[RÉACTION] Euthanasie : « De nouveaux textes viendront repousser les lignes rouges fixées »

Visé par la gauche comme un des « réactionnaires du Sénat », Stéphane Ravier réagit au rejet de la loi sur l'euthanasie.
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Rejetée en deuxième lecture par le Sénat (par 151 voix contre 118), mardi 12 mai, la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir devrait maintenant être discutée en commission mixte paritaire. Les Français tiennent-ils vraiment à cette loi ? Doit-elle constituer une priorité pour ce quinquennat ? Faut-il faire passer le texte en force ou bien le soumettre au référendum ? Stéphane Ravier, sénateur non inscrit des Bouches-du-Rhône, a dénoncé dans l'Hémicycle un texte « contraire à la dignité ». Visé par la gauche comme un des « réactionnaires du Sénat », il réagit dans nos colonnes à l'issue de ces débats.

 

Iris Bridier. La chambre haute vient de rejeter la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir. La sénatrice PS Laurence Rossignol a fustigé « les réactionnaires du Sénat » et prôné le libre choix de chacun. Que lui répondez-vous ? 

Stéphane Ravier. C’est exactement le même discours qui opère à chaque texte bioéthique ou « sociétal ». Pour nous les faire adopter, la gauche commence par le chantage au ringardisme, puis utilise la « tactique du salami ». C’est-à-dire qu’elle cherche à nous faire avaler une série de petites concessions qui, prises isolément, semblent anodines, mais qui, prises en bloc, opèrent une rupture anthropologique majeure. C’est ainsi qu’il y a 13 ans, quasiment jour pour jour, le Parlement a légalisé le mariage homosexuel. Puis, plus tard, au nom du principe d’égalité, il a légalisé la PMA pour toutes. Actuellement, la gauche avance encore et nous vend la GPA « éthique ».

Il en sera de même pour l’euthanasie. Les pays étrangers qui l’ont légalisée l’ont déjà expérimentée. On ouvre une brèche - je n’oserais dire une meurtrière - très encadrée par des garde-fous pour obtenir la légalisation. Mais une fois que le principe est acquis, de nouveaux textes viendront repousser les lignes rouges initialement fixées. Cela se fait petit à petit, tranche après tranche. Mais comme il y a, en moyenne, un texte bioéthique par an, les transgressions avancent très vite.

 

I. B. Jonathan Denis, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), a dénoncé le vote sénatorial du 12 mai comme « un moment historique honteux »... 

S. R. Je pense que c’est un moment historique. Ce mardi 12 mai 2026, jour où nous avons rejeté ce texte, nous célébrions la Journée internationale des infirmières. C’est un petit clin d’œil qui rappelle à quel point le cours de l’Histoire de France concorde avec l’Histoire du monde pour l’édifier.

Comme je crois dans la grandeur française, et que beaucoup d’étrangers croient encore dans la grandeur de la France, je n’oublie pas que ces petites victoires d’étapes résonnent dans le monde et raisonnent le monde. La France réaffirme que l’euthanasie ne peut pas être un projet de société. Elle reste fidèle à son anthropologie fondatrice helléno-chrétienne. C’est donc un moment historique, au moment où l’on annonçait l’effondrement de ce pilier civilisationnel.

 

I. B. Faut-il interroger les Français par référendum pour éviter un passage en force de cette loi par les députés ?

S. R. Les débats parlementaires démontrent qu’il n’y a pas de consensus sur ce sujet. Les parlementaires ne doivent pas s’obstiner à légiférer entre eux mais s’en remettre à un débat démocratique national. C’est une question qui touche les gens au plus profond, laissons donc parler le peuple, par qui et pour qui nous sommes élus.

Nous l’avons vu ces derniers mois : l’opinion évolue. Il y a, dans notre pays, un formidable instinct de vie et de solidarité, que personne ne pilote. Tout le monde souhaite être accompagné et soulagé dans la dépendance et la souffrance, mais 21 départements sont dépourvus de soins palliatifs et les EHPAD, devenus « Maisons France Autonomie », sont des mouroirs avec trop peu de moyens et de personnels. Un débat national permettra de militer pour faire connaître et développer les initiatives d’accompagnement humainement dignes.

 

I. B. Le calendrier parlementaire est très chargé. Cette loi peut-elle être votée, d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, tel qu’il s’y était engagé ?

S. R. Attention, ce texte n’est pas enterré. Madame Braun-Pivet et le ministre des Relations avec le Parlement, répondant à leur agenda idéologique, en ont fait une priorité. Si Sébastien Lecornu convoque une commission mixte paritaire qui se révèle non conclusive, l’Assemblée nationale aurait le dernier mot très rapidement.

Sinon, la navette parlementaire entre l’Assemblée nationale et le Sénat peut durer longtemps et, acte ayant été pris de l’absence de majorité nette en la faveur du texte, celui-ci pourrait être enterré.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 16/05/2026 à 11:38.

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Que ce soit M. Ravier ou la gauche, l’un comme l’autre parle au nom de tout le monde et à ce titre ils ont tort. Je maintiens que c’est une question qui relève de l’intime. Personnellement j’avais trouvé bien que Marine Le Pen ne donne pas de consigne de vote. Selon son vécu, sa situation, ……ont peu avoir un choix différent pour la dernière étape de sa vie qui est la mort.

    • Si c’est une question qui relève de l’intime ne legiférons pas. Maintenons l’interdit de tuer, fondement de notre civilisation et vous pourrez vous suicider dans l’intimité.

      • « l’interdit de tuer, fondement de notre civilisation » … J’adore cette phrase !
        Avec cette phrase, fini les guerres et les massacres collectifs ! enfin !

    • Désolé mais une rupture anthropologique fondamentale n’est pas à laisser à l’humeur de chacun et donc cela ne peut pas faire l’objet d’un référendum. L’unanimité est nécessaire. Je dirais même que les être humains à naître sont concernés, autrement dit il est impensable de balayer des millénaires de consensus en légiférant à la va vite pour satisfaire des considérations humanistes sans doute mais irresponsables tout de même.

  2. Le référendum est assurément le bon moyen de résoudre un problème de société, aussi bien pour la fin de vie que pour l’immigration.

      • Non. C’est une décision d’ordre personnelle. De quel droit un médecin peut-il imposer ce qui relève de ses convictions contre la volonté du patient, comme cela c’est fait durant le covid?

  3. Ils sont comme ils sont , mais ils sont là, et le font savoir lorsque l’on arrive, lourdement handicapés ou simplement à la fin du parcours ..

  4. En France, on ne solutionne pas les problèmes, on les renomme, on les déplace, on les nie ou bien on les tue… En ce qui concerne la fin de vie, je suis tout à fait d’accord avec M. Ravier, l' »eutha Nasie » est une réponse très dangereuse et inappropriée à l’accompagnement des personnes vulnérables. C’est ouvrir une porte au bord d’une falaise…

    • Que savez-vous des soins palliatifs? Je suis infirmier, je sais donc de quoi on parle. Ce n’est pas tout à fait ce que l’on veut vous faire croire.

  5. Tout le monde souhaite être accompagné et soulagé dans la dépendance et la souffrance, mais 21 départements sont dépourvus de soins palliatifs et les EHPAD, devenus « Maisons France Autonomie », sont des mouroirs avec trop peu de moyens et de personnels. Mettre en place des soins palliatifs, c’est un peu comme avoir des enfants : ça coûte cher !!! Mais tous les investissements qui préparent l’avenir coûtent cher au début ! Beaucoup d’d’EHPAD font du mieux qu’ils peuvent, avec peu de moyens, pour s’occuper de façon humaine des personnes très âgées, souvent très dépendantes, qui leur sont confiées par des familles. Lorsque certaines d’entre elles manifestent clairement, par exemple en refusant de s’alimenter (ce qui relève de leur stricte liberté !), qu’elles ne souhaitent pas prolonger leurs jours, l’équipe médicale et soignante de l’EPHAD peut alors, conformément à ce que la loi actuelle Claeys Léonetti offre déjà comme possibilité, considérer que les souffrances psychiques de ces personnes sont importantes et, après concertation avec la famille, elles peuvent accéder à la demande de ces malades d’être placées sous sédation profonde et continue, ce qui débouchera en général sur leur mort pendant leur sommeil, dans les quelques jours qui suivent. Vu sous cet angle, le nouveau projet de loi n’apporte qu’un seul « plus » (mais qui est fondamental pour ses partisans idéologues) : chaque individu pourra imposer à l’équipe soignante le jour de sa mort !

    • Je suis d’accord avec vous. Mais la souffrance n’est pas toujours seulement psychique. Elle est parfois aussi physique.

  6. Ce pays marche sur la tête avec des fous qui le gouvernent ou tentent de le gouverner, suivez mon regard vers la gauche. Nous n’avons plus d’argent pour l’hôpital, les EHPAD renommés depuis d’un terme pompeux qui ne change rien mais il y en a pour l’Ukraine, l’Afrique et l’immigration. Une honte.

  7. Référendum, c’est le mot magique, pourquoi pas demander aux Français ? On est trop con ? je pense que malgré tout cela nous sommes beaucoup plus intelligents que le politique de base !

    • Le monde est rempli d’imbéciles supérieurement diplômés !
      Peut-être faudrait-il se poser la question des diplômes parfois décernés par des idiots ?

  8. En Suisse ils ont euthanasié un autiste, dont je doute qu’il aie donné son avis sur la question
    Que de dérives en vue, c’est effrayant, et on sait qui ça va toucher, ceux qui coutent cher à leur yeux, les « vieux », les handicapés, les malades

    • Vous ne savez rien de l’euthanasie en Suisse, ce qu’ils appellent « suicide assisté », ni des conditions dans lesquelles cela est autorisé.

  9. Je ne connais pas le texte de loi qui est proposé. Le principe cardinal c’est que seul le malade peut décider en son âme et conscience. Pas le médecin ni la famille.

    • OUI !…mais à condition que le malade puisse encore le faire. C’est pourquoi en cas de maladie grave et incurable, il faut faire son attestation dès que possible : « Pas d’acharnement thérapeutique et sédation définitive ».

  10. L’euthanasie est la solution d’un tiers monde où l’ont tue sans état d’âme. Nous nous rangeons avec ces pays où les habitants se massacrent par habitude et réflexe. La seule différence, nous utilisons le compte-goutte pour nous donner bonne conscience, en nous réfugiant derrière des textes. Tel est l’objectif de ce projet de loi.

    Ceux qui ont accompagné des personnes dans les derniers instants de leur vie, qu’elles soient lourdement handicapées comme dans la maladie de Charcot ou accidentées, voient dans le regard des derniers instants comme un regret, comme une excuse de devoir se séparer définitivement, de devoir nous faire subir cette épreuve lue dans nos regards chargés de larmes. Une main serrée tente de nous soulager, de nous encourager, de nous soutenir, le dernier geste généreux avant de s’éteindre.

    Abréger, tuer ces instants est un crime contre l’humanisme. Laissons la vie s’exprimer.

  11. Pour ma part, je suis complètement opposée à cette loi sur l’euthanasie. Il y aura des dérives et des incitations pour provoquer le désir de mourir chez ceux qui coûtent trop. De même, j’étais contre le mariage homosexuel, contre la PMA pour toutes.

  12. Dans un pays qui se dit civilisé on ne devrait pas légiférer sur ces sujets, lesquels ne devraient être traités qu’au cas par cas, par les patients, les familles, nos médecins compétents et nos infirmières sous-payées! Robert Ménard, avec une émotion visible, a récemment dit avec raison: « on ne légifère pas sur ces sujets! »

    • Hélas, il est nécessaire de légiférer car la loi interdit d’aider quelqu’un à mourir. La loi le considère comme un assassinat puisqu’il y a eut préméditation.

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