Dette : Marine Le Pen veut « nettoyer les écuries d’Augias »

La Macronie s'étrangle, Bruno Le Maire sort de sa boîte : la candidate RN a raison d'investir ce sujet où elle est très attendue par les Français.
Capture d'écran YT Marine Le Pen
Capture d'écran YT Marine Le Pen

Cette semaine, comme l'expliquait sur Boulevard Voltaire le professeur Jean-Richard Sulzer, la France a franchi une nouvelle ligne rouge sur le front de la dette : le taux exigé par les marchés sur les emprunts d’État à dix ans (les OAT) vient de passer le seuil des 4 % et s’établit, aujourd’hui, à 4,10 %. Cette spirale infernale entraîne un renchérissement mécanique de la part du budget consacré au remboursement de nos emprunts, avec toutes les conséquences imaginables sur les autres postes budgétaires, et rend l'hypothèse d'un défaut et/ou d'une crise financière de plus en plus probable. C'est dans ce contexte que la candidate RN à la présidentielle est sortie de son silence estival pour vitupérer contre la politique d'Emmanuel Macron et prendre date.

« Le bilan implacable de dix ans de macronisme »

Elle l'a fait dans un message sur X commentant la terrible courbe ascendante de ce taux qui étrangle budgétairement la France. Les dates, les courbes et les chiffres parlent d'eux-mêmes. Mais, si Marine Le Pen estime ce « bilan du macronisme » « implacable », c'est qu'il est impardonnable car « Édouard Philippe et Emmanuel Macron ont bénéficié », au début de la décennie, d'une « politique monétaire exceptionnellement favorable » : cette époque bénie où les taux étaient proches de 0 voire négatifs ! Le Mozart de la finance, son Premier ministre et son inamovible grand argentier Le Maire n'étaient que de vulgaires cigales qui se sont contentées de « faire des chèques sans provision dont il faut désormais payer les conséquences », accuse-t-elle.

Et la candidate à la présidence de la République n'hésite pas à englober dans sa pique « les socialo-macronistes et leurs alliés LR » et à prévenir les attaques surréalistes des macronistes rendant le RN responsable de l'envolée des taux ! Vous vous souvenez certainement du ministre Amiel prétendant que le RN était « le seul parti qui réussissait à contribuer à la charge de la dette, sans gouverner » ! Il était incapable de maîtriser la cyberattaque qui pillait les données de près de 700.000 contribuables, ne nous en avait encore rien dit, et n'avait donc rien trouvé de mieux pour faire le malin... Cette fois-ci, le ministre Amiel n'a pas osé réagir. Ce sont ses prédecesseurs macronistes Bruno Le maire et Antoine Armand qui s'en sont chargés, dans l'indifférence générale.

Pourquoi Marine le Pen a raison de se saisir de la question financière

L'échec et le discrédit politique du macronisme sur le sujet précis des finances publiques ouvrent un boulevard et une responsabilité majeure à Marine Le Pen. La métaphore herculéenne qu'elle a choisie a fait mouche : en s'opposant à la hauteur jupitérienne un brin méprisante affichée par Macron, elle dit l'ampleur et la difficulté de la tâche et exprime sa volonté d'affronter un enjeu majeur où le RN n'était pas le plus à l'aise. Elle a raison de s'en saisir, au moment où les Français sont de plus en plus conscients des risques. Et elle peut s'appuyer sur plusieurs jalons qu'elle a posés : non, Bayrou ne fut pas le seul lanceur d'alerte sur la dette ! Dès 2021, alors que les taux étaient bas, elle prenait position dans L'Opinion. En 2024 encore, elle signait une tribune dans Les Echos. Une constante dans la doctrine de Marine Le Pen : la dette doit être remboursée. Pas de démagogie à la Mélenchon, lui qui veut « foutre au feu » une partie de nos créances ! Au passage un sacré argument pour renforcer la crédibilité du RN auprès des marchés et des électeurs.

Elle dit aussi sa volonté de prendre des mesures fortes. La tronçonneuse n'est pas loin... Et l'on sait que la situation des finances publiques ne pourra être assainie qu'ainsi. Pour le moment, l'heure est aux grands principes, qui la distinguent clairement et des macronistes et de Mélenchon, mais très vite la candidate devra rentrer dans le dur, et certainement aller au-delà des viviers d'économies défendus historiquement par le RN : immigration, contribution à l'UE notamment. Peut-être en dira-t-elle plus dans quelques jours, lors de son intervention attendue à l’université d’été du Medef, le 27 août.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

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