[ENTRETIEN] « Ces deux quinquennats ont aggravé des failles déjà existantes »
Journaliste et observateur attentif des fractures françaises, Marc Eynaud s’est imposé, ces dernières années, comme une voix singulière dans le débat public. À travers ses analyses, il ausculte sans détour les dérives politiques, sociales et culturelles qui traversent notre pays en dressant le bilan des deux quinquennats d'Emmanuel Macron.
Après Qui en veut aux catholiques ? (Artège), il publie aujourd’hui L’Ampleur des dégâts (L'Artilleur), un ouvrage coup de poing dans lequel il dresse un constat sans concession de l’état de la France, et du bilan du Président actuel, entre désagrégation de l’autorité, crise identitaire et impasses idéologiques. Un livre qui se veut à la fois diagnostic et signal d’alarme.
Yann Montero. Dans votre livre, vous dressez un bilan très sévère des deux mandats d'Emmanuel Macron. Est-ce avant tout l'échec d'un homme seul ou celui d'un système qui n'était pas prêt à gouverner ?
Marc Eynaud. C’est poser la question de la poule et de l’œuf ! En réalité, l’élection d’Emmanuel Macron a été le fruit d’un immense malentendu. Voire d’une fraude. Son ouvrage Révolution (XO) est terrible car le futur Président démontrait, noir sur blanc, qu’il avait parfaitement compris la réalité des attentes des Français. Il avait saisi ce désir inconscient, sans doute tiré de siècles de monarchie, d’un Président renouant avec l’idéal gaullien d’un homme élu par les Français pour rassembler au-dessus des clivages partisans et des intérêts boutiquiers. Tout cela pour agir comme un chef de bande suffisamment habile, non pas pour abolir le clivage gauche-droite, mais pour l’étouffer au sein de sa propre famille politique. En outre, et contrairement à de Gaulle, Emmanuel Macron n’a jamais eu le souci de sa propre légitimité. Cela a été particulièrement visible lors du blocage budgétaire. Alors que l’intégralité de la classe politique s’interrogeait sur sa démission comme issue afin de sortir de la crise, il s’est cabré comme sous le coup d’un blasphème constitutionnel. « Les Français m’ont élu pour cinq ans », clamait-il. Terrible comparaison avec son illustre prédécesseur qui n’a jamais craint le référendum et qui a quitté le pouvoir de lui-même lorsqu’il a senti que la confiance se rompait entre le peuple français et sa personne. Autres temps, autres mœurs.
Y. M. Comment interpréter cet échec avec la casse sociale, l'échec politique et la faillite diplomatique ?
À ce sujet — Qui en veut aux catholiques ?
M. E. Comment en même temps assurer Israël de son soutien inconditionnel et légitimer le Hamas en reconnaissant l’État palestinien ? Comment faire de la lutte contre la pauvreté un enjeu national en ouvrant les vannes de l’immigration ? Comment bâtir une ligne parlementaire en incorporant un tiers de socialistes, un tiers de société civile et un tiers d’UMP au sein d’un même groupe ? Comment accuser le RN d’amateurisme et, en même temps, dire à ses fidèles qu’ils doivent être fiers d’être des amateurs ? Comment se poser en gardien de la Constitution tout en nommant ses deux fidèles à la présidence de la Cour des comptes et du Conseil constitutionnel ? Comment rendre hommage à Jeanne d’Arc et à l’Histoire de France et, en même temps, nier la culture française ? Comment se poser en Président de la start-up nation et de la jeunesse, tout en sacrifiant cette dernière au profit des retraités ? Comment en appeler à l’exemplarité et, en même temps, être soupçonné d’être au cœur d’un « pacte de corruption » dans l’affaire Alstom ?
Y. M. Le Mozart de la finance est petit à petit devenu le symbole de la dette. Quelles sont les conséquences, aujourd'hui, de la situation financière catastrophique de la France ?
M. E. Actuellement, nous ne remboursons pas la dette mais les intérêts de cette dernière. En d’autres termes, nous nous endettons à des taux forts pour payer une dette contractée avec un intérêt faible. Comme un trou sans fond à combler. Au-delà de la ruine financière se pose naturellement un enjeu fondamental de souveraineté. Est-on libre lorsque l’on vit à crédit ? Est-on encore souverain lorsque nos créanciers sont étrangers ? La dette n’est pas insurmontable en soit, mais il est désespérant de voir qu’aucun budget de l’État ne semble bâti en fonction de cette donnée. D’où cette séquence hors-sol d’un débat sur le budget qui a vu des députés s’achopper sur le montant du déficit… tout en expliquant que nous étions ruinés. Tout cela après une séquence de l’éphémère François Bayrou expliquant, avec la bénédiction de l’Élysée, que les Français étaient drogués à la dépense publique. C’est bien la première fois que l’on voit un dealer dénoncer librement son client !
Y. M. L'immigration, l'ensauvagement sont également les conséquences des mandats d'Emmanuel Macron. Est-il possible pour le ou la futur(e) président(e) d'inverser la tendance ?
M. E. Les dix ans d’Emmanuel Macron n’ont pas créé le chaos ni provoqué le décrochage français à eux seuls. Mais ces deux quinquennats ont accéléré et aggravé des failles déjà existantes. Personne n’est condamné d’avance au déclin. Il faudrait, pour cela, un renversement de table total. Mais plus nous attendons, plus le remède sera brutal. Il faut en finir avec l’immigration massive, mais aussi briser l’accoutumance à la dépense publique, remettre la responsabilité individuelle au cœur du projet social, « détotémiser » l’État de droit… C’est possible, mais existe-t-il une telle volonté politique et, surtout, une majorité d’électeurs ?
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