Editoriaux - International - Politique - 31 décembre 2019

Une fois de plus, l’Europe plie le genou devant la Turquie d’Erdoğan !

Le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le socialiste espagnol Josep Borrell, vient d’appeler « Damas et ses alliés » à arrêter l’escalade de la violence… L’expression est accusatrice et pointe du doigt le gouvernement syrien. On pourrait pourtant décrire la situation de tout autre manière : l’armée syrienne, avec le soutien des alliés présents à ses côtés à la demande du gouvernement légal de Syrie, libère le territoire de la présence de rebelles en grande partie venus de l’étranger. Plus d’escalade mais, au contraire, le rétablissement du contrôle du gouvernement sur le territoire dont il a la charge. En opposant les deux points de vue, on mesure la partialité de l’Union européenne et de son « haut représentant ». Le voilà donc qui s’immisce dans la politique intérieure d’un pays souverain pour lui interdire de retrouver sa souveraineté sur la totalité de son sol, pour protéger une zone rebelle.

De plus, de quels rebelles s’agit-il ? Qui détient le pouvoir dans cette zone d’Idlib ? C’est Hayat Tahrir al-Cham, alias Al-Nosra, alias Al-Qaïda ! Ce sont ces terroristes qui ont pris le dessus dans cette région face aux groupes plus proches des Turcs et inspirés par les Frères musulmans. Ce qui devrait choquer le plus, c’est que cette accusation, cet appel inversent les rôles et détournent l’attention de l’essentiel, de ce qui est vraiment inacceptable. Si les Occidentaux, les Européens ont combattu, bien lentement d’ailleurs, l’État islamique, ils ont soutenu les Frères musulmans et même Al-Qaïda, dans le cadre d’une alliance avec la Turquie et les pays du Golfe. L’opération ayant échoué grâce à l’intervention russe, comme une mouche se cognant sans cesse contre la vitre, l’Union européenne ne cesse de dénoncer le péril humanitaire comme si le problème n’était pas celui d’une région soustraite au pouvoir central par des terroristes !

La région que l’armée syrienne tente de reconquérir est celle que franchit l’autoroute qui relie Alep au reste de la Syrie « utile ». On mesure à quel point la reconstruction de cette ville, où plus de la moitié de la population est restée prisonnière des djihadistes pendant de longs mois, est tributaire de la libération de cet axe. Ce devrait être le souci majeur de l’Europe ! Mais celle-ci, une fois de plus, plie le genou devant la Turquie d’Erdoğan : il pourrait, en cas d’un nouvel afflux de réfugiés syriens fuyant les combats, lâcher les vannes qui retiennent les millions de ceux qui vivent sur le sol turc. L’Europe cède au chantage et n’a rien à refuser au sultan d’Ankara ! Celui qui a fomenté et alimenté la rébellion islamiste en Syrie, qui occupe illégalement une partie de la Syrie et un tiers de Chypre, membre de l’Union européenne, a reçu 7 milliards d’euros pour garder ses réfugiés et pour adhérer à l’Union, comme si cette adhésion était encore possible ! Aussi, plus rien ne l’arrête : il vient de signer un accord avec le gouvernement fantoche de Tripoli, non seulement en vue d’intervenir militairement en Libye et d’empêcher la réunification du pays par le maréchal Haftar, mais encore d’assurer la mainmise turque sur les ressources pétrolières de l’Est méditerranéen au détriment de la Grèce, de Chypre, de l’Égypte et d’Israël. Une fois de plus, cette ingérence turque s’effectue en soutien aux Frères musulmans de Misrata, ce port libyen dont les milices ont été le fer de lance de la chute de Kadhafi et sont la seule force importante de Sarraj. Nos « alliés » musulmans sont aujourd’hui divisés : Turquie et Qatar, proches des Frères musulmans, d’un côté, Arabie saoudite, Émirats et Égypte, de l’autre, avec le soutien de la Russie. Moscou contre Ankara en Libye, comme à Idlib ? Voilà qui est nouveau.

Il est clair, en tout cas, que la France, dont les soldats sont engagés au Sahel, a tout intérêt à ce que la Libye soit réunifiée, et que les Frères musulmans, qu’elle avait stupidement appuyés en 2011, soient évincés de ce pays. Ce serait, d’ailleurs, l’occasion pour notre pays de retrouver sa place dans cette partie du monde où ses errements lui ont fait perdre sa crédibilité.

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