En voilà un qui s’est donné les moyens de fêter le réveillon ! , ci-devant magnat de l’automobile, qui fut l’objet d’une déification de son vivant par manga interposé avant d’être traîné dans la boue, a donc « quitté le Japon », comme le répètent pudiquement les moines copistes de la presse quotidienne, fébrilement penchés sur le texte de l’AFP dans l’espoir qu’il leur révèle ses secrets.

Qu’est-ce bien, au juste, en effet, que cette manière de quitter le Japon ? On ne sait pas encore comment s’est déroulée la sortie. On imagine plusieurs versions : la corde en draps, simple mais périlleuse ; ou alors une équipe de maronites en kimono, venus tout exprès de la lointaine Phénicie ; ou encore le panier à linge (un classique de la littérature de guerre). Tout comme on imagine plusieurs décors : la forteresse de pierre d’un quelconque daimyo, au sommet d’une colline enneigée (avec archers sur les remparts, fleurs de cerisier et tout le toutim) ou, moins cliché mais plus vraisemblable, une de ces prisons inhumaines, post-humaines devrait-on dire, dont les sociétés modernes ont le secret, avec barbelés, projecteurs et nourriture en plastique.

Nuitamment inspiré par le souhait de quitter ses hôtes, donc (car faut vous dire que chez ces gens-là, on ne fuit pas, Monsieur, on ne fuit pas : on quitte), Ghosn a immédiatement trouvé un avion qui, via la , l’a déposé à Beyrouth, c’est-à-dire en l’un de ses trois pays, car l’homme est aussi brésilien et français. Triple nationalité de Cocagne, qui plaide en faveur de son bon goût, déjà évoqué lors de l’affaire du château de Versailles. De Beyrouth, donc, il se tient naturellement à la disposition de la Justice du Japon.

Convenons ensemble qu’il est plus facile de se tenir à la disposition de la Justice quand on boit des spritz sur une terrasse d’Achrafieh que dans la froideur d’un pénitencier nippon, sanglé dans une combinaison d’infamie, sur un lit en béton armé éclairé a giorno par des projecteurs qui ne cillent jamais. La qualité de la vie avant toute chose. Convenons, aussi, que la chute et l’abaissement spectaculaires de Carlos Ghosn ont été médiatisés avec des raffinements de cruauté sans qu’on ne comprenne bien si, finalement, les chefs d’inculpation étaient sérieux. Il avait donc peut-être de bonnes raisons de fausser compagnie à ses geôliers, comme le veut la formule toute faite.

Mais surtout, coup de chapeau à cette lupinade à l’ancienne, digne d’un Maurice Leblanc ou d’un Ponson du Terrail (le père de Rocambole). Circonstances mystérieuses, affaire ténébreuse, évasion romanesque : on attend la suite, mais le scénario, en l’état, dépasse déjà celui de bien des films français.

Carlos is Ghosn ! Résurrection de Gérard de Villiers et des films de Belmondo à l’heure de la pasteurisation volontaire de la culture occidentale ! Tout cela est nauséabond, ce qui n’est guère surprenant, tant il est vrai qu’à l’approche de 2020, on n’a sans doute jamais été aussi près du retour des années 30.

Bonne année à tous !

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