Editoriaux - International - Justice - Santé - Sport - Table - 7 août 2017

Venezuela : sept clefs pour comprendre la situation actuelle – seconde partie

4. Élections présidentielles du 14 avril 2013
Hugo Chávez, réélu le 7 octobre 2012 président (55,07 % des voix contre 44,31 % à l’avocat Henrique Capriles Radonski), décède officiellement le 5 mars 2013 (de nombreuses rumeurs à l’époque, dont celles de son ancien chef de la sécurité, font état d’un décès le 30 décembre 2012) et propulse alors Nicolás Maduro à la présidence de la République par intérim et comme nouveau leader du chávisme. Le peu de charisme de cet ancien syndicaliste, une situation économique médiocre (baisse du prix du brut, déficit en augmentation, inflation de plus de 20 % fin 2012) donne Maduro vainqueur par la plus infime des marges (50,66 % contre 49,07 % pour Capriles). Conscient des difficultés, Maduro déclare alors vouloir instaurer “une véritable économie dans le pays”

5. Élections législatives de 2015
Le MUD (Mesa de la Unidad Democrática), une coalition de différents partis, remporte le 6 décembre 2015 (pour la première fois depuis seize ans) les élections législatives et obtient 99 sièges sur les 167 de l’Assemblée nationale, avec seulement 46 sièges pour le parti de Maduro, le PSUV (le Parti socialiste unifié du Venezuela) ! Un résultat qui n’est que la conséquence d’une situation économique dégradée avec les pénuries de produits de base, de médicaments, une inflation gigantesque (une des plus élevées du monde, 180 % en 2015, 141,5 % en 2014), une hausse des prix vertigineuse (130 % pour les transports, 315 % pour certains produits alimentaires ou encore plus de 100 % dans le domaine de la santé)… Une gestion catastrophique…
Quant à ceux qui en doutent, qu’ils se rendent à la frontière colombienne, comme par exemple celle qui jouxte la ville de Cúcuta où, quotidiennement, la population vénézuélienne vient s’approvisionner…

6. Révocation du président Maduro
Avec l’aggravation de la crise économique, forte de sa victoire aux législatives, une véritable bataille institutionnelle, comme la Constitution de 1999 l’autorise, s’est donc engagée entre l’opposition et le pouvoir pour réduire le mandat de Nicolás Maduro à quatre années et imposer l’organisation d’un référendum révocatoire avant janvier 2017. Ces deux procédures nécessitent l’examen et l’accord de deux instances proches de l’actuel gouvernement, le Tribunal suprême de justice et le Conseil national électoral (CNE). Malgré les signatures collectées, le CNE dirigé par Tibisay Lucena, une fidèle de Maduro, aura réussi par des manœuvres dilatoires multiples à empêcher ce référendum.
Après avoir décrété et prolongé l’état d’urgence économique en vigueur depuis janvier 2016, le président vénézuélien décrétera, au printemps de la même année, l’état d’exception, qui attribue des pouvoirs spéciaux aux militaires et autres forces de sécurité, y compris des groupes civils, afin de maintenir l’ordre et défendre le pays d’une agression extérieure. Le but : empêcher l’opposition de manifester…
Mais cela se révèle inefficace, alors Nicolás Maduro décide de modifier la donne institutionnelle et provoque l’élection d’une Assemblée constituante pour réformer la Constitution datant de 1999. Après que l’opposition a effectué son contre-vote avec un certain succès (plus de 7,6 millions d’électeurs sur un corps électoral de 19,5 millions, dont 98,3 % d’entre eux ont exprimé le rejet de cette Constituante), dans un climat insurrectionnel, l’élection de la Constituante a lieu le dimanche 30 juillet 2017, malgré les condamnations de toutes parts, une élection aussitôt contestée par le parquet général du Venezuela qui ordonne une enquête ! Des tensions encore attisées par l’arrestation, en pleine nuit et à leurs domiciles, façon GPU à la sauce tropicale, de Leopoldo López et Antonio Ledezma, le maire de Caracas, deux dirigeants d’opposition, pourtant récemment assignés à résidence…

7. L’opposition à Nicolás Maduro
Initialement seulement cantonnée au MUD, elle s’est au fil des décisions du président vénézuélien considérablement élargie. À des chávistes historiques, tout d’abord, comme le très populaire général Raúl Isaías Baduel, ancien ministre de la Défense, madame Luisa Marvelia Ortega Díaz, procureur général du Venezuela qui, après avoir fustigé la création de l’Assemblée constituante puis contesté devant la Cour suprême de justice le projet d’Assemblée constituante, a courageusement dénoncé la violence de la répression des manifestations, un diplomate vénézuélien, le conseiller à l’ONU Isaías Medina, qui a démissionné en dénonçant dans une lettre “les violations répétées des droits de l’homme et de crimes contre l’humanité commis au cours des 100 derniers jours”, l’Église catholique vénézuélienne, longtemps attentive voire complaisante avec l’actuel pouvoir, qui, par l’intermédiaire du cardinal de Caracas Jorge Urosa Savino, vient de nouveau de déclarer son opposition à cette élection en déclarant que “l’Assemblée nationale constituante prévue par le président Nicolás Maduro est illégale et invalide […]” !
Sur le plan international, les condamnations se sont multipliées et intensifiées. Quant aux USA, outre les déclarations chocs de Trump, les condamnations de treize dirigeants vénézuéliens et le gel des avoirs de Maduro sur le sol américain, elle est pour l’instant – contrairement à ce qui est quelquefois propagé -, relativement mesurée dans les faits : nombre de major compagnies américaines sont encore sur place, sans oublier que les USA sont non seulement le principal client commercial – 40 % – mais aussi le principal fournisseur – 25 % – du Venezuela !

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