsi qu’une petite partie des départements de la Meurthe soit les arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg, et des Vosges (Saales et Schirmeck).
    De ce qui restait français des départements de la Meurthe et de la Moselle fut alors créé le département de Meurthe et Moselle (ce qui explique la forme actuelle pour le moins étrange de son territoire).
    Après l’armistice de 1918, les frontières du traité de Francfort sont devenues limites administratives.
    Efel

  7. En fait, si l’ARCOM fait preuve de super zèle, il faudrait tout d’abord s’en prendre à ceux qui émettent des signalements, donc nous avons une pléthore de dénonciateurs . Selon mon copilot  » Les particuliers sont de loin la première source de signalements ». En 2024 : environ 9 300 signalements par mois (copilot)
    Je dis tout simplement « honte » à tous ces gens en leur suggérant de s’adresser directement à la personne qui a dit un truc qui ne plait pas. Moi, j’ai été éduqué dans le sens qu’il n’y a pas pire que de dénoncer.

  8. L’Arcom, comme toutes les institutions politiques ou sociales (sociétales) bidons, couteuses, et inutiles, dans lesquelles macron a semé ses métastases doivent être annihilées en priorité dés qu’un nouveau gouvernement…de bon sens…sera mis en place, et les personnes malfaisantes agissant pour la « goebbelslisation » de notre société doivent passer en justice, rendre des comptes selon leur niveau de compromission et être jugée selon leur niveau de responsabilité dans l’établissement de ce goulag mental qu’ils ont voulu établir en France.

  9. Arcom=Censure par des soit disant juges qu’ils ne sont pas mais par des militants qui nous ramènent à l’ère soviétique…Est ce que demain auront ils des comptes à rendre? Est ce que demain seront ils jugés par une cour spéciale qui pourra également juger bien d’autres débordements de cette Macroni infecte qui a fait tant de mal à ce Pays !

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