[REPORTAGE] Raphaël rénove ces statues que l’on ne regardait plus
Tandis que les vacanciers quittent progressivement les routes de Vendée en cette fin d’été, nous le rencontrons, perché sur son échelle, au beau milieu d’un carrefour du village d’Apremont. Pinceau en main, Raphaël peaufine une dernière couche de peinture antirouille et descend à notre rencontre. Il nous explique qu’il a fallu tout débroussailler pour pouvoir accéder à cette statue du Sacré-Cœur. « Priez pour que je n’aie pas de pluie et que je puisse terminer mon chantier ! » lâche-t-il en regardant le ciel qui se couvre. Car demain, Raphaël sera reparti rénover une Vierge Marie. Le bien ne fait pas de bruit… « Je ne suis qu'une petite touche à l'édifice d'une statue qui a 100, 150, 200 ans, explique-t-il humblement. Je pense qu'il n'y a pas forcément besoin de parler haut et fort pour montrer que l'on peut juste, par quelques heures de rénovation, agir plus près de nous tous. » Cofondateur de l’association Rénove une statue, le jeune homme de 23 ans a consacré son été à un Tour de France du patrimoine afin de restaurer une vingtaine de sculptures. L’appel aux dons lancé, il aura récolté près de 5.000 euros afin de financer cette opération.
🔴 Raphaël a fait un tour de France cet été pour rénover des statues. Nous l'avons rencontré lors de son passage en Vendée.
A lire très prochainement dans @BVoltaire ⬇️ pic.twitter.com/y5TVFberKk
— Iris BRIDIER (@IrisBridier) August 25, 2026
Un automobiliste s'arrête...
Alors que nous discutons, une voiture s’arrête aux abords, son conducteur baisse la fenêtre et félicite d’un pouce notre défenseur du patrimoine. Peu après, c’est Jean-Marc, un voisin de la statue, qui s'approche de nous avec l'envie d'échanger. « Tu fais du beau boulot ! s’exclame-t-il. Ma femme est passée par-là et puis c'est ce qu'elle m'a dit. Elle me dit que ça change, elle voulait te féliciter, je lui ai dit que je passerai devant pour le faire », renchérit le retraité. L’occasion pour Jean-Marc de se livrer à quelques confidences : « On a fait des processions, autrefois, et on s'arrêtait à chaque fois, c’était une station, je me rappelle. J'étais enfant de chœur, alors on marchait par deux, on avait des corbeilles de fleurs et on les jetait sur la route... » Si l’homme se dit aujourd’hui croyant mais non pratiquant, il nous confie cependant, l’œil embué : « Cette statue, je ne la regarderai plus de la même façon, surtout que je passe devant peut-être cinq fois, dix fois par jour. Donc je peux lui dire bonjour bien des fois ! »
Raphaël se réjouit de ces rencontres furtives et confirme qu’à travers son périple estival, il a reçu un « accueil très chaleureux ». Parti de Cotignac dans le Var, il s'est rendu ensuite dans le Vaucluse, la Drôme puis la Haute-Loire sur sa moto, d'une statue à une autre, avec en moyenne une demi-journée à une journée et demie par chantier. La Honda malheureusement tombée en panne sera retenue dans un garage, mais pas question de stopper en si bon chemin l’étudiant déterminé, qui a continué son trajet en Vendée. Il prévoit d’avoir rénové entre 15 et 20 statues in fine.
Quatre générations de gardiens du patrimoine
Ancien étudiant de l’ICES (Institut catholique de Vendée), Raphaël vient de boucler un master en management public à l'international. Il lui tenait à cœur de profiter de ses « dernières grandes vacances » pour se mettre au service de la restauration du patrimoine. Son association Rénove une statue, créée il y a moins de deux ans et qui compte une douzaine de membres, se répartit actuellement entre la région parisienne, Bordeaux, Toulouse et la Drôme. « On est encore petits, mais nous avons pour vocation de gagner en visibilité et de développer des antennes un peu partout en France. » Une association d’étudiants et de jeunes pros qui aimerait élargir sa cible et attirer de nouveaux bénévoles : « Nous cherchons à développer les conseils techniques de professionnels, que ce soit dans la taille de pierre, dans la maçonnerie ou dans la peinture, même pour le métal aussi puisqu'en l'occurrence, c'est de la fonte. » Pour autant, Raphaël précise qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences particulières pour aider : « J'avoue que j'aime bien travailler de mes mains, abonde-t-il, mais en règle générale, la majorité des bénévoles qui n'avaient jamais eu l’occasion de faire ce genre de choses étaient très enjoués. Ils avaient le sentiment d’accomplir des tâches simples, mais qui revêtaient une réelle importance. »

@Iris Bridier
Une œuvre d’autant plus salutaire que « ce sont des statues qui peuvent complètement disparaître si elles ne sont plus entretenues » alerte-t-il. S’inscrivant dans les pas de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père qui se sont engagés avant lui dans la sauvegarde du patrimoine, Raphaël renchérit : « C’est à notre génération de jouer ce rôle, c’est vraiment le legs de nos prédécesseurs. »
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Il est possible de signaler des statues à rénover sur le site de l’association et de soutenir cette dernière par des dons ou des conseils techniques. Et c'est ainsi que, petit à petit, au cœur de nos villages et de nos paysages, reprendront vie ces statues oubliées que l'on ne regardait (presque) plus...
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2 commentaires
Un grand bravo à ce garçon
Admirable. D’autres préfèrent scier des croix ou dégrader les symboles chrétiens qui nous rappellent que la France est encore (pour combien de temps ?) la fille aînée de l’Église.