Cinéma : L’Ami, François d’Assise et ses frères

Critique de cinéma
 

En mettant sur pied, en 1209, un nouvel ordre religieux aux environs d’Assise afin d’instituer un mode de vie plus conforme aux préceptes du Christ, le frère François se heurte aux réticences de l’Église et à celles de son compagnon Élie de Cortone, qui l’exhorte à transiger avec Rome.

Alors que Les Onze Fioretti de François d’Assise, réalisé par Roberto Rossellini en 1950, donnait la part belle à Ginepro, un fervent disciple, L’Ami, de Renaud Fely et d’Arnaud Louvet, choisit, dans une démarche similaire, de centrer son récit autour d’un autre second, le frère Élie, dont l’opposition à François ira en s’accentuant au fil du temps.

Élie de Cortone, incarné à l’écran par Jérémie Renier, bien qu’étant favorable au vœu d’extrême pauvreté promu par François, pointe rapidement les risques sanitaires qu’implique un tel mode de vie, les dangers potentiels d’un conflit ouvert avec la hiérarchie ecclésiastique ainsi que les limites d’un ordre dont il voudrait l’action plus pragmatique, plus ancrée dans le social. Quitte, pour cela, à cultiver un lopin de terre afin de nourrir les plus pauvres.

Ce à quoi le moine se voit aussitôt objecter par ses frères que la propriété – alors pensée comme une richesse – éloigne de Dieu.

Portant ainsi leur intérêt sur les conflits moraux que connurent, en leur sein, les franciscains – du rapport à la pauvreté au refus d’un chef –, les réalisateurs du film vont plus loin dans la réflexion que Les Onze Fioretti de Rossellini, dont l’approche se voulait résolument plus poétique, voire graphique (on l’a beaucoup comparé à la peinture de Giotto).

Ici, les cinéastes s’attardent longuement sur le comportement quasi schismatique de la première confrérie à l’égard d’une Église jugée un peu trop faste et condescendante (à raison ?). Si bien que l’on peut rétrospectivement y voir les prémices de la Réforme protestante, premier affront porté à l’autorité de l’institution religieuse qui conduira à l’essor de la conscience individuelle, au relativisme normatif puis à l’esprit de Révolution contre l’ordre établi, au libéralisme – prédominance de l’individu sur la société – et, enfin, fatalement, au concile Vatican II et à ses écueils universalistes…

Les réalisateurs donnent, d’ailleurs, raison à François en validant par le récit la thèse selon laquelle il fut atteint des stigmates du Christ peu avant sa mort. Par conséquent, la foi est sauve et l’Église discréditée…

Outre son propos discutable, le film n’est pas exempt de maladresses formelles. On pense, notamment, au tournage en langue française qui, à la rigueur, peut se justifier par l’hégémonie de la civilisation franque au XIIIe siècle et par sa relation privilégiée avec le Saint-Siège ; au jeu excessif et ampoulé d’Elio Germano dans le rôle de François d’Assise ; et surtout à l’utilisation, sur la bande originale, d’instruments à cordes que l’on rattache au baroque, qui sur un film illustrant l’austérité des franciscains constitue une faute artistique, du moins une incohérence de taille.

Toujours est-il que le film se révèle stimulant sur le plan intellectuel et que Jérémie et Yannick Renier nous offrent une scène unique au cinéma où l’un des deux porte la dépouille de son frère et se recueille à son chevet.

Un film à voir.

3 étoiles sur 5

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